EGLES DE LA CONNAISSANCE
tOHS semble le complémeat nécessaire de tout « que nous avons dit. En effet , quelle que soit 'msistance que nous ayons mise dans la description des opérations par lesquelles on forme des idées, des jugemens, des propositions , etc., afin de fixer la véritable nature de la connaissance ; on pourrait Foublier, et en conséquence user des moyens de la logique pour acquérir un genre de connaissance qui est au dessus de ces moyens , et faire par suite des œuvres nulles sous le rapport de la certitude et quant aux résultats que Ton devrait en obtenir.
Par les moyens humains, on ne peut connaître rien de plus que des rapports ou des phénomènes. C'est eu cela que consiste toute la connaissance. De même , savoir, au point de vue humain , c'est prévoir des rapports et des résultats qui sont eux-mêmes une autre espèce de rapports. Enfin, agir, c'est entrer en rapport pour obtenir des résultats qui sont encore eux-mêmes une autre espèce de rapports.
Vontologie est le résultat de l'application de la notion de la relation de cause à effet aux rapports connus. On suppose que ces rapports sont des effets, et delà on conclut à l'existence des causes ; mais en vertu de cela même on ne peut jamais savoir, on ne doit jamais rechercher sur la cause rien de plus que ce que nous apprennent les rapports eux-mêmes. On donne à la
cause les noms d'être , de substance , de loi , etc. La notion de la relation de cause à effet , qui est Torigine de l'ontologie , nous est révélée par deux voies , l'une primitive , l'autre secondaire. La morale est la première de ces voies. I^ notion de la relation dont il s'agit est écrite en quelque sorte dans chacun des préceptes qui h composent; car en nous commandant tantôt d'agir, tantôt de nous abstenir, et en nous enseignant les résultats de ces diverses actions» elle nous présente à nous-mêmes comme pouvant être causes et producteurs d'effets ; elle nous présente le monde extérieur comme étant cause et producteur d'effets, etc. En outre , elle nous apprend que nous-mêmes , nous sommes des êtres créés , c'estrà-dire des effets ; enfin en nous donnant le langage elle nous révèle implicitement la notion sur laquelle est fondée l'ontologie. C'est même par le langage que l'homme entre dans h voie secondaire dont nous avons fait mention , et dont je réserve l'exposition pour le moment où je traiterai de l'ontologie , cette question exigeant des développemens qui ne permettent pas d'en parler en ce lieu.
La science n'est pas la même chose que l'ontologie , bien qu'elle implique une connaissance de celle-ci proportionnelle au degré d'avance» ment où elle est parvenue. L'ontologie , enefleC ^ consiste uniquement dans la connaissance dei [^
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causes , des êtres , des lois, que suppose la notion des rapports. La science au contraire a pour but de prévoir seulement les rapports, c'est-à-dire les effets.
La pratique est la vérification irrécusable de 'ontologie et de la science. En supposant que liomme eût été mis sur la terre complètement lénnéde toute connaissance, c'est par la prajque seule qu'il eût pu arriver à l'ontologie et à a science : à l'ontologie , en remontant de Tef- 'et à la cause ; à la science , en allant de l'expérience à la prévoyance. Or, il est facile de proufer que les choses ne se sont point ainsi passées , et nous l'avons déjà fait voir. L'homme, en effet, en lant qu'être libre , n'agirait point s'il n'avait une probabilité sur le résultat de ses actions; pour avoir cette probabilité , il faut qu'il prévoie, c'est-à-dire qu'il sache. 11 faut qu'il connaisse la pratique avant d'avoir pratiqué , et c'est par la révélation ou par l'enseignement de la morale que cette connaissance lui est octroyée.
La morale n'est point seulement la connaissance des rapports d'un certain ordre ; elle est plus : elle est la loi même des rapports nécessaires pour accomplir la fonction départie à fespèce humaine , et conserver celle-ci. A cause ^ cela elle est plus qu'une science , elle est un ^terium. Que l'on change les termes de la
question , et Ton retrouvera encore la même conclusion. En effet , que Ton dise de la pratique , soit qu'elle est l'origine de la science et de Tontologie , soit qu'elle est le moyen irrélii* table de vérification à l'égard de Tune et de l'autre , on sera toujours obligé d'avouer, en définitive y que la morale , étant la loi de la pn« tique y possède , vis-à«vis de l'ontologie et de la science , toute la valeur que l'on est obligé d'attribuer à cette pratique.
De ce qui précède il ressort plusieurs corollaires relatifs à la connaissance. Nous allons tel présenter dans les termes les plus brefs. No» n'adopterons point dans notre exposition m ordre méthodique, qui nous obligerait à de longs développemens, et qui nous priverait d'ailleurs de l'avantage de la brièveté nécessaire à un pareil genre de travail , dans lequel il s'agit plutôt de donner des règles que de les démontrer. D suffira d'ailleurs , sous ce dernier rapport, que nos lecteurs puissent eux-mêmes , en comparant ce que nous allons dire avec ce que nous avooi dit , s'en prouver la légitimité.
