‹ Essai d'un traité complet de philosophieChapitre 26 sur 51 · II · texte numérisé non relu

II

32$ ONTOLOGIE. FAKTIK CRITIQUF..

4* Classification des êtres. L'univers ou lok est habité par difTérentes classes d'êtres ; ils sont ou tchama , c'est-à-dire reproductions par nais* \t sance , ou rouj>a , dieux matériels ou visibles , m h aroupa, immatériels et invisibles.

Les premiers ont pour serviteurs de bons et de i mauvais génies. Us ont leur résidence sur la v terre et dans les régions atmosphériques, qui e comprennent le mont Mienmo et les six deux des rt deva, superposés les uns aux autres, et se sur- ; passant , dans le même ordre , en éclat et en *; splendeur.

Les seconds occupent les seize cieux plus éle- .i vés, jusqu'au vingt-deuxième du Brahma-Loka. •»

Les troisièmes , les êtres immatériels , qui ont . été des sectateurs zélés de la doctrine de Boud- f dha, occupent les quatre cieux les plus élevés, du vingt-troisième au vingt-sixième.

11 y a aussi huit espèces de démons. Ce sont :

Les Gandkarva , ou corps odorans , qui ne boivent pas de vin et ne mangent pas de chair; ce sont les musiciens d'Indra.

Les Pisâtcha, qui respirent les esprits animam • des hommes et la vapeur des graines.

Les Loumbhànda, qui habent genitalia in forma xirnœ (4).

(1) Nous demandons grâce au lecteur pour ce langage abject et grossier. 1^ pudeur nous ferait un devoir dt

1>U PASTHÉISIIK. 327

Les Prêta ou démons de la faim , qui , dans toute la durée de leurs kalpas , n'entendent parler ni de nourriture , ni d'eau.

Les Nâga ou dragons. Ils sont de quatre espèces : ceux qui gardent les palais des dieux , et les contiennent pour les empêcher de tomber ; ceux fui conduisent les nuages et font tomber la pluie pour l'avantage des hommes ; les dragons de la terre , qui font couler les fleuves et percent les lacs ; ceux qui sont cachés , qui gardent le trésor les rois Tchakravartis et des hommes opulens.

Les Poutana ou démons faméliques et fétides ; ce sont eux qui président aux maladies pestilentielles.

Les Yakeha ou courageux ; ils sont de trois sortes , ceux de là terre, ceux de l'air et ceux du ciel.

Les Rackas , les rapides ou redoutables , parce que leur colère est à craindre.

5* Incarnation des Bouddhas. Â diverses époques, apparaissent çà et là des manifestations spéciales de la substance absolue d'où tout émane. Les Bouddhas, qui séjournent dans la région indestructible située au-delà de l'espace

supprimer ces expressions , si elles ne se trouvaient pas textuellement dans les livres mêmes que plusieurs écrivaîBs de notre époque osent mettre en parallèle avec les iKkints évangiles.

33S OIVTOLOGIE. VA&TIl CAITIQUE.

lumineux, descendent sur la terre, se reVé^L tent d'un corps et se montrent aux hommes. 11} a aussi des Boddhisaloua qui se manifestent plusieurs fois dans différentes incarnations jusqu'à L ce qu'ils atteignent le rang des premiers, pour ne l^ plus se montrer dans le monde. Dans l'âge actuel, ^ quatre Bouddhas ont déjà paru ; le dernier d'entre eux est Shâkia-Mouni ; un cinquième doit encore venir avant la destruction de ce monde.

6^ Définition du bien et du mal. Le bien , iVtrvriti , est l'anéantissement ; c'est Tabsorption de toutes les facultés dans la contemplation de Bobddhâ ; c'est l'identification avec la substance ab* solue , le principe de l'être. Le mal , Sœuara, est l'existence ^ car tout ce qui existe est sans réalité ; c'est le produit de l'illusion qui trompe les sens. Le mal , c'est l'action , c'est la pensée» c'est la vie (1).

Les dogmes de Valentin diffèrent considérablement , quant à la forme , de celui dont nous venons de donner une exposition abrégée ; mais ils ont le même fond philosophique , ainsi que l'on va le voir, d'après les généralités que nous extrayons de saint Irénée :

< Les disciples de Valentin racontent , dit ce

(i) Cette Notice sur le boudhisme est extraite d*uii article de M. Bazin, inséré dans le t. 1" de VEHropéen,i série , p. 88 et 89.

