‹ Essai d'un traité complet de philosophieChapitre 28 sur 51 · DU PANTHÉISME · texte numérisé non relu

DU PANTHÉISME

tfjirmari possimt; c'est-à-dire , on ne peut pas af- Irmer avec vérité , d'un même sujet , aux mêmes égards, et en même temps, deux termes qui sont ipposés ; par exemple : on ne peut pas dire sans nentir Pierre se porte bien , Pierre est fort ma' ade; U nie cela et il P affirme. Les spinosistes iiinent cette idée , et la falsifient de telle sorte , [a'on ne sait plus où ils pourront prendre le caractère de la vérité ; car, si de telles propositions étaient fausses , il n'y en a point qu'on pût garanir pour vraies. On ne peut donc rien se pronettre d'une dispute avec eux ; car s'ils sont capables de nier cela , ils nieront toute autre raiton qu'on voudra leur alléguer; Montrons que ::et axiome (i) est très faux dans leur système , 3t posons d'abord pour maxime incontestable (jue tous les titres que l'on donne à un sujet pour ugnifier ou ce qu'il fait ou ce qu'il souffre , conviennent proprement et physiquement à sa substance et non pas à ses accidens. Quand nQus disons le fer est dur,ie fer est pesant ; il s'enfonce dans Teau , il fend le bois , nous ne prétendons point dire que sa dureté est dure , que sa pesanteur est pesante , etc. ; ce langage serait trop impertinent : nous voulons dire que la substance

(1) Cet axiome que Ton ne peat affirmer, avec vérité, â* un même sujet, des états, des qualités ou des manières d'être opposées.

S38 OIVTOLOGIK. PARTIS CftITIQÙk.

étendue qui le compose résiste, qu'eUe pèse, ^^ qu'elle descend sous Teau , qu'elle divise le bd De même , quand nous disons qu'un homme nie, ^ affirme , se fâche , caresse , loue , etc.» nous fai* '^ sons tomber tous ces attributs sur la sabstinoe ' même de son âme , et non pas sur ses pensées , H en tant qu'elles sont des ùccidens ou des mofifi* ^ cations. S'il était donc vrai , comme le prétend ^i Spinosa , que les hommes fussent des modalicés ^ de Dieu , on parlerait faussement quand on di- ' rait : Pierre nie ceci , il veut cela , il affirme une telle chose ; car, réellement et d'effet , sdonœ î: système, c'est Dieu qui nie , qui veut , qui affirme, «^ et par conséquent toutes les dénominations qni '* résultent des pensées de tous les hommes , tom- ^ bent proprement et physiquement sur la sob* > stance de Dieu : d'où il s'ensuit que Dieu hait ei • aime, nie et affirme les mêmes choses , en même : temps et selon toutes les conditions requises pour ■ faire que la règle que j'ai rapportée , touchant les ^ termes opposés , soit fausse : car on ne saurait »• nier que , selon toutes ces conditions prises en = rigueur, certains hommes aiment et n'affirment ce (pie d'autres hommes haïssent et nient.— " Passons plus avant. I^s termes contradictoires, vouloir et ne vouloir pas , conviennent , selon toutes ces conditions, en même temps à différens hommes; il faut donc que dans le système de Spinosa , ils conviennent a celle substance uniqo^

3t indivisible qu'il nomme Dieu. Cesi donc Dieu ]ui , en même temps , forme Tacte de vouloir, et ]ui ne le forme pas à l'égard d'un même objet : jn vérifie donc de lui deux termes contradictoi- •es , ce qui est le renversement des premiers principes de la métaphysique. — Comme un cer- Je carré est une contradiction, une substance 'est aussi quand elle a de l'amour et de la haine 5n même temps pour le même objet. Un cercle :arré serait un cercle et il ne le serait pas : voilà ine contradiction dans toutes les formes ; il le ferait selon la supposition , et il ne le serait pas , [misque la figure carrée exclut essentiellement la [drculaire. J'en dis autant d'une substance qui liait et qui aime la même chose ; elle l'aime et ne Taime pas ; rien ne manque à la contradiction : die Taime, car on le suppose ; elle ne l'aime pas, ^u que la haine est essentiellement exclusive de Tamour. Voilà ce que c'est que la fausse délicatesse : notre homme ne pouvait souffrir les moindres obscurités ou du péripatétisme , ou du ju-^ dajsme , ou du christianisme , et il embrassait de tout son cœur une hypothèse qui allie ensemble deux termes aussi opposés que la figure carrée et la circulaire, et qui fait qu'une infinité d'attri-' buts discordans et incompatibles et toute la variété et l'antipathie des pensées du genre humain, 86 vérifient tout à la fois d'une seule substance très simple. On dit ordinairement quot capita

^iO 0?ITOLOG1I. rAETIB CEITIQUB.

lot sensuH, autant de seuiîmeiis qtiedelàef; mais , selon Spinoza , tous les tentimens de tioift \ les hommes sont dans une seule tête. Rappo^ simplement de telles choses, c'est les refont c'est en faire voir clairement les contradictî^=tf car il est manifeste, ou que rien n'est impôts-^ non pas môme que deux et deux soient doui/^^ qu'il y a dans l'univers autant de substance^s^ de sujets qui ne peuvent recevoir en même les mêmes dénominations.

c Mais si c'est , physiquement pariant , absurdité prodigieuse qu'un sujet simple que soit modifié en ibême temps par les de tous les hommes , c'est une abominatioi crable quand on considère ceci du côté morale. Quoi donc? L'être infini, l'être saire, l'être souverainement parfait, ne^ & point f(5rmc , constant , immuable ! Que cJf Â-ji immuable ! il ne sera pas un moment le néae, ses i>eiLsées se succéderont les unes aux Mtm sans fia oi sans cesse; la même bigarruivdr passions et de seutimens ne se verra pas deux fois. Cela est dur à différer, mais voici bicop»: cette mobilité continuelle gardera beaucoup dV nifurmité eu ce sens, que toujours pour UK bonne {>eiisée l'être infini en aura mille desotio. d'extravagantes , d'impures , d'abominables. 1 proiluira en lui-mémo toutes les folies . tou» b^s rêveries , toules les saletc'^s , toutes les iniqni'

DU PAlNTUÉISME. Zkl

$du genre humain. Il en sera non seulement cause efficiente , mais aussi le sujet passif , le \iectum inhœsionis ; il se joindra avec elles par ûon la plus intime qui se puisse concevoir ; c'est une union pénétrative , ou plutôt une e identité , puisque le mode n'est point dist réell^nent de la substance modifiée. Plu- "s grands philosophes ne pouvant comprenju'il soit compatible avec Têtre souverainet parfait , de souflFrir que l'homme soit si lant et si malheureux , ont suposé deux -îpes : l'un bon , l'autre mauvais ; et voici philosophe qui trouve bon que Dieu soit lui- ^e l'agent et le patient de tous les crimes et ^utes les misères de l'homme. Que les hom- ^se haïssent les uns les autres , qu'ils s'en- ^assinent au coin d'un bois , qu'ils s'assem- »t en corps d'armée pour s'entre-tuer, que les ^C{ueurs mangent quelquefois les vaincus, ^ se comprend , parce qu'on suppose qu'ils t distincts les uns des autres , et que le tien et tHen produisent en eux des passions contrai- * Mais que les hommes n'étant que la modifiîon du même être , n'y ayant par conséquent iDieu qui agisse , et le même Dieu en nombre se modifie en Turc se modifiant en Bonis, il y ait des guerres et des batailles , c'est [ui surpasse tous les monstres et tous les déemens chimériques des plus folles têtes qu'op