1 . 11 y a deux espèces de connaissance : rmi^ qui nous a été donnée ou révélée, et que réducttion conserve ; l'autre qui a été acquise par non et qui est en général l'objet de l'instruction.
La première est la morale. Il n'est pas pemÉ de changer dans celle-ci , ni une lettre , ni on
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iiot , soit quant aux prescriptions pratiques, soit [oant à Tontologie, qu'elle contient explicitement Ml implicitement. On donne à cette dernière conoaissance le nom de dogme.
La seconde espèce de connaissance , ou la connaissance acquise , reçoit le nom de science.
2. La science doit être définie par le but qu'on s'y ]»x>pose. Toute connaissance sans but n'est point de l'ordre scientifique.
3. Toutes les divisions de la science , comme tontes ses fonctions, doivent être déduites du but même de cette science.
4. n y a autant de spécialités scientifiques qa'il y a de modes dans les rapports de l'homme avec le monde extérieur ou avec lui-même, c'est-à-dire autant qu'il y a de buts pratiques.
5. La science est essentiellement progressive. Toute science qui se prétend achevée n'est que stationnaire.
Les progrès de la science sont marques par deux ordres de connaissances qui répondent à deux de^és d'avancement. Le premier degré existe lorsque l'on possède l'ordre de succession des phénomènes. Tel est aujourd'hui l'état de la physiologie et de la médecine. Le second degré ^ acquis lorsque l'on possède la loi de génération ou de dépendance des phénomènes. Tel est aujourd'hui l'état de l'astronomie. Ce second de- Hré est le plus avancé que nous puissions formu-
1er, mais non que nous puissions atteindre. Noai m en concevons , nous en apercevons un troisième^ /. qui offrirait une expression plus étendue et ploi ^ parfaite des rapports existans. ri
6. Les formules et les faits scientifiques ont :« rigoureusement la valeur des motifs que l'oa t s'est proposé en les acquérant.
7. Lai connaissance scientifique repose sur ^ quelques axiomes fondamentaux que nous allons t exposer. Les inventeurs s'en sont servis dans Ifô *. recherches qui les ont conduits aux découvertes ^ qui les ont illustrés. Ils doivent être présens à l'esprit de ceux qui se proposent un pareil but.
8. Les rapports sont multiples et de diverse espèce; il y a autant de phénomènes multiples et divers. Il y a variation indéfinie dans ces phénomènes ; mais , il y a de plus une constante : en d'autres termes, il y a régularité, harmonie, suite dans les rapports. En effet , s'il n'y avait pas multiplicité et variation , il n'y aurait point nécessité de prévoir , puisqu'il n'y aurait en réalité qu'un seul et même phénomène , c'est-a-dire identité parfaite. Et s'il n'y avait pas une constante dans les variations, il y aurait impossibUité de jamais prévoir.
9. Tous les phénomènes , tous les rapports, ou en d'autres termes tous les êtres, toutes les causes sont fonctions les uns des autres. En effet , s'il en était autrement , il n'y aurait point
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e coDStaute clans les varialions. La possibilité de prévoir , dont la démonslralion nous est donnée »r une pratique de chaque instant , en prouvant 'existence de cette constante , nous donne aussi in témoignage sur ce fait, que toutes choses, dans ^ monde, sont fonctions les unes des autres. Par là , il est démontré , de plus , que toutes choses sont en harmonie parfaite dans Tunivers. En conséquence, celui qui veut se livrer à des recherches scientifiques doit se placer au point le vue de l'harmonie universelle , ou , pour parler le langage pratique , au point de vue encyclopédique , et de la descendre a sa spécialité.
10. Les constructions encyclopédiques ont pour but de nous présenter l'état de la science. Elles doivent être faites en vue de nous présenter un calque du monde , c'est-à-dire de nous en offrir une image aussi fidèle que possible. Elles doivent donc nous présenter aussi bien le tableau de ce que nous savons que celui de ce que nous ne savons pas , c'est-à-dire la science acquise aussi Wen que les desiderata et les lacunes. Le mérite d'une encyclopédie, à vrai dire, consiste surtout à offrir l'indication de ce qui nous manque.
11. Toute encyclopédie où la classification est établie du point de vue des facultés humaines , est fausse.
12. Outre le point de vue encyclopédique , on doit en outre assez bien posséder la connaissance
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de l'histoire pour ne point ignorer comment Itf ""} découvertes ont élé faites sur le terrain que Vgù i étudie , par quelles raisons on s'est trompé , et .f comment enfin a été formée la matière scienti- î: fique que l'on a sous la main. ::
i3. Il y a autant de causes différentes qu'il y a : d'ordres de rapports constamment opposés oa ) divers (1). La science, en raison du degré d'à- i vancement , est dans plusieurs situations quant à . la connaissance des relations d'effet à cause. Elle ■ doit avoir pour but de simplifier constamment ce • rapport. C'est par ce travail qu'elle passe d'un degré de prévoyance à un autre.
i4. Toutes les fois que l'on reconnaît un mouvement , on doit supposer l'existence de deux causes au moins , et d'une pluralité de rapports; car , sans cette pluralité , ou ne reconnaîtrait pas même qu'il y a mouvement , et s'il n*y avait qu'une cause il y aurait identité et immobilité parfaite.
