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iSS U>OIQDE. PAATll DOGMATIQUE.
médiocre , Fun quelconque des grands ourragei » fie.Iean Keppler. Cesl la profonde conviclionque i l.i i>lus parfaite harmonie règne entre toutes les ^ parties qui composent ce monde , et qu'un être 'i eouvera inemenl bon, souverainement intelligent, î souverainement parfait , a dû nécessairement f liiisscr , dans Tœuvre même de sa création , Tein- r preijito iiieflaçable de sa divine perfection. L*bisp loire des deux points de vue distincts sous le»- ^ quels Keppler envisagea successivement Tharmo- m nie imiverselle constitue Tbistoire philosophique de son œuvre tout entière : disons plus , elle coih stitue l'histoire de la transition de la science grecque à la science chrétienne.
Ëlôvo de Mœslling , Keppler avait entendu ce célèbre astronome développer les idées de Copernic sur les mouvemens planétaires , — idées que Mœslling parait avoir eu grande partie adoptées darts son enseignement oral. 11 embrassa dès Ta* bord , et avec cette ardente foi qui fut Tun des caractères les plus dislinctifs de son grand génie, ces idées nouvelles , si complètement en désaccord avec toute la science de son temps : il pria avec fcneur qu'il plût à Dieu de lui iiLspircr quelque découverte importante qui pût confirmer le sys- Icinede Copernic; et il voua sa vie entière à rœiivrc qui lui paraîtrait la plus propre à dénioulrer la sagesse infinie et la toute-puissance de ;ion Créateur. Mais , dans cette première pé-
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fiodede sa carrière scientifique, Keppler était encore profondément imbu et des théories de Py« Uiagore sur l'harmonie des nombres, et des idées de Platon sur les formes absolues et archétypes , et des méthodes métaphysiques d'Aristote. Aussi dut-il chercher d'abord son universelle harmonie dans certaines formes absolues et parfaites , dans certains AOnftbres mystiques , dans certaines formules déduites de l'essence même des êtres. Ainsi il lui sembla d'abord que , dans l'ordonnance du système du monde. Dieu avait voulu créer une manifestation figurative ou typique de la divine Trinité , Tune des trois personnes étant représentée par le soleil placé au centre du monde , la seconde par les étoiles fixes distribuées aux limites de l'espace , et la troisième par le système planétaire , mobile et intermédiaire entre la périphérie et le centre. Puis , marchant dans cette même voie , il pensa que Dieu , dans la distribution relative des planètes entre elles , avait eu en Tue les cinq polyèdres réguliers : formes absolues et parfaites , dont l'essence est d'être éterndles, incorruptibles et inscriptibles dans la ^hère. Rien ne lui parut plus plausible que d'admettre que les espaces existant entre les orbites planétaires avaient été déterminés par le Créai leur d'après ces formes régulières : entre Sai torne et Jupiter il plaça le cube ; entre Jupiter • et Mars , le tétraèdre ; entre Mars et la Terre , le
iSft LOGIQUX. PAATIX UOGMATIQDE.
dodécaèdre ; entre la Terre et Vénus, Ficosaèdre; • entre Vénus et Mercure , l'octaèdre. EnGu , 0 ^ plaça dans chaque planète une âme motrice qui '• l'entraînait dans une orbite nécessairement cir- « culaire , parce que cette forme était la seule qui ^ fût rigoureusement conforme aux déductiois ^ métaphysiques (1 ) .
Telle fut la pensée générale qui dirigea les : premières recherches de Keppler ; et tel est à peu ^ près le sommaire de son premier grand ouvrage (2) , ouvrage qui fut hautement approuvé par Mœstling , et qui fut désapprouvé par Tycbo- Bralié d'une manière non moins formelle.