Il 9<d

S42 0>TOLOGiE. PA.RTIE CRITIQUE.

ait jamais enfermées dans les Petites Mais» ji Remarquez bien , comme je l'ai déjà dit, quels modes ne sont rien , et que ce sont les subsl» [ ces seules qui agissent et qui souffrent. AIbb, : dans le système de Spinosa, tous ceu:[Lqiii(iisaDt.' * Les Allemands ont tué dix mille Turcs ^^^^^ \ mal et faussement , à moins qu'ils n'entendent . que Dieu m4)difié en Allemands , a tué Dieuff^ ^ difié en dix mille Turcs ; et ainsi toutes les phn* ; ses par lesquelles on exprime ce que foût 1» = hommes les uns contre les autres , n'ont poii ^ d'autre sens véritable que celui-ci : Dieu se kà x lui-même; il se demande des grâces à lui^wha, ? et se les refuse; il se persécute; il se tue;i^ : mange ; il se calomnie ; il s'envoie sur f «Afr , faud, etc. Un bon esprit aimerait mieux défii' i cher la terre avec les dents et les ongles , que J^ cultiver une hypothèse aussi choquante et au» absurde que celle-là.

« Ce serait une phrase impertinente,bouffonn6,

burlesque , que de dire : la joie est gcief I* , tristesse est triste; c'est une semblable phrase, dans le système de Spinosa , que d'affirmer • V homme pense , Vhomme s'afflige , VliowM ^ pend y etc. ; toutes ces propositions doivent êw j dites de la substance dont l'homme n'est que k ? mode (1). Comment a-t-on pu imaginer qu'* i

(1) C'esl-ù-dire que selon Spinoza on devrait dirclaf^ téc pense , l'affliction h afflige , etc. !

DU PANTHÉISME. ZkZ

ire indépendante , qui existe par dle-méme , [ui possède des perfections infinies , soit su- 3 à tous les malheurs du ^enre humain? Si Ique autre nature la contraignait à se donner chagrin , à sentir de la douleur, on ne trousût pas si étrange qu'elle emidoyàt son acti- \ à se rendre malheureuse ; on dirait : Il faut a qu'elle obéisse à une force majeure ; c'est lareumient pour éviter un plus grand mal , Bile se donne la gravelle , la colique , la iièchaude , la rage ; mais elle est seule dans ûvers ; rien ne lui conumande , rien ne Texte , rien ne la prie. Cest sa propre nature » à Spinosa , qui la porte à se donner à elle- ^e, en certaines circonstances, un grand grin et une douleur très vive. — Mais, lui rédrai-je , ne trouvez-vous pas quelque chose iQoastrueux et d'inconcevable dans une telle llté?

Les raisons très fortes qui combattaient .la trine, que nos âmes sont une portion de 1 , ont encore plus de solidité contre Spinosa. >bjecte à Pythagoras , dans un ouvrage de iron, qu'il résulte de cette doctrine trois faus* i évidentes : 1 "" que la nature divine serait drée en pièces ; â"" qu'elle serait malheureuse At de fois que les hommes; iS"" que l'/esprit tain n'ignorerait aucune ch^^, puisqu'il it Dieu.

Zhk 0>TOLOGnt. PARTIE CAITIQUe. 1

c Spinosa s*est embarrassé dans une hypothett f qni rend ridicule tout son travail. Premièf9»| ment , je voudrais savoir à qui il en vent, qrarf^ il rejette certaines doctrines , et qu'il en propor^ d'autres. Veut-il apprendre des vérités? VeoWI ' réfuter des erreurs? Mais est-il en droit de dire qu'il y a des erreurs? Les pensées des ^à» phes ordinaires , celles des juiis , celles des dn^ tiens , ne sont-elles pas des modes de fétre in» fini , aussi bien que celles de son éthique? Ite sont-elles pas des réalités aussi nécessaôies ï It perfection de l'univers que tontes sesspécoh^ tions? N'émanent-elles pas de la cause néco* saire ? Comment donc ose-t-il prétendre qifd y • là quelque chose à rectifier? En second lieo,iie prétend-il pas que la nature , dont elles sont des modalités, agit nécessairement ; qu'elle va tottjours son grand chemin ; qu'elle ne peutnisedetourner, ni s'arrêter, ni qu'étant unique da* l'univers , aucune cause extérieure ne Farrêten jamais, ni ne la redressera? Il n'y a donc rien d^ plus inutile que les leçons de ce philosophe. Ce* bien à lui, qui n'est qu'une modiflcatkmde substance , à prescrire à Têtre infini ce qull W faire Un homme , comme Spinosa, se tiendrait fort en repos s'il raisonnait bien. >

11 n'échappera à personne que l'argumeott' tion de Bayle s'applique aussi rigoureusenifll au saint-simouisme qu'au spinosisme. On a]^

t>U PAlfTHÉISBTB. ZkS

a sans peine , également , que la plupart de raisonnemens critiques frappent non moins îment sur le panthéisme à double substance, li-ci , en effet , ne pourrait échapper aux obons qui portent sur l'absurdité qu'il y a à >oser qu'une seule et même substance soit iltanément heureuse et malheureuse, ai- Ltet haïssant, voulant et ne voulant pas, etc. ; •n prenant le parti d'affirmer qu'il y a une u*ation moléculaire dans la substance éthé- , entre celle qui est réunie dans le centre iaeux , et celle qui est descendue dans les ^res; mais cette séparation, cet isolement ^ties sont choses inadmissibles ; car ce serait ^nnaitre une contradiction à l'unité de sùbce. Si , en effet , l'être unique pouvait jamais Partager en molécules complètement isolées ïnes des autres , ayant des volontés à part , et qualités différentes , il faudrait accepter qu'il primitivement composé de molécules semblés. Or, des molécules spirituelles, qu'on s passe cette singulière expression, à laquelle » contraint la très singulière doctrine que ; examinons , des molécules spirituelles , di- -nous , constituent autant de petits centres iculiers, et non une seule substance, une î centralité.. Accepter cette opinion , c'est \ nier l'unité de substance spirituelle , c'est le p^nthéism^e. Par cette raison, tout argu-

3^6 OlfTOLOGili. FAKTIE CRITfQUB»

meiït qui frappe sur le pan théisme a une sub- ^ stance ; porte également sur celui qui est à deux ^ substances. Dans le second , aussi bien que dans i le premier, il y a continuité et idmitité, sanssc^ « tion, dans la stibstance active ; c'est toujours die i qui est en même temps le sujet et Fobjet de sa :! propre activité. Mais quittons Bayle , et rev^ioDS i à notre argumentation personnelle. >

De l'affirmation constitutive essentielle du ■< panthéisme , et qui consiste , conune nous Ta- > TOUS dit , en ce que les contraires sont mêmes» i ou , en d'autres termes , en ce que la cont^ldi^ t tion est une identité , il résulte des tendances et i des déterminations rationnelles et scientifiques , \ qui méritent d'être examinées avec d'autant plo^ i de soin qu'à elles seules , sans autre aveu , elles suffisent pour faire juger la doctrine des hommes qui les manifestent.

La première de ces tendances , qui résultent • nécessairement de l'affirmation de l'identité , se manifeste dans l'usage que les panthéistes foot du langage. Ils doivent s'efforcer d'effacer toutes les différences , toutes les oppositions qui fot^ ment l'essence du langage. On sait quelle différence existe entre les mots qui expriment des manières d'être actives , et ceux qui exprifflenl un état passif , par exemple , entre le verbe passif et actif, entre le nom d'un être actif et ceW d'un être passif, etc. ; entre aimer et être aiiw'. .

DV PA^TRCISMI. ^/l7

entre homme et métal. Us s'efforceui d^ faire disparaître cette diftërence. Ou remarquera , en effet , dans leurs écrits aussi bien que dans leurs discours , qu'ils passivent ce qui est actif , et ac. tivent ce qui est passif. Quant aux attributs, ils font quelque chose d'analogue : ils essaient de les assimiler tous les uns avec les autres ; en couséquence ils les accumulent sur un même sujet , quelque contradictoires même qu'ils paraissent. Les exemples de ce style ne manquent pas dans notre littérature moderne ; il suffira d'ouvrir quelqu'un des livres en vogue , ou quelque feuilleton d'un journal répandu, pour en trouver d'excellens modèles.

n y a des langues qui se prêtent mieux que d'autres à ces tentatives. La langue française est, de toutes celles qui existent , celle qui y prête le moins ; et après elle l'italien et l'espagnol. L'al- Ifflnand , au contraire , semble avoir été destiné à parler le panthéisme ; aussi est-il remarquable que presque toute la littérature allemande en est {dus ou moins empreinte ; et ceux qui ont suivi les révolutions littéraires de ces dernière temps , ont pu remarquer que c'est par l'imitation des formes germaniques , que le style clair, net et significatif du français a été gâté. La langue allemande est encore dans l'enfance , ou , pour parler en grammairien, elle n'est point encorefixée. Ce n'est point la multitude des mots , ce n'est

348 ONTOLOGIE. PAATlt CBITIQUK.

poiut riuertie de ces mots , cette inertie qui ei fait une matière propre à recevoir toute espèct f« d'impressions , propre à entrer dans tous lesgeiH -^ res de combinaisons, ce ne sont point ces choses, ?, dont se louent si haut nos voisins d'outre Rbin , | qui font la richesse d'un langage ; ce sont les ;. qualités en vertu desquelles elle est un moyen ; clair et assuré de rapports entre les^ honmies ; en . vertu desquelles elle est une méthode qui con- ; duit , de la manière la plus courte , aux meil- ; leures conclusions logiques ; en vertu desquelles, enfin , elle est rigoureusement significative. Telles ne sont point les propriétés de rallemanl , si -, nous nous en fions à ce que nous avons entendo dire. On peut y discourir long-temps, eu très beau style , sur une question bien posée , sans rien affirmer, et sans cependant qu'il apparaisse jamais que la phrase ou le discours ne soit pas terminé , bien qu'il n'y ait point de conclusion. Nous avons nous-mème lu et relu tels passages traduits de Niebuhr : il y était queslion d'un problème historique; nous y cherchions une réponse , une solution qu'on semblait promettre; qu'avons-nous trouvé? C'est que Von n'affirmait rien ; on ne disait pas oui ; on ne disait pas non ; on n'assurait pas même que l'on doutât. Nous avouons que nous avons admiré le lalenl du traducteur, pour avoir imité sou auleur à ('(* point que l'arrangement de la phras»*

hv pa:stué!smé. 369

Française ne permit pas , du premier coup d'œii ^ de voir qu'elle manquait de la conclusion que com-^ mandent les règles de la grammaire. On dit , de l'autre côté du Rhin , que le français est une langue de réalisation ; on ajoute que l'allemand est la langue des penseurs ; en effet , quand on ne lait que penser, on peut rester dans le vague ; mais à quoi bon penser, si ce n*est pour agir^ pour réaliser? On dit encore , de l'autre côté du Rhin , que l'on ne peut mentir en allemand. Je le crois bien , car il y est possible de parler pendant un quart d'heure sans rien affirmer ; chez nous 9 au contraire , on est toujours obligé d'affirmer quelque chose , ou le bien , ou le mal ; on est positivement méchant ou positivement bon. Or, jusqu'à ce que l'on nous prouve que le panthéisme est vrai , et par conséquent que le mal et le bien sont une seule et même chose , nous aimerons mieux la précision de la langue que nous parlons , que le vague de celle de nos voisins.

C'est a cause même de tous ces défauts de la langue germanique , que nos panthéistes poursuivent comme œuvre première , dans notre patrie , celle de faire parler allemand en français- Mais fussent-ils parvenus à ce point , ils seraient encore loin du dernier résultat logique qu'ils doivent se proposer en cette matière; ils ne pourront se flatter d'un succès complet que lor&-

3^0 ONTOLOGIE. PARTIE CBiTlQCB.

qu'ils auront anéanU toute espèce de langage L L'identité absolue n'a , ea effet , pour s'exprimer, ]r besoin que d'un seul mot. 4

L'afiirmation de l'identité dans ip^ chosea t contraires n'est pas seulement la négatioD de ^ tout langage , elle est encore la négation de toute ^ science. En effet , toute science repose sur l'id- ^ mission de plusieurs substances ou de plusieurs ^ forces substantielles essentiellement difierenles, , non réductibles , et douées de propriétés contra- , dictoires. Ainsi , prenons pour exemj^e la fo^ ^ mule la plus simple , la formule astroncmiiqtie . rédigée par Newton : Les corps s* attirent en rai'^ son directe des masses , et en raison inverse du carré des distances ; les corps y sont considérés, j comme isolés les uns des autres par un espace qui n'est pas de la substance dont ils sont composés : cette attraction elle-même est quelque chose , puisque l'énergie en est soumise à la distance. Ajoutons que la formule de Newton n'expliquerait rien si l'on n'admettait pas , comme son auteur, que tout corps a reçu une impulsion en ligne droite, et que du mouvement résalle une vitesse qui tantôt augmente , tantôt diminue, eu raison de certaines circonstances. Yoilk donc deux existences de plus, l'impulsion et la vitesse, existences qui supposent deux nouvelles subslances causales. Que si cet exemple ne suffit pas. examinez la théorie chimique : elle repose tout ,

entière sur l'admission de plusieurs substances différentes , douées de propriétés spéciales , et sur leurs combinaisons dîrerses , etc. Ainsi , le panthéisme nie la science aussi bien que le langage , ou plutôt , pour parler exactement , la science aussi bien que le langage montrent que le panthéisme est fondamentalement absurde.

Le panthéiste n'a point de principe de certitude ni de critérium en aucune chose. Qu'est-ce, en effet, qu'une certitude, qu'un critérium? C'est un moyen placé en dehors de nous qui sert de terme de rapport entre les hommes, et auquel diacun peut mesurer ses conceptions et ses actes. Or, pour le panthéiste , il n'y a que la substance unique à laquelle il appartient lui-même ; il ne lui est point permis de parler de la certitude des sens , car les sens n'ont rien à voir qui ne soit lui-même et eux-mêmes ; de la certitude de la raison , car la raison est lui-même , elle est tout et partout. Aux yeux du panthéiste , il ne peut y avoir de différence entre la veille et le rêve , entre la raison et la folie ; car c'est la substance unique et universelle qui éprouve tout cela. Les rêveries de l'homme qnl dort et de l'aliéné sont égales aux pensées et aux sensations de l'homme éveillé et jouissant de ses facultés mtellectuelles. Que peut-il donc affirmer ? Rien , absoh^nent rien. Que peut-il nier? Rien également. Les bouddhistes sont parfaitement consé-

SI^S OnTOLOttlR. PARTIS CBITIQUI.

quens lorsqu'ils assurent que tout est illusion el |rêverie , et que les hommes éprouvent comme Dieu lui-même une hallucination continuelle et '* circulaire. v

Ce que nous venons de dire» et cependant ^ nous n'avons pas fait valoir l'argument mont, ^ c'est-à-dire l'argument le plus puissant de tons , 'ne peut servir qu'à ceux qui ne sont point engagés dans le panthéisme , pour les empêcher d'y tomber ; mais ces raisons ne seront utiles à au- i cun de ceux qui ont subi l'espèce de fasdnalîon que nous avons décrite. On ne doit rien espérer d'une discussion avec un panthéiste. En effet , vous ne pouvez point lui faire accepter un principe commim qui serve à juger la discussion; vous ne pouvez pas lui faire accepter une certitude qui soit en dehors et de lui-même et de vous. Ajoutez qu'il n'attache pas aux mots et aux rapports que vous établissez entre ces mots la même valeur ni le même sens que vous , et vous coiuprendrez qu'il vous est impossible de vous entendre jamais avec lui. Si donc vous rencontrez un panthéiste , moutrez-le à ceux qui n'ont pas le malheur de l'être, afln de les préserver de cemal : rendez évidentes ses erreurs logiques, les contradictions de ses discours; dévoilez sa conduite, manifestez ses œuvres , et vous aurez fait tout ce qu'il nous est donné de faire.

Kous ne pousserons i)as plus loin cet exaoïeu;

DU PA:<TnÉiSMi. 353

le chapitre serait interminable si nous voulions «énumérer les innombrables objections que soulève le système. Nous n'avons cependant tenu compte que des variétés les plus importantes de la doctrine; que serait-ce si nous poursuivions le panthéisme partout où il s'est glissé, partout où il s'est fait place , dans les doctrines mystiques de toute espèce qui ont cours aujourd'hui , et dans les déviations multipliées de l'idéalisme allemand !

^oh OXTOLOGlï. PAATIE CAITIQUK.

§111. — D£ l'éclectisme MODERKE. ^

L'éclectisme (1) repose sur une seule afl^rma* tion essentielle, savoir : que l'étude du moi est le point de départ et le fondement de toutes nos comiaissances et de toutes nos certitudes. Kons allons développer cette doctrine ; nous eu exposerons ensuite l'origine , les analogies , et nous en ferons la critique.

Les auteurs que l'on cite principalement lorsqu'il s'agit d'éclectisme , en France , sont Reid , MM. Royer-Collard et Cousin. Nous allons analy* ser successivement les travaux de chacun d'eax. C'est, nous le pensons, le meilleur moyen de donner une connaissance exacte de cette philosophie : elle commence en effet dans Reid ; elle continue dans M. Royer-ColIard; elle est achevée , autant qu'elle peut l'être , dans M. Cousin.

C'est par la dissection et l'anatomie , dit Reid en commençant son livre , que l'on parvient i connaître l'organisation et les fonctions du corps humain ; c'est par la même voie que nous pouvons espérer de parvenir à la connaissance de l'esprit , de ses principes et de ses facultés. D faut l'analyser, le disséquer, pour ainsi dire, si

(I) Kclectisinc du mol grec ix^i/o.. j(» choisis.

DE LECLËCTiSalE. S55

]^on veut en connaître la construction et la constitution (1). Nos sens nous révèlent les objets extérieurs , et notre conscience, les opérations de notre esprit. Voilà tout ce qu'on peut savoir. — Qr, il y a deux méthodes pour se former des idées de Fesprit , et en reconnaître les facultés et •les actes. La première est la voie de réflexion. Au moment , en effet , où les opérations de Fesprit s'accomplissent , nous en avons conscience , ^ 0 est en notre pouvoir de les observer. Cette méthode est la seule qui puisse nous donner des notions exactes de ces opérations. La deuxième ▼oie est celle de l'analogie (2). Ainsi , dès le début , Reid pose comme principe de nos connaissances sur nous-mêmes l'observation des faits de conscience ; car c'est ainsi que , dans le langage moderne de l'école , on appelle l'étude des sentimens intérieurs qui accompagnent et que font naître chacune de nos opérations spirituelles. Mais il ne se borne pas à déduire seulement la catégorie des opérations de l'âme , c'esl-à-dire ce qui se rapporte à la connaissance de nousmêmes ; il va plus loin , il en déduit les premiers j^cipes de toutes nos connaissances. Pour cela Eure , il observe ; il remarque que, dans chaque &it de conscience, il y a, outre le sentiment intime

(1) Reîd, traduction de M. Jouffroy, t. II, ch. i, p. ^4.

(2) IiL, t. Il, ch. II.

356 0!ITOLOGIE. PARTIE C&ITIQUE.

qui nous assure que ce fait est l'effet d'une opération de notre âme , il y a , disons-nous , simultanément celui qui nous assure de quelque ex» î# tence réelle qui se rapporte à cette opération. : En d'autres termes , à chaque opération de notre ;; âme, non seulement la conscience noiis rend « certains que cette opération est nôtre , mais en- .! core qu'elle est relative à quelque réalité ex»- * tante , soit comme fait , soit comme principe, en \ dehors de nous et indépendamment de notre vo- : lonté. Ainsi , selon Reid , chaque opération de l'esprit est nécessairement accompagnée d'un > double jugement : l'un qui nous rend certainsque . cette opération est nôtre , l'autre qui nous rend : également certains de l'existence quelconque qui : est impliquée ou supposée par cette opération.

Non seulement chaque opération de l'esprit, mais encore toute sensation est accompagnée de ce double sentiment.

« Chaque opération des sens(l), dit Reid, renferme un jugement ou croyance aussi bien qu'une simple appréhension ou sensation. Ainsi lorsque je sens à l'orteil la douleur de la goutte , je n'ai pas seulement la notion de cette douleur, mais la double croyance qu'elle existe , et qu'il y a dans mon orteil quelque désordre qui la cause. Cette double croyance n'est point l'effet d'une

(l)Hei(l, t. II, p. 585.

DK LECBECTISMB. 357

itsomparaison d^idées, ni d'une perception de «oonveûance ou de disconvenance ; elle est rentfsrmée dans la nature même de la sensation. — des jugemens naturels et primitifs sont des données premières dont la nature a doté rentende"ment humain , et ne sont pas moins un présent de la Divinité que les notions ou simples apprébensions (c'est-à-dire sans doute que la faculté de seiltir). Ils font partie de notre constitution iq[Mrituelle , et sont le point de départ nécessaire de toutes les découvertes de la raison ; ce que iM>us appelons le sens commun n'est que Tensemjde de ces principes. Ce qui est manifestement contraire à l'un de ces principes est précisément l'absurde. » En d'autres termes , l'âme humaine, outre les facultés de l'entendement et de la volonté (1) , est douée d'une autre espèce de facul-

(1) Nous nous servons ici de la division établie par Beîd lui-même dans les facultés dé l'esprit. Il les divise en celles qd appartiennent à l'entendement et en celles qui appartiennent à là volonté. L'entendement, selon lui, comprend toutes les facultés contemplatives, par lesquelles nous percevons les objets , nous les concevons , nous les appelons , BOUS les analysons ou les comparons, nous en jugeons et BOUS en raisonnons. Les facultés contemplatives sont sous la direction des facultés actives , comme le prouvent les iQots voir, juger, raisonner, etc. D*ailleurs il ne donne point l*énumératîon de celles-ci ; et il déclare en outre qu*on ne peut donner une énumération complète des facuîtés de ^'entendement. (Reid, t. III, chap, vi.)

358 ONTOLOGIE. PARTIS CaiTlQUI.

tés primilives , d'où , à l'occsiâon de chacune diL ses opérations, émanent des jogemens insliofipLj^ tifs. La conscience nous rend témoignage de m\^^ jugemens instinctifs en même temps que dei . opérations de notre âme : mais nous ne Bommei .^ pas moins certains des uns que des antres; ,^ ils sont aussi incontestables pour nous que k .^ sentiment même. Or, il se trouve que ces jugemens instinctifs , observés , recueUlis et formu!- ^ lés , forment une somime de certitudes tant sur nous-mêmes que sur le monde extérieur, ou» pouif , parler le langage de la philosophie vulgaire, une somme de certitudes logiques, ontologiques, . métaphysiques et morales , d'où tout sort , d'oà tout émane , sur lesquelles repose toute sdence et toute pratique.

Tels sont les préliminaires de la philosophie ' éclectique , tel en est le point de départ ; nous y avons insisté peut-être plus qu'il n'était nécessaire, nous avons peut-être trop multiplié les répétitions ; mais nous voulions que tout cela fût '^ bien saisi , parce que là est le secret de la doo ^ Irine , parce que si l'on ne possède pas parfaitement "^ ces choses , on est incapable de comprendre les ' travaux de l'école , incapable de reconnaître ses ■ œuvres ni de les apprécier. Nous avons vu que l'étude du moi et de ses facultés était, selon Reii ' le fondement de toutes nos certitudes. Nousailoo> voir maintenant quels fruits il eu a recueillis.

DU L ECLECTISME. 31» 9

Ejq vertu des principes posés précédemment , i'où il résulte que toute opération de Fesprit is donne la conscience d'une double certitude : le, que l'opération est nôtre ; l'autre, que Toition est relative à une certaine réalité ; en XI de ce qui est établi à l'égard de ces jugeis instinctif qui compliquent tout fait de la science , et d'où il résulte qu'il y a une somme lertitudes et de principes qui constituent ce l'on appelle le sens commun , Reid procède recherche de quelques axiomes de ce sens imun , ou des principes qu'il prend pour ac-

Je prends pour accordé , dit-il (1) , que je se y que je me souviens , que je raisonne , et général que j'exécute réellement toutes les irations intellectuelles dont j'ai conscience. Ce premier axiome posé, avant de passer à un re y Reid examine la valeur des facultés dont Lercice est nécessaire à l'établissement de ses Lomes du sens commun. — La conscience est sentiment intérieur qui accompagne les opetiens de notre âme, ajoute^t-il; chacun se Mire impérieusement forcé de croire au témoilage de sa conscience , et tout ce qu'elle atteste pour nous l'autorité d'un premier principe. La lémoire est d'une certitude et d'une évidence qui

(1) Kcidy t. lU, essai i*% chap. ii.

3G0 OKTOLOfilB. PARTIS CHlTlQUl.

le cèdent à peine à celles de la conskâence ; k réflexion est Facte de l'esprit qui fait attentiai soit aux opérations présentes , soit à h mimoire. » — Puis il continue : « Je prends jWBr*i accordé que toutes les pensées dont fai oov \^ science , et dont je me souviens , sont les pensé» .j d'un seul et même principe pensant que j'appelle ^ moi ou mon esprit. — Je prends pour accoréé ^j qu'il y a des choses qui ne peuvent exister p« ^ elles-mêmes , mais seulement dans d'autres dio- ::j( ses dont elles sont les qualités et les attrilmts. — ; La chose quelconque dont elles sont les quahiéi ^^ s'appelle sujet. — Ce qui existe par soinoata* ;; s'appelle substance. — Je prends pour acccw ^ que la plupart des opérations de l'esprit ont »• ; cessairement un objet distinct de l'operatK» : elle-même. — Je dois également prendre po* :

accordées , et considérer comme premiers ^ cipes , les vérités universellement consenties p*f les savans et les ignorans , chez tous les peupte* et à toutes les époques. — Exemples de cesTefr tés : Toute chose qui commence a une fln. ^* y a de bonnes et de mauvaises actions. -^ ^^ les langues qui sont l'image fidèle de la peos^ humaine nous trouvons la division de l'actif el du passif , de l'action et de l'agent , ceUe de 1* qualité et du sujet , et d'autres encore.»

Reid ne se borne pas à l'énumération de cfl quelques axiomes du sens commun. Dans ^

DE LÉCLSCTISME. 361

ne essai (1 ) , il consacre un chapitre tout enà traiter des facultés ou opérations sociales , liés de Fâme dont , dit-il , les philosophes t point encore tenu compte, 11 y a, selon lui, 3pérations qui sont solitaires , ou , en d'autermes , qui nous supposent seuls avec le de ; il y en a d'autres qui sont sociales. Ainsi, id on rend témoignage, quand on demande, id on compte , quand on interroge , enfin id on promet , il y a quelque chose de plus l'entendement et la volonté ; ces actes suptit un état de société et des êtres intelligens. tuteur de la nature nous ayant destinés à - en société , a pourvu notre entendement tcultés sociales , comme il a placé dans notre ^ des affections sociales. » On trouve une ive de Fexistence de ces facultés dans l'acte enfant qui interroge sa nourrice. Le langage' ttême en fait foi , autrement les verbes n'au- M pas de seconde personne ; il n'y aurait pas ronom de la seconde personne , ni de vocatif i les noms. Enfin Reid établit un sens du de- , un sens moral , une faculté morale , un us recti et honesti, faculté originelle, en Il de laquelle l'homme juge de ce qui est bien i ce qui est mal dans les actions (2). c Elle

Reid, t. m, essai i*% chap. viu.

Id,, t. VI , essai m , p. 152,

S62 OHTOLOGIK. VAKTIE CKITIQUE.

est sans doute , dit-il , d'un rang bien supérieur ^L ;oat toute autre faculté de Fàme ; mais entre eUeelL b les sens extérieurs (1), il y a cependant cettiUt analogie frappante , que les sens ne ntmim <a»ç nent pas seulement les notions primitifes da ti^' diverses qualités des corps, mais qu'ils nmift- "^ spirent encore tous les jugemens primitib(|Dft ^ nous portons sur les propriétés de td ou ttl -r corps déterminé , et que pareillement h bcM ^ morale ne nous donne pas seulement les idéa j -^ primitives du juste et de l'injuste , du mérite et ^ du démérite , mais qu'elle nous suggère encoie ^^ tous les jugemens particuliers que nous portai ,^ sur la justice et l'injustice de telle action , sur b ^ mérite ou le démérite de tel ou tel caractère, le ^ témoignage de notre faculté morale , comme c^ ^ lui de nos sens externes , est le témoignage de b . nature , et nous avons les mêmes motifs de notf . confier à l'un et à l'autre. Les vérités immédia- ^ tement attestées par les sens extérieurs sont les , premiers principes d'après lesquels nous raisoo- , nous sur le monde matériel , et d'où nousdédoi- , sons toute la connaissance physique ; les ventes . immédiatement révélées par la faculté monde sont de même les premiers principes de tons nos , raisonnemens moraux , et la source d'où dé-

(1) Nous n'avons pas besoin de dire que ces senseitcrnos , dont il s'agit ici , sont l'ouïe , la vue , Todorat , eK

Bs l'éclectisme. S65

le toute la connaissance morale (1). » Reid ève la description de sa faculté morale , en itant que^ comme toutes nos facultés , elle se eloppe par degrés , et que sa viguemr natus peut être considérablement augmentée par culture convenable. Reid s'étend fort Ionnent sur ce sujet , et laisse apercevoir qu'il 3rt embarrassé de concilier Futilité de Finrtron avec Finnéité spontanée des facultés admet. Après donc avoir de nouveau posé )rincipe que toutes les facultés humaines Bur enfance et leur maturité ; pour démon- ]ue cela est vrai quant aux facultés qu'on rail lui contester, telles , par exemple , que enstLS recti et honesti , il a recours à la voie nalogie. Il demande si quelqu'un conteste la raison soit une faculté primitive de l'eset comme certain de la réponse de tout le le , s'assurant par cette question de la viesur ses adversaires , il fait observer que la a croît insensiblement avec Fhomme , et se oppe par la culture; pourquoi donc n'eu t-il pas ainsi pour la faculté morale ainsi K)ur plusieurs autres? Or, il aurait pu se înir que , quelque part , lui-même avait dit ne fallait avoir qu'une faible confiance dans ^thode par analogie, qu'il invoque en ce lieu ;

Reid, t. VI, p. 154, 153.

Z6k OFTOL06IB. PABTIE CBITIQUB.

mais le moment des objections n'est pas em» 1^^^ venu. \^ i*

Dans la longue citation que nous avons ei^ 2^ ' traite des chapitres de Reid sur le sens ou la b- 1^ culte morale, nos lecteurs ont sans doute renuff^ :>que que Fauteur écossais procédait par compa- ^u raison avec les sens extérieurs. Us pourraient en, ^m inférer qu'il donne une grande importance ï ^r ceux-ci. Il n'en est rien cependaùt ; cet antear tt fait un grand usage de la comparaison , et son- a vent il a recours aux plus vulgaires. Aussi le lan- i gage qu'il tient en ce lieu n'est rien de plus qu'un 1 1 moyen de se faire comprendre ; en effet, il af- ;| firme positivement que c les sens ne sont pas ,^ ce qui sent , mais l'organe par lequel nous sen- ^^ tons (i). » Ailleurs il dit que c Dieu a voulu que ; notre faculté de percevoir fût limitée et circonscrite par nos organes ou nos sens (2). » AilleuR . enfin il en énumère les erreurs, et démontreque, sans les rectifications opérées par l'esprit sur les sensations , elles seraient pour nous une source , perpétuelle de méprises (3). Mais revenons à la ^ démonstration de l'auteur écossais sur les premiers principes ou axiomes du sens commun.

Dans un autre essai (4) plus médité et plus ^

(i ) Reid , t. III , essai ji , chap. 1*' des organes des sens.

(2) Idem.

(3) Reid, lib. 11, passim, cl t. IV, p. 3o.

(4) Essai VI, 1. V.

B¥ l'éclectisme. ZÙ7

'ie nous en a donné le pouvoir ; eependant nous y parvenons que par un fréquent exercice, près beaucoup d'efforts et des chutes multiîées , après avoir long-temps chancelé , nous irchons enfin. Nous apprencHis de même ^ raimer.

c Mais la laculté de juger dans les propositions dentés par elles-mêmes , une fois que nous les »ns bien comprises , ressemble plutôt au pour d'avaler notre nourriture. Ce pouvoir est *einent naturel ; il est commun à l'ignorant et savant, à celui qui a reçu le bienfait d'une ication libérale et à celui qui en a été privé ; uge la maturité de l'entendement et l'absence préjugé ; il n'exige rien de plus.

[ Nous supposerons donc , et nous prendrons ir accordé qu'il y a des principes évidens par L-mémes. Personne , je pense , ne soutient le itraire. S'il se rencontrait un homme qui issât jusque là le scepticisme > sa maladie set incurable ; le raisonnement n'aurait sur elle ;une prise. »

ïleid divise ensuite ce qu'il appelle les premiers. Qcipes, en premiers principes des vérités con-^ gentes , et en premiers principes des vérités^ :;essaires.

S$6 OlfTOLOGIE. PARTIE CRITIQUE.

€ Mais il y a des propositions q\it sont crues aussitôt que comprises. Le jugement qui les adopte suit nécessairement la conception qui le» saisit ; il est Touvrage de la nature , et résulte immédiatement de l'action de nos C^cultés primitives. Nous n'avons pas besoin de cherchar des preuves ni de peser des argumens ; la proposition n'est déduite d'aucune autre ; elle n'emprunte point la lumière de la vérité ; elle la porte en elle-même.

c Dans les sciences, on appelle les proportions de cette dernière espèce des axiomes ; partout ailleurs on les nomme premiers principes , prùh cipes du sens commun , faits primitifs , notions communes, vérités évidentes par elles-mêmes; Cicéron les appelle naturœ judicia , judicia cornmunibus liominum sensibus infixa ; lord Sbaftesbury les exprime par les mots de connaissanct naturelle , raison fondamentale et sens commun.

c Ce que je viens de dire suffit pour faire ape^ cevoir une distinction réelle entre les premiers principes ou jugemens intuitifs et ceux qui dérivent du raisonnement et qu'on peut lui rapporter. La faculté de raisonner, c'est-à-dire de tirer des conséquences de prémisses , est proprement Vin art. < Tout raisonnement , dit Locke , est une recherche , et il exige du travail et de l'appliiation. > Il en est de cette faculté comme de cell«' Oe marcher: la nature nous excite a marcher.

elle nous en a donné le pouvoir ; cependant nous n'y parvenons que par un fréquent exercice. Après beaucoup d'efforts et des chutes multipliées , après avoir long-temps chancelé , nous inarchons enfin. Nous apprenons de même ^ raisonna.

< Mais la faculté de juger dans les propositions évidentes par elles-mêmes , une fois que nous les avons bien comprises , ressemble plutôt au pouvoir d'avaler notre nourriture. Ce pouvoir est purement naturel ; il est commun à l'ignorant et an savant, à celui qui a reçu le bienfait d'une éducation libérale et à celui qui en a été privé ; il exige la maturité de l'entendement et l'absence h préjugé ; il n'exige rien de plus.

€ Nous supposerons donc , et nous prendrons pour accordé qu'il y a des principes évidens par eux-mêmes. Personne , je pense , ne soutient le contraire. S'il se rencontrait un homme qui poussât jusque là le scepticisme » sa maladie serait incurable ; le raisonnement n'aurait sur elle lucmie prise. »

Reid divise ensuite ce qu'il appelle les premiers. )rincipes, en premiers principes des vérités con^^ ingentes , et en premiers principes des vérités^ lécessaires.

3G8 05T0L0G1S. PARTIE CAITIQtiS.

Premiers principes des vérités contingentes mIm

Reid.

< i. Tout ce qui nous est attesté par la oon* r science ou par le sens intime existe réellement. ^ "-^ 2. Les pensées dont j'ai conscience sont les j^ pensées d'un être que j'appelle mon esprit , ma personne , moi. — 5. I^s choses que la mémoire ^ me rappelle distinctement sont réellemait arrivées. — 4. Nous sommes certains de notre identité personnelle , et de la continuité de notre , existence depuis l'époque la plus reculée que . notre mémoire puisse atteindre. -^ 5. Les objets , que nous percevons par le ministère des sens . existent réellement , et ils sont tels que nous les . percevons. — 6. Nous exerçons quelque degré de pouvoir sur nos actions et sur les déterminations de notre volonté. — 7. Les facultés naturelles par lesquelles nous distinguons la vérité de l'erreur ne sont pas délusoires. — 8. Sos semblables sont des créatures vivantes et intelligentes comme nous. — 9. Certains traits du visage , certains sons de la voix , certains gestes , indiquent certaines pensées et certaines dispositions de l'esprit. — 10. Nous avons naturellement quelque égard aux témoignages humains en matière de faits , cl même a raulorité buinaine eu niatiôre d'opinion. — 11. Beaucoup

liE l'éclectishe. '5G9

levénemens qui dépendent de la yolcmté de los semblables , ne laissent pas de pouvoir itre prévus avec une probabilité plus ou moins rande. — 12. Dans Tordre de la natui'e , ce ni arrivera, ressemblera probablement à ce ni est arrivé dans des circonstances sem^ labiés (1). »

Premiers principes des vérités nécessaires^

c 1 • Il y a des principes que Ton pourrait appe- !r grammaticaux , ceux-ci , par exemple : Tout Ijectif appartient à un substantif exprimé ou >iis-entendu ; il n'y a point de phrase complète ins verbe , etc. — 2. U y a des axiomes logines 9 en voici des exemples : Il n'y a ni vérité i erreur dans un assemblage quelconque de lots qui ne forment pas une proposition ; toute roposition est vraie ou fausse ; une proposition e peut pas être vraie ou fausse en même temps ; s raisonnement qui roule dans un cercle ne «rouve rien ; tout ce qui peut être affirmé d'un [enre peut l'être de toutes les espèces et de tous es individus qui appartiennent à ce genre. — \. Tout le monde reconnaît qu'il y a des axiomes nathématiques. — 4. Je pense qu'il y a aussi des ixiomesde goût On appelle avec raison les

(i) Reid, traduct. de Jouffroy, t. V, p. 73-127.

i70 ORTOUMSIB. FÀRTÎB CmiTlQUl. I

beaux-arts les arts du goût; en effet » lespri»r cipes du beau et les principes du goût sont kl r mêmes. Or, on rencontre la même harmonie de .^ principes entre ceux qui les cultivent qu'entre ^ ceux qui cultivent les arts d'une autre espèce; et ^ si ceux pour qui les artistes travaillent » ne pu> '^ tageaient point leurs principes , ils ne pon^ ' raient ni comprendre , ni goûter leurs out»- ^

ges I^es règles fondamentales de h poésie , -

de la musique , de la peinture , de Faction dra- ** matique , de l'éloquence , n'ont jamais changé et

ne changeront jamais De même qu'il y a une '

beauté native dans certaines qualités mondes oà intellectuelles , de même il y a une beauté déii ^ vée dans les signes naturels de ces qualités. — * 5. Il y a aussi des premiers principes en morale. ^ — 6. La dernière classe des principes à laquelle " nous nous arrêterons est celle des principes que nous appelons métaphysiques. » Reid en examine seulement trois ; le premier est celoi- ci : c Les qualités sensibles qui sont l'objet de nos perceptions ont un sujet que nous appelons ' cor[)s , et les pensées dont nous avons la con- < science ont un sujet que nous appelons esprit, i Le second des principes mentionnés est cet autre : « Tout ce qui commence h exister est produit par une cause. » Le troisième dont il tieoC « compte est ainsi formulé : < Les marques évid(4iies de rintelligence et du dessem dans Teflei

I^E L'ÉCLECtiSMC. 3?i

)uveut uû dessein et une intelligedoe dans la ise (1). >

..es citations que nous Venons d'emprunter à Trage de Reid fixent, nous le pensons, d'une lière suffisante , et la doctrine de l'auteur, et egré d'àVancement auquel il l'avait fait parir. On remarquera sans doute que Reid a pluindiqué que dessiné son système ; c'est , en : , le sentiment qu'on emporte de la lecture K>n volumineux ouvrage. L'exposition est e , diffiise , embarrassée , manquant la plu- : du temps de précision. Il semble que l'anait pris la plume avant d'être parfaitement ré de ce qu'il devait dire , et qu'il cherche en vant. U a eu sans doute la conscience de ce LUt , et le titre modeste d'Essai qu'il a donné s écrits philosophiques ne nous permet guère i douter. La catégorie qu'il donne de ses juyens primitifs ou naturels , de ses axiomes ou icipes premiers de l'intelligence , n'est , ainsi nos lecteurs ont pu le voir, ni suffisamgient te , ni complète , ni bien caractérisée dans les iils ; elle prête même quelquefois au ridicule, aperçoit clairement qu'une analyse plus ap-^ fondie réduirait considérablement le nombre axiomes , les ramkierait à des principes plu» léraux et plus primitifs encore en quelque

) Reid, irad. de Jouffroy, t. V, p. 128 160.

372 03iT0L0GII. PARTIS CRITIQUE.

sorte. Eu lisant , en un mot , le travail.de Md, il est une analogie qui vous saisit : on ne peot \£ s'empêcher de le comparer à celui des phrénolo* gistes. Reid attribue à l'esprit ce que cesdernim ^ attribuent à la matière cérébrale. Reid*'ét les ^ phrénologistes cherchent également par Tob- , servation à reconnaître des sens internes d'où . émanent les déterminations premières de l'inld- ^ ligence , de la science , de l'art , de la morale. Dans ce but , ils observent également les manières de penser et d'agir des hommes ; et de cet aperçu grossier, ils concluent à la désignation et à la caractérisation des sens. On ne peut , ett bonne logique , donner le nom de science à da tentatives de cette espèce. Il n'y a là rien de jdtf qu'une perpétuelle pétition de principes ; ce n'est rien de plus que conclure de ce que l'homme fait telle chose , à ceci , que l'homme a la faculté de faire cette chose. Aussi , ce qu'il faut retenir ' des essais de Reid pour arriver, par exemple,! ■' la doctrine de M. Cousin , ce n'est pas la calégo- ^ rie de facultés qu'il a établies , mais la méthode par laquelle il procède à en faire la recherche. Redisons donc encore une fois , en empnmumt ^ ses propres paroles , que < c'est la réflexion ott l'observation attentive des opérations de l'esprit

qui constitue le vrai moyen de les connaître

Cette observation a deux auxiliaires : le langage, qui est l'image Adèle de la pensée ; les actions et

DE LÉCLECTISUÈ. $73

conduite des hommes (1). » Au reste , l'écoic ossaise préconise Tobservation ou Texpérience, mme la seule méthode qui mérite confiance en aies choses. Elle autorise sans doute l'emploi l'analogie et de l'induction , mais elle ne pér- ^t pas que Ton donne à ces modes secondaires LUtre point de départ que l'observation ou Texcience elles-mêmes. On nous demandera peut- •e ce qu'elle entend par analogie et induction? us répondrons que nous n'en avons trouvé lie part de définition rigoureuse : ainsi on de- & savoir que , chez elle , il faut entendre par alogie une conformité ; et par induction, selon \ lieux, tantôt encore une analogie , tantôt une uple conclusion , et surtout l'iaduction baconenne. Reid rejette absolument le mode par hyithèse ; il consacre un chapitre tout entier a "gumenter contre ce moyen, et conclut par »er pour règle qu'il ne faut croire à aucune. isa n'est plus propre que cette assertion à mi»nrer là distance qui sépare sa philosophie , de la hîlosophie scolastique. En effet , comme cellei posait un critérium extérieur à l'homme , un Qseîgnement qui ne ressortait pas de lui , elle oncluaitque l'on devait déduire de cet enseignement des affirmations sur les choses inconnues , *est-à-dire des hypothèses. L'autre, au contraire^

(i) Reid, l. in, essîii i", cap. v.

Ô7k OI^TOUKSIIS. PAUTIB CAITlQVt*

celle dont il s'agit , établissant que rhomme erf pour lui-même Tunique source de la Térîlé,se|V trouve obligée de récuser tout ce qui n'est peo individuel et personnel , tout ce qui émane il'ail- ' leurs que de la considération de Thommepar lui- «" même ; si elle admettait qu'il pût resscMir, de 'i cette considération, une hypothèse, elle ne pou^ ^ rait trouver aucun moyen de vérification ailleurs ' que dans quelque chose d'extérieur à rhomme; or, cela ne serait rien moins que la négation de ^ son principe premier.

Le vague des assertions de Técole écossaise i quant aux conséquences à tirer de son principe ^ premier, l'étude des faits de conscience ; ledéfaot -; de netteté , et , tranchons le mot , l'espèce de i grossièreté et le ridicule que présentent la plu- • plart de ses formules primitives de l'intelligence > humaine , tous ces vices graves en philosophie, n'ont sans doute point échappé à ceux qui Tonl • importée en France. En effet, si, sous leurs mains. elle n'a point éprouvé de changemens quant au ■ point de départ , elle a reçu de grandes modifications quant à la manière dont on en a déduit ^ des conséquences et dont on les a conduites.

M. Royer-Collard , qui fut l'introducteur !<* ^ cette école en France , avait eu en même temp

connaissance des travaux de Kant. 11 paraît avoir ■ fait un syncrétisme du principe général de Rti''et de la m«i:iiLTe employée par Kant pour déduira

DE L ECLECTISME. 375

L conclure ; il y a, au reste, entre les systèmes 11 philosophe de Kœnigsberg et du philosophe ïossais un assez grand nombre d'analogies pour fil soit facile d'en fonder une troisième quiresmble à l'un et à l'autre des deux premiers. Kant aussi pense qu'il y a une certaine somme ! jugemens qui nous sont fournis par la nature ! l'entendement. Ces jugemens sont à priori , iversels et nécessaires. Ils constituent les con- Jssances pures de toute expérience, antérieures Lout empirisme , qui sont les conditions et les îs de toutes les autres connaissances en général. iDS le langage de l'école, on les appelle subjectif s, pom* indiquer qu'elles émanent de la constiition même du sujet qui les émet , qu'elles lui mt essentielles , et , en quelque sorte , suhstaneUement immanentes ; par opposion à objectiis , mot par lequel on désigne l'être extérieur, ni est l'objet de ces connaissances (1). L'étude a moi f l'étude de la conscience, l'intuition pure, esont donc pas moins indiquées dans la doctrine e Kant que dans celle de Reid. Au reste , lors- {u'on Ut les fragmens des leçons de M. Royerlollard , qui nous ont été donnés par M. Jouffroy lans sa traduction de Reid , il est difficile de ne pas croire qu'il n'ait jusqu'à un certain point tiré parti des travaux du philosophe allemand .

(i) Voyez la Notice sur Kanl à la fin du volurao.

376 ONTOLOGIE. PARTIE CBITIQITE.

En effet , ainsi que Kant , il commence par étP blir que la notion de l'espace et celle de temps sont des faits primitifs oo des lois de la pensée humai' f ne , faits ou lois sans lesquels nous ne pourrions connaître l'univers sensible. Il montre aisuice que pour lier les faits il faut que l'esprit trouve en lui-même un principe non pas antérieur, maûs supérieur aux sens et à l'expérience. Ce principe est celui de canscoion , ou de causalité , ou de rapport de cause à effet. Selon lui , la notion que nous nous formons d'une cause, est prise dans le sentiment que nous avons de nous-mêmes , et qui nous prouve que nous voulons et pouvons ; sentiment que par analogie nous transportons aux faits du monde extérieur, etc. Le principe d'induction, continue-t-on , repose sur celui de causalité. Ce principe repose , en effet, sur deux jugemens: l'univers est gouverné par des lois stables , voili le premier ; l'univers est gouverné par des lois générales , voilà le second. Cela prouve que Finduction , aux yeux de notre professeur, n'est pas autre chose que l'analogie. Celle-ci, en effet , aies bases qu'il assigne et n'en a pas d'autres. M. Rorer- Collard passe ensuite à la notion de substance. Il pense que la notion abstraite du moi , généralisée , est notre idée de la substance spirituelle ou de l'esprit; et de la, il fait sortir toute idée de substanci\ 11 paisse ensuite à la nature de la durée. Le philosophe de l'école normale la fait

DE L*ÉCLECT1SME. 877

émaner du sentiment simultané de l'identité péronnelle et de la succession des opérations. L*acîon est le résultat de la volonté ; or la conscience • tous avertit que cette volonté est toujours nôtre , ;t la mémoire nous rappelle les volontés succesives que nous avons eues. <r A chaque instant, dit d. Royer-CoUard , je sais que j'agis, et je me souviens que j'agissais tout à l'heure ; et en même ;eiiips j'aperçois intuitivement que je suis le [néme qui agissais tout à l'heure , et qui agis 21 présent. Je dure donc , par cela seul que je suis un être actif et que mon action se réfléchit sans cesse dans ma conscience et dans ma mémoire. » La notion de la durée personnelle étant acquise , nous sommes forcés de la mettre hors de nous ; nous l'y mettons par une induction nécessaire , comme nous y mettons la causalité et la substance.

Nous ne pousserons pas plus loin l'étude des Fragmeixs de M. Royer-Collard ; nous avons exposé les sujets qui y sont traités et les solutions générales qu'ils y reçoivent. Cet exposé suffit pour prouver que le philosophe français développe l'idée générale systématique de Reid, mais la poursuit à l'aide d'une analyse plus approfondie, qