MÉTHODE DE PROBATION
Ce chapitre sera court , car nous avons seulement besoin de rappeler ce dont il a été question dans la première partie de ce traité de logique, et il suffit d'y renvoyer. Le syllogisme , Finduction, l'analyse, la synthèse, la méthode par Tabsurde , l'expérience , l'observation , la probabilité, constituent des méthodes de probation dont il appartient à chacun de déterminer l'opportunité selon les circonstances. Elles ont été, à ce qu'il nous semble , décrites d'une manière assez étendue pour qu'il soit inutile d'y revenir ; mais nous devons dire en ce lieu que pour en faire un bon emploi il faut quelque exercice et quelque pratique : ce n'est pas du premier coup que l'on parvient à en tirer tout le parti qu'on est en droit d'en attendre. On ne saurait donc trop insister sur l'utilité qu'on peut retirer de la pratique fréquente de ces choses. C'est par là seulement qu'on peut apprendre à former rapidement un syllogisme par la découverte du moyen terme , et à découvrir l'erreur enfermée
SSC LOGIQDE. VAITtE DOO!IA.TIQVt.
dans celui qu'on pourrait nous b[i)>osep; c'est ^ par là seulement qu'on peut apprendre à com- ' traire rapidement des inductions , à instituer des ' synthèses ou des analyses, etc. A défaut d'an exercice préliminaire de ce genre , il arrive soii< " vent à la vérité d'être embarrassée vis-à-vis de l'erreur. Sous ce rapport, les disputes d'éco- ^ les , si usitées dans l'ancienne université , étaioit extrêmement avantageuses , et il est à désirer ~ que l'on recoure quelquefois à ces combats factices et h cette Cs[)èce de gymnastique întellec* ' tucllc.
Parmi les méthodes de probalion que nocs venons de nonmier, il en est une dont nous a'a- Tioiis pas doimé une exposition suffisante. Nous Touluiis parler du jirocédé que nous avonsdé* crit , d'après Port-Royal , dans le volume précédent, sous le titre d'Analyse des géomètres, et que nous api)clons méthode de démonstration par l'absunle.
Celte métliodc est fondée sur cet axiome incontestable , qu'une chose ne peut pas en même temps être et ne pas cire, cl sur cet autre axiomp, qu'une chose 7ie petit pas exister sans les t buts essentiels qui la constituent , mais | cesse d'éire aiissîu'ii <|u'on retire v buts essentiels. Tout l'art ( par l'absurde consiste à dans des rapports t
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Tune impovibilité de ce genre. Pour cela il y a divers procédés.
Le premier est uae simple énonciation. Ainsi lorsqu'il s'agit de prouver que le tout est plus grand que la partie, l'absurdité de la proposition contraire est évidente ; car, pour la justifier, il faudrait que le tout cessât d'être tout , et que la partie cessât d'être partie.
Mais les questions ne sont point toujours aussi faciles. Alors il faut les définir, en chercher les propriétés essentielles, les reconnaître et s'en sarvir pour la démonstration. Ainsi supposons qu'il s'agisse de prouver que le matérialisme est absurde. On commencera par en chercher les propriétés, les conditions d'existence, c'est-àdire les conclusions essentielles ; et l'on trouvera, par exemple , celle-ci : que le monde a toujours été ce qu'il est , que rien n'a commencé , que les faits de toute espèce, jusqu'aux pensées, sont commandés fatalement par un enchaînement nécessaire de causes à eflets , enchaînement dans lequel les causes ont été effets , et les effets deviennent causes , etc. Or, il sera facile de prouver que le monde, c'est-à-dire l'état phénoménal où nous vivons, et l'homme lui-même, ont commencé ; il sera également facile de prouver que la volonté de l'homme est libre ; et , à moins que Ton ne consente à ce que commencement et liberté soient en même temps et ne soient pas ,
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on sera obligé de reconnaître que les conclusiooi ^ du matérialisme sont absurdes , et par suite que > la doctrine dont elles sont les conséquences ^ essentielles , est elle-même absurde. ?<
D'après l'exemple que nous venons de citer, ^ on voit que , dans la durée de l'opération logi- i que qui a pour but la probation par l'absurde , 0 r peut être nécessaire de faire intervenir toutes i les autres méthodes énumérées précédemment , t: rinduction, le syllogisme , l'analyse, etc. ; c'est qu'en général la chose principale en logique est • le but que l'on se proi>ose. Quel que soit donc le -mode de démonstration que l'on ait choiâ , on . est autorisé autant que cela est utile à cette démonstration qui est devenue momentanément le but du travail, on est autorisé à invoquer toutes les forces que la science nous fournit. Ce serait faire erreur, et courir le risque de manquer beaucoup de probations , que s'attacher à employer purement un seul moyen.