Cependant, tandis qu'il se livrait h ces recherches si parfaitement conformes à l'esprit de la science grecque, Keppler paraît avoir entrevu que cette harmonie*. univei*selle qu'il cherchait aiusi à
{{) Plus lard Keppler écrivait: « Ma première enrear fut (le croire que les orbites des planètes étaient néc&sairenient des cercles parfaits: erreur d'autant plus difficile h détruire (|u'elle était appuyée sur le consentement uoiversel des astronomes, et quelle me parnissaît seule «wfonnc aux principes de la mclnplvisique. > (AstronowÙÊ nova, etc.)
Arihtote avait eneflet établi que les corps célestes, éunt incorruptibles, se mouvaient nécessairement suivant <ki courbes incorru])tib!(;s aussi; or le cercle est la seule courbe (|ui soit incorruptible de son essence : donc, etc.
(2) Prodromus dissertationum cosmographicarum , inystiTium cosmograpliicum. \62\. Francofurti, in-folio.
MÉTHODE d'invention. 185
layers la multiplicité et la variété des phéuomèaes , pourrait bien ne point exister dans les êtres rar-mémes , étudiés dans leur essence, mais bien dans certains rapports harmoniques existant entre ces êtres. Alors , à la recherche des formes absolues succéda la recherche des rapports , ou des proportions. L'astronomie moderne Ait créée. Et c'est un singulier spectacle dans l'histoire de l'intelligence humaine que celui des luttes incessantes et souvent infructueuses que Keppler eut à soutenir contre ses propres habitudes logiques » ponr passer de l'une à l'autre de ces deux conceptions si différentes.
Dans cette nouvelle voie , la marche de Keppler fut assurée et rapide , et les découvertes auxfielles il fut conduit furent immenses. 11 voulut d'abord qu'il y eût un rapport quelconque entre les longueurs respectives des rayons vecteurs des différentes planètes ; car il lui semblait impossîUe que les distances moyennes des planètes an soleil fussent des quantités purement arbitraires. Mais en vain il fit et refit ses calculs : la chaîne des rapports était rompue. Alors il affirma brdiment que ce défaut de proportion ne pou- ^t être qu'apparent , et qu'il existait trèsproid)lement quelque petite planète qui jusqu'alors ^vait échappé aux recherches des astronomes, t^ux siècles plus tard , la découverte des planètes telescopiques vérifia pleinement l'affirmation
1S6 LOGIQUE. rARTIB 1K>GMAT1QUB.
de Keppler , et établit l'intégrité de cette série e croissante qu'il avait eu tant à cœur de démontrar. '.\ 11 voulut ensuite qu'il y eût un rapport qnd* conque entre les longueurs des rayons et les i temps des révolutions planétaires; et pendant vingt-deux ans il chercha , avec un zèle que nulle : diiBculté ne put vaincre , ce rapport complexe, de l'existence duquel il avait l'entière convictioDt : et qui constitue sa première loi : < Les carrés ; des temps de révolution sont proportionnels aux cubes des grands axes planétaires. » Et l'exisF tence de cette proportion remarquable fut pour lui une démonstration suffisante de celte doctrine astronomique qu'il avait embrassée avec tant d'ardeur : < Or, oyez! s'écrie-t-il dans sa joie, hommes très leligieux , très doctes , très profonds! Si la théorie de Ptolémée était vraie, lï n'y aurait aucune proportion entre les temps des révolutions planétaires et les distances de ces mêmes plapètes du soleil. Si la théorie de Tycho- Brahé est exacte , alors notre loi est vraie aussi pour toutes les planètes qui circulent autour dn soleil : elle est vraie encore pour le soleil et pour Mars ; mais alors aussi nous avons deux centres au lieu d'un. Mais , si Aristarque a eu raison de faire du soleil le centre unique du monde, alois notre loi est vraie pour le système planétaire tout entier , et se trouve conûrmée par toutes les observations. >
Cependant , dans ses différentes recherches , Keppler avait surtout fait choix de la planète do Mars (1) ; et ce choix lui fut extrêmement favorable , à cause de la grande excentricité de cette planète. En effet , prenant pour bases de ses recherches les observations de Tyçho-Brahé , il calcula les positions successives de Mars dans l'hypothèse universellement admise d'une orbite circulaire. Il ne tarda pas à découvrir que les po« sitions calculées ne s'accordaient aucunement avec les positions observées ; et il se trouva conduit à cette effrayante négation de toute la science grecque : Les orbites planétaires ne sont point des cercles. Alors il inventa un moyen nouveau de calculer les distances successives de Mars au soleil : il vit que ces distances allaient tantôt croissant , tantôt décroissant ; il vit que les vitesses de la planète , loin d'être uniformes, croissaient et décroissaient ainsi que les distances , et il conclut que les orbites planétaires étaient des ovales semblables à la courbe que donnerait la section d'un œuf suivant son grand axe. Tous les efforts qu'il lit pour trouver l'expression rigoureuse de cette courbe irrégulière demeurèrent sans succès ; mais les approximations auxquelles
(I) Astronomia nova , seu Physica cœlestîs, tradita cornmentariis de motibus stellse Martis ex obscrvationibus G.-V. Tycbonîs Brahe. 1609, in-folio.