DU VAMTHÉISHE. 329

Saint évéque , qu'il existe dans les hauteurs du cnonde invisible et invariable un Œon parfait , existant de toute éternité. Us l'appellent tantôt Proarchè , tantôt Propator, tantôt Bython (1). Il 3st incompréhensible, invisible, éternel, non aigendré. Il resta dans le repos et le silence penlant des temps immenses. Avec lui était Ennaea, pi'ila appellent aussi Charis (la grâce), et Sigè (le silence). Il arriva que Y Œon suprême , Bython , résolut de faire sortir de lui le commencement le toutes choses ; et , en conséquence , il émit la prolation (îrpoêoWv) de ce qu'il voulait émettre, et [a déposa comme une semence dans Sigè {quasi fn vulvâ ejus). Sigè reçut cette semence; elle derint comme grosse, et elle engendra iVtin (le temps présent) ; Nun , le semblable et l'égal de son père, Nun, qui seul est capable d'atteindre la grandeur de Bython. Us donnent à ce Nun les noms de fils unique, de père, de commencement de toutes choses. Us disent qu'avec lui la vérité lot produite. Lorsque ce premier-né eut senti pour quelle cause il avait été produit , il engendra aussi. Il émit le Logos (la raison), et Zoè{\a vie), qui devait être le père de tout ce qui serait plus tard , l'Archée , la figure de tout le plèrôma

(1) Proarchè, signifie commencement; Propator, premier père; Bython , l'abîme.

330 0IIT01X)GIK. PARTIK CRITIQUS.

(Firnivers). Par l'unipu du Logos et de Zoè > oui été émis riiomme et l'Église (1). >

Il est facile de reconnaître, dans cette exposh tion, un panthéisme à double substance > dont -] Tune est active et considérée comme mâle, et ^ l'autre est passive et considérée comme fondle. ^ On donnait souvent à la première les noms dV ^ ther, de lumière, d'archée; à la seconde les ^ noms de ténèbres , de matière , de chaos. Des • émanations successivement moins puissintes au fur et à mesure qu'elles s'éloignaient du centre * producteur animaient toute cette matik^ ; on avait même cherché à représenter cette hié^l^ '* chie de la puissance de l'être lumineux sur les ^ ténèbres , ou de l'activité sur la passivité , par un tableau qui représentait une succession de cercles concentriques. Au centre , la force lumi- ' neuse était à son plus haut degré ; puis , au fur et à mesure que l'on passait dans un cercle moins rapproché , on la voyait diminuer ; les émanttiens devenaient moins nombreuses , et les ténèbres peu abondantes. Quelle doctrine morale pouvait-il ressortir de là? C'était que , pour rentrer dans le sein de la béatitude étemelle, il fallait s'abstraire de l'illusion qui nous environnaitr illusion qui était l'efTet des ténèbres qui nous en-

(1) Irensei adversus hcreses lib. Lutetîae, 4639.

ou PANTHÉISME. 531

Dui^aient. On ne pouvait échapper à cette illuiou que par la connaissance , la méditation et impassibilité. On ajoutait que l'OËon suprême tvait plusieurs fois détaché des QEons pour apprendre aux hommes la route du bien , c'est-àlire du bonheur. Plusieurs gnostiques plaçaient ésus-Christ au nombre de ces QEons. Ainsi , Talalogie avec le bouddhisme est évidente lorsque 'on examine les conséquences de ce panthéisme ]ui en semble d'abord si éloigné. Il est très prot)able, en effet, qu'il n'en était qu'une copie, et que la Grèce fut encore , en ce cas , ce qu'elle avait été tant de fois déjà , imitatrice intîdèle de la philosophie indienne.

On se demandera peut-être pourquoi les panihéismes anciens , le bouddhisme et le gnosticisme, ne ressemblent point au panthéisme moderne de Spinosaet des saint-simoniens. Il nous semble que cette différence a pour cause le but originel que Ton se proposa en imaginant ces divers systèmes. Les bouddhistes et les gnostiques paraissent s'être proposé surtout de résoudre une question philosophique. Il est certain que les premiers n'ont point déduit toute leur morale de leur enseignement dogmatique. Ils ont conservé tous les préceptes de la morale admise dans la société où ils vivaient ; ils n'ont , en quelque sorte , changé que les formes du culte, en substituant à l'innombrable multitude de pratiques