15. Dans l'investigation scientifique et surtout dans la recherche des hypothèses , on ne doit pas oublier que les choses ont toujours lieu par les moyens les plus simples , ou par la moindre action , pour nous servir du langage de Leibnitz , auquel on attribue la découverte de ce principe.
(1) Rien entendu que nous ne parlons en ce lieu que de» ,' causes secondes.
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lais cette pensée est plus ancienne ; elle a été le ecret qui a conduit tous les inventeurs depuis ^thagore jusqu'à nos jours.
16. Toute hypothèse est un signe représen- ;ant un rapport que notre esprit établit ou permit comme existant entre un nombre déterminé de phénomènes.
De cette définition y il suit : que toute hypothèse n'a qu'une valeur relative. Cette proposition générale va nous fournir quelques corollaires que nous allons développer.
Puisqu'une hypothèse n'a de valeur que comme exprimant un rapport , il suit : que les hypothèses sont entre elles comme les rapports qu'elles expriment. Donc une hypothèse est d'autant plus probable que les phénomènes qu'elle coordonne, sont plus nombreux ; que le rapport qu'elle établit , est plus général ; que la prévision qu'elle permet , est plus étendue.
Puisque les hypothèses sont entre elles comme les rapports qu'elles expriment , il suit : que toute hypothèse qui nie un rapport plus général qu'ellemême est nécessairement fausse. Or, la loi morale étant la loi la plus générale de toutes , puisqu'elle exprime le rapport des hommes avec Dieu , des hommes avec le monde et des hommes entre eux , il est évident que toute hypothèse qui ^t en contradiction directe avec la loi morale est nécessairement fausse.
s, ^8 LOGIQUE. PARTIE DOGMATIQUS.
Puisqu'une hypothèse n'est que Texpressioi' d'un rapport qui existe pour nous entre un ce^ ^ tain nombre de faits d'un ordre déterminé , il "suit : que les différentes conditions que toute hy- -pothèse suppose n'ont de valeur que vis-à-vis ces < mêmes phénomènes. Il faut donc bien se garder ^ de donner à ces conditions une valeur absolue» et de convertir ainsi des existences relatives (des ■ conditions) en des existences absolues (des eisen- : ces). Ce fut là surtout le vice de la science anti- que ; et il ne faut pas croire que lessavansdenos jours en soient complètement affranchis. Pour ne citer qu'un seul exemple , il y a un grand nombre de travaux modernes entrepris dans Fanique but d'étendre à des phénomènes qui n'ont aucun rapport avec les phénomènes astronomiques , les lois de l'attraction uewtonienne. Or , la formule de Newton est destinée à exprimer li loi des influences réciproques qu'exercent Fun sur l'autre des corps placés dans l'espace et situés à des distances réciproques appréciables : Faltraction n'est que la coudition hypothétiquement affirmée de ces influences : par coDsëquent , vouloir étendre la théorie de l'attraction astronomique a des phénomènes d'un autre ordre, c'est vouloir convertir une condition relative en une essence absolue .
Enfln , puisque toute hypothèse n'est que l'expression d'un rapport général existant entre un -
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certain nombre de phénomènes d'uu ordre détëcminé , il suit que toute hypothèse doit être telle qu'elle puisse être immédiatement et directement portée au contact des phénomènes, afin de constater ainsi , que ce rapport est bien réellement l'expression générale de tous les rapports particuliers existant entre ces mêmes phénomènes : il faut , en d'autres termes , que toute hypothèse soit immédiatement vérifiable. Cette dernière condition , qui pourra sembler futile , tant elle est évidente, est peut-être celle qui, dans nos habitudes scientifiques actuelles , se trouve Te plus fréquemment violée : il nous serait facile de citer plusieurs travaux modernes basés sur des considérations hypothétiques dont la nature même échappe complètement à toute vérification. Toutes les genèses matérialistes , sans en excepter une seule , sont dans ce cas.
Nous terminerons ici 4:ette énumération. Nous craignons qu'on ne la trouve ni assez complète , ni assez générale. En poursuivant l'un de ces buts, nous devons renoncer à atteindre l'autre ; mais peut-être les avons -nous manques tous deux. Quoi qu'il en soit , nous aurons au moins donné l'exemple d'un système spécial d'instruction dont la connaissance sera certainement utile dans la pratique des sciences. Nous savons par notre expérience personnelle , et par ce qui est arrivé h
beaucoup d'autres , qu'un pareil ayertissem préliminaire peut épargner plus d'une mép et bon nombre d'erreurs.