U PANTHÉISME
Regardez, en effet, autour de vous 3 vous voyez les choses qui sont immobiles , et d'autres qui se menvent ; vous voyez des corps inertes qui sont [nus , et d'autres qui se meuvent spontanément, [k, le repos et le mouvement sont-ils la même ijiose? le fait de recevoir le mouvement et le fait le se le donner à soi et aux autres sont-ils identiques?
Le mouvement , et l'espace ou la place où il est t^ré y ne sont pas non plus la même chose ; car le mouvement étant le transport d'un corps d'un point de l'espace à un autre , comment un corps çhangerait-il de place dans l'espace , si ce corps et cet espace étaient un et identiques?
Le mouvement et la vitesse sont-ils la même chose ? Ne voyons-nous pas que , lorsqu'un corps cesse d'être mis en mouvement , la vitesse persiste encore long-temps , et se maintiendrait toujours en mouvement si elle ne passait dans le siUieu ambismt ? Ne voyons-nous pas que la vitesse se perd , et qu'il y a dans l'art mécanique m art pour conserver la vitesse? Or, peut-on dire, dans ce cas , que le corps , le mouvement , la vi-. tesse , le milieu , soient une seule et même chose ? N'est-ce pas nier la science physique et l'art mécanique?
Or, il n'est pas un ordre de faits dont l'examen fie donnerait lieu aux mêmes observations. Mais ^ n'est pas besoin de les étudier aivec détail ; un
IZÙ ORTOLOaiB. FAATU CmiTIQUK.
simple regard suffit. Me voiuon pas , en effet , vk premier coup d'oeil , que si toutes ces choM b étaient identiques , il faudrait dire que llicMiini i^. qui construit une maison, les pierres dont die ^ est faite et la maison elle^-méme sont identiques; ^ il faudrait dire que l'assassin et sa victime sont . j un seul et même être ; que la lumière et Vabsenoe ^ de lumière sont une seule et même chose; que le ,| maître et le disciple sont le même être, etc., etc.? ^ Il faudrait , en un mot , nier les sens, la raison et ,^ le langage.
Sans aller plus loin , sans plus d'examen , o| .^ est donc en droit de dire que l'affirmation essen* ^ tiellement constitutive du panthéisme est entià* ; rement fausse , et par conséquent que ce panthéisme est une absurdité. Nous ne pouvons, à , cette occasion , résister au plaisir de citer ui passage de Bayle qui répond directement à la ,. question telle que nous l'avons posée, et dans lequel on trouvera joint au mérite d'une argumentation incontestable celui d'une grande lucidité. ^
« Considérez avec attention ce que je vais dire, dit Bayle (1) : s'il y a quelque chose de certain et d'incontestable dans les connaissances humaines, c'est cette proposition : Opposita sunt quœ neqtu de se vivicem , neque de eodem tertio secundun idem , ad idem , eodem modo atque tempore, verè
(l) Diclionuairc hislori((uc et crili(|uc, art. Spinosa-