ISS LOGIQUE. rA&TIE DOGMATIQUE.
il parvint suffirent à lui démontrer que cet ovale ne représentait pas fidèlement la trajectoire d'une planète. Vingt fois il fit et refit tous ses calculs, et Terreur qui avait vicié tous ses résultats fut enfin mise à nu. c Les orbites planétaires étaient des ellipses dont le soleil occupait Tun des foyers. > Ce fut sa deuxième loi.
Cependant ces recherches avaient ouvert à Keppler la voie d'une nouvelle découverte. Les rayons vecteurs de Mars croissaient et décroissaient 9 les vitesses angulaires de la même planète croissaient et décroissaient également : il fallait donc nécessairement qu'il y eût un rapport quelconque entre ces quantités variables et cependant liées entre elles ; et la recherche de cette nouvelle proportion , dans laquelle il lui fallut poser les bases du calcul infinitésimal , conduisit Keppler à la découverte de sa troisième et dernière loi : € Les aires décrites par les rayons vecteui's des planètes sont toujours proportionnelles aux temps employés à les décrire. >
Alors Keppler remercia humblement Dieu de ce qu'il lui avait plu de donner à la science un observateur tellement exact ( Tycho-lîrahé ) , qu'une erreur, même de huit minutes , devenait impossible. 11 ne lui restait plus qu'à tirer parti de cet immense avantage, en réformant complètement la science astronomique. En effet , suivant sa nouvelle doctrine , le soleil , placé au centre du
MÉTHODE D'iKVBnTIOK. 189
monde, tourne (1) sur un axe immobile, avec nne vitesse supérieure à la vitesse angulaire des planètes. Celles-ci sont distribuées dans l'espace à des distances qui croissent suivant une loi déterminée. Elles décrivent toutes des ellipses qui toutes ont un foyer commun, le soleil. Toutes marchent dans un même sens , et ce sens est celui de la rotation du soleil sur son axe. Toutes ont une vitesse angulaire variable ; mais cette vitesse est constamment proportionnelle aux aires décrites par leurs rayons vecteurs. Toutes mettent un temps différent à accomplir leur révolution autour du soleil ; mais les carrés de ces temps sont touj ours proportionnels aux cubes des grands axes de leurs orbites respectives. Enfin , si Ton cherche la cause première de tous ces mouvemeus harmonieux , peut-être faut-il admettre dans chaque planète une âme motrice dont la puissance diminue à mesure que celle-ci s'éloigne dn soleil. Peut-être faut-il admettre dans le soleil lui-même une force tractive magnétique , dont la puissance décroît comme la lumière. Peut-être enfin faut-il dire dans notre ignorance : < Il en est ainsi , parce que telle est la volonté de Dieu. >
(i ) Les taches du soleil n'avaient pas encore été découvertes , et par conséquent la rotation de ce corps ne pouvait être observée.
190 LOGIQUB. PàHTII DOGMATIQUE.
Ainsi , le sentiment qvi dirigea Keppler dav ;> toutes ses recherches fut un sentiment profondé- V ment religieux , profondément chrétien : le sen- -i timent de l'harmonie universelle, il la chercha : d'abord dans certaines formes typiques et ab60- : lues ; et cette conception engendra le Mystère ^ cosmographique : il la chercha ensuite dans des . rapports et des proportions ; et cette conception ^ engendra /a P/iy^i^i^e céleste et l'astronomie mo- derne.
Quant aux conclusions qu'il déduisit de ses propres découvertes, elles furent toutes inspirées par la même conviction.
Le bruil s*était répandu en Europe que Galilée venait de découvrir quatre planètes nouvelles; et ce bruit émul étrangement Keppler. Mais lorsqu'il eut reçu de Galilée lui-même un exemplaire du Niincius Sidereus , il ne tarda pas à voir que les quatre planètes n'étaient réellement que les quatre satellites de Jupiter; et les conclusions qu'il déduisit de ce fait remarquable indiquent parfaitement l'état de son esprit : c Parce que la , Terre , dit-il , n'est plus immobile au centre do ^ monde , parce qu'elle circule avec les autres pla- ^ nètes autour du soleil , il faut conclure que le monde n'a pas été créé pour l'homme seulement. Parce que Jupiter a quatre lunes , tandis que notre Terre n'en a qu'une, il faut conclure que notre Terre n'est peut-être pas la plus importante pla-
MÉTHODE d'iUVERTION. 191
nète de notre système solaire. Mais parce que notre Terre est plus favorablement placée que les autres planètes pour l'étude des phénomènes célestes , il est du devoir de l'homme de profiter de cette position exceptioimelle pour perfectionner les sciences astronomiques (1). ji
Citerons-nous enfin les termes mêmes dans lesquels Keppler s'exprime au sujet de ses propres découvertes?
c Depuis huit mois j'entrevois la lumière : depuis trois mois j'aperçois le jour : depuis quelques
jours je contemple le plus admirable soleil
Si vous voulez en savoir TépOique exacte, c'est le 8 mars 1618 que cette idée m'est apparue.
c Conçue mais mal calculée, puis rejetée comme fausse , elle m'est revenue avec une nouvelle vivacité le 15 mai ; et alors;elle a pleinement tissipéles ténèbres de mon esprit. Elle se trouvait si pleinement confirmée par mes observations que je croyais rêver ou faire quelque pétition de principes..... Je me livre à mon enthousiasme : je veux braver les hommes par l'aveu naïf que j'ai diérobé les vases d'or des Égyptiens pour en former à mon Dieu un tabernacle loin des confins de l'Egypte. Si vous m'approuvez , je m'en réjouis : si vK)us me blâmez^ je supporte vos reproches. Mais le sort en est jeté ; j'écris mon li-
(i) Johannis Keppleri Dissertatio cum Nuneio Sidereo.
vre. Que m'importe que mon livre soit lu par Fâge présent ou par un âge à venir ? Mon livre ' attendra son lecteur. Dieu n'a-t-il pas attendu six '^ mille ans avant de créer un honmie pour coor templer ses œuvres (1) ? >
Sixième exemple. — Nous allons maintenant ' exposer le procédé dont s'est servi Van Helmont ■ pour réformer la chimie. Le nom de ce grand ■■ homme est resté fameux dans les écoles à un seul titre , celui de la découverte des gaz. On ne lit guère ses ouvrages ; on les comprend encore moins , car pour cela il faut vaincre une grande difficulté : c'est celle de la bizarrerie du langage dont il se servait ; et bien qu'elle soit d'ailleurs parfaitement justifiable par la nécessité où il se trouvait d'exprimer des idées nouvelles et sans nom dans la science , il n'en est pas moins vrai qu'elle éloigne la généralité des lectcure, et rend ses livres obscurs pour la plupart de ceux qui viennent à les ouvrir.
Les travaux de Paracelse , ceux de tous les alchimistes ses prédécesseurs ou ses successeurs, avaient renversé la doctrine des qualités élémentaires qui , des écoles de la Grèce et d'Alexandrie, était passée dans celles du moyen âge; mais ils ne l'avaient point remplacée. Van Hel-
(J) llarmoniccs niundi : libri quinque. Lincii Austrise, i6i0, in-folio.
MÉTHODE d'iicveutiou. 192
mont croyait donc à la possibilité d'une science diimique , mais il n'avait confiance dans aucun dessystènies publiés sur cette matière, 11 n'était nullement disposé à chercher des renseignemens dans les théories de l'antiquité ; il détestait ce qu'il appelait la science et les méthodes païennes. Il faisait la guerre au syllogisme avec autant d'énergie et plus de profondeur que Bacon, dont il était contemporain. Il accusait le syllogisme de stérilité. La source de l'intelligence , selon lui, était la charité. « La charité nous prie, disait-il , le désir cherche , et les nécessités que nous puisons dans la commisération nous poussent dans l'âme : c'est là ce qui donne l'intelligence. ( Charitas orat; desiderium quœrit; et necessitates, ex commiseratione , in anima puisant. Sic datur intellectus {{).) 2> VanHelmont chercha son hypothèse dans les livres saints ; il procéda de la manière suivante :
11 commença par définir et commenter les premiers versets de la Genèse , et il prit ce commentaire pour base de ses hypothèses. Il en déduit que Dieu créa d'abord deux élémens, l'air et l'eau, irréductibles l'un dans l'autre, entièrement séparés de propriétés et de fonctions ; et un troisième, la terre ; mais il doute de celui-ci , et
(1) Van-Helmontii Opéra. Ed. quarta. Lyon, in-fol., columna lertia.
194 LOGIQUB. PARTIE DOGMATIQUE.
le considère comme formé de Feau. Dans les dé* • finitions très longues qu'il donne sur ces diyen \ sujets , il fait remarquer, en effet , que les corps les plus durs, même le sable ou (fuellem, peuvent être liquéfiés. Il ajoute , toujours en interprétait : les paroles de la Genèse , que la bénédiction de FEsprit saint a mis dans l'eau » élément de la matière , une vertu séminale , fermentum séminale , qui est le principe ou Yarchée de toutes Ici variétés de corps bruts et vivans. Il regarde la lumière et le feu connue une seule et même chose non matérielle, qui a la propriété de séparer ce qui est uni , et de détruire les corps que la vertu séminale a produits. Le feu en brûlant ne consume rien ; il ne se nourrit de rien , dit-il , il sépare et transforme les objets qui y sont exposés. Enfin il établit par quelles transformations un corps donné peut être réduit en Télément qui le constitue ; il est d'abord liquéfié, puis transformé en gaz , mot que Yan Ilelmont • créa pour exprimer une modalité matérielle inconnue avant lui.
Le langage de Van Helmont pourra paraître , fort extraordinaire aux gens de notre temps , et par suite otcr à son hypotlièse quelque peu de Fimportance qu'elle a possédée. Mais mettez an lieu du mot eau le terme moderne hydrogène; au lieu de celui de feti , celui de fluide impondérable ou à^ électro-magnétisme , la singularité du
MÉTHODE D*iinrEiiTioir. i9S
langage sera effacée , et Ton apercevra que noire auteur a ouvert à la chimie une voie féconde en découvertes , et la plus propre , en son temps , à fournir les matériaux d'une théorie opposée en principe à celle des anciens. En définitive, il posait deux élémens l'un vis-à-vis de Fautre , la terre et l'eau , les gaz et les minéraux ; car si Yan Helmont hésitait à admettre la terre comme un élément primitif, il n'en fut pas de même de ses successeurs. L'eau était en quelque sorte la matière des germes , ou , selon son langage , le suc de la terre ; la terre était l'excipient des germes que ce suc y portait , Teau était l'excipient des principes actifs et formateurs , et la terre l'élément passif delà formation. Le feu était l'agent de séparation et de dissolution. Quant à l'air. Van Helmont en avait fait le sujet de considérations nombreuses , et par suite de ^elques expériences par lesquelles il mettait les observateurs sur la route d'y découvrir un principe susceptible de combustion, l'oxigène, et Ms résultats de certaines combustions , l'acide <^arbonique. Voici l'une de ces expériences : Van helmont renversait un vase de verre rempli d'air Umosphérique , et le plaçait dans un plat creux, a bouche en bas. 11 mettait dans le vase de verre lue chandelle allumée , puis il versait de l'eau lans le plat , et il remarquait qu'au fur et mesure que la chandelle brûlait , l'eau montait dans
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le verre. Q voyait enfin qu'au bout d'un c^^mrti temps la chandelle s'éteignait , et Teau ne amo tait plus.
Nous passons sur une multitude d'indicaitiox de détail que notre auteur trouva et qui fureo utilisées par les expérimentateurs, pour terminef en faisant remarquer que si Ton s'élève aujourd'hui au plus haut point théorique qu'il soit posr sible d'apercevoir en chimie , il semble que ^ fin des travaux de notre temps sera quelq»*^ chose de pareil en plusieurs parties, les mctB changés , à l'hypothèse de Van Helmont.
Septième exemple. — On a dit que le point d^ départ de la médecine était l'empirisme ; ceU» assertion n'est pas exacte , car la médecine telle que nous la possédons aujourd'hui est la résol- ' tante de deux ordres de travaux combinés, ceux de thérapeutique et ceux de physiologie ( ou d'é- ^ tiologie). Ce qui est vrai , c'est que la médecine ;■ a commencé par la thérapeutique , et la ihéra- -^ peu tique par un empirisme dont nous allons ici : examiner l'origine et la cause. L'histoire nous i ^ conservé quelques indications et quelques mono- mens même de ces premiers temps de la méde- * cine ; elle a été plus fidèle sur ce point qu'à l'é- . gard de quelques périodes d'une époque plus r avancée. Les Grecs nous ont conservé les iradi- tiens primitives.
On croyait que les maladies étaient un effet •:
MÉTHODE d'iHVEUTION. 197
de la colère des dieux ; on en concluait que pour <iteiiir la guérison il fallait d*abord les fléchir par des sacrifices , des jeûnes et des prières. On croyait de plus que leur bonté révélait alors aux iommes les moyens de guérison. Ce fut de ce :j point de vue que l'on se mit à observer. On reloarqua par suite qu'il était inspiré aux malades fe désirs , des appétits tout particuliers ; et JKtrce qu'on les considérait comme le fait delà ioûté médicatrice des dieux, on y fit attention ^Ton se mit à y satisfaire; l'on obtint ainsi <l€s guérisons. Or, quels étaient ces désirs ? Nous avons à présent qu'ils n'étaient pas autre chose ^l'effet des instincts, qui , dans certaines maidies, sont toujours modifiés de manière à prodoire des appétences curatives , appétences que k médecin , aujourd'hui même , se garde bien le négliger. On croyait encore que les révélaions dont il s'agit , avaient lieu quelquefois dans 3S songes ; et , en eflet , personne ne nie main- ?nant qu'il n'y ait un rapport entre certains êves et certains états organiques ; personne ne iera même que l'instinct , agissant librement hez l'homme endormi , ne puisse exciter en lui 3 spectacle de certaines actions , spectacle bien ilus intelligible qu'une simple appétence ressenie pendant la veille.
Si la croyance religieuse n'avait pas ouvert les ^eux sur ce qui se passait , si cette croyance n'a-