t^%l OST'jLOGfE. rA&TIS CRITIQUE. 1

usitées chez les Brahmines une seole pratique U qui peol dispenser de tontes 1^ antres » celle <fe l TimfKissibiUté absolue on de la connaissance cooH \r. plète. Quant aux seconds , les gnostiques , ils se ^^ proposaient d'unir tontes les doctrines , toi» les > paganismes qui se partageaient le monde roma- t no-grec de leur siècle , par un savoir supérieur, un syncrétisme qui donnât la théorie de tontes . choses , et pût facilement comprendre même les ^ opinions et les croyances les plus dissemUables > et les i>lus opposées. 11 n'en était pas de même : des spinosistes et des saint-simoniens : ceox-d Toulaient , contre le christianisme , réhabiliter la j matière , c'est-à-dire , la chair, et tous les af^ tits qui en émanent. Ainsi les saint-simoniens disaient que l'acte le plus religieux était l'acte dn coit ; il est vrai que les gnostiques n'auraient rioi eu à leur opposer à cet égard : les saint-simoniens donnaient le nom de culte religieux aux plaisirs de la table , à ceux des danses vohiptnaises , à ceux du bal , etc. ; ils appelaient encore culte les travaux de Tindustrie ; ils appelaient les maladies des crises , et la mort un progrès. Ces hommes ont fait preuve d'une effroyable continuité vers leur but. Si l'indignation publique, ou plutôt si le manque d'argent ne les eût pas arrétV»s,leur enseignement eût atteint tous les degn/s (lu mal ; ils eussent concentré dans leur uni- <|ue doctrine , comme dans un pandu?monium ,

DU PAUTHÉISMB. 2t^^

^^utes les abominalions qu'on trouve éparses ■ans l'histoire des erreurs de l'esprit humain, de 5es erreurs dont une seule a suffi pour faire conlamner universellement les systèmes en apparence les mieux conçus. Mais passons à l'examen les conditions essentielles du panthéisme.

Le panthéiste est obligé de prouver que la [»ntradiction et l'identité sont une seule et même chose , ou , en d'autres termes , que les choses contradictoires ou opposées sont identiques . 11 fau t donc qu'il démontre que l'activité et la passivité, foDité et la pluralité , la vie et la mort , le bien et le mal , le noir et le blanc , le mouvement et le repos , l'infini et le fini, le vide et le plein, etc., sont les mêmes choses ; il faut qu'il démontre que oui et non sont rien et quelque chose , une seule et même affirmation ; que lui et moi, le créateur et la créature, sont un seul et même être, etc. Que s'il ne prouve pas cela , il accorde qu'il y a dans cet univers des choses contradictoires , difterentes , et , par suite , qu'il y a plusieurs substances contradictoires et différentes les unes des antres.

Que le panthéiste n'accepte qu'une seule subt stance, ou qu'il en accepte deux , il est , en vertu du principe premier de son système , astreint aux m^es obligations logiques essentielles. En effet , supposons qu'il s'agisse d'une variété de pan-

S3& OJNTOLOGlt. FAATIB CaiTIQUS.

théisme où Ton admet deux substances ; nom r.

ferons remarquer que la théorie tout entier» roule sur l'histoire que Ton fait de celle des deux '^^ substances que l'on appelle active , lumineuse, • t éthérée, etc. Or, il faut montrer, quant à celle-ci , t que l'unité et la pluralité, Finfini et le fim, oui ?! et non, lui et moi , le créateur et la créature, elc., t) sont une seule et même chose. Le nombre de& ( contradictions dont il faut prouver l'identité est 'i ici moins considérable, maisnonmoinsimportant <•

L'affirmation de l'identité en toutes choses» . l'affirmation que les contraires sont mêmes et : identiques , étant l'affirmation qui constitue es- i sentiellement le panthéisme , c'est sur cette qoes- : tion qu'il faut juger le système; c'est à cette .question qu'il faut le ramener, si l'on ne Teut « courir le risque d'errer avec lui au milieu d'un * dédale de sophismes et d'assertions sanspren- * ves où il se réfugie d'ordinaire quand on l'attaque; c'est sur cette affirmation que nous allons l'examiner.

Est-il vrai qu'il y ait identité partout , et qu'il n'y ait nulle part de différences, d'oppositions ni de contradictions? 11 n'y a personne qui ne réponde de suite a cette interrogation par la négative. 11 suffit d'ouvrir les yeux et de regarder , autour de soi ; il suffit de réiléchir un Instant sur ce que l'on éprouve soi-même , pour prononcer r que cela n'est pas vrai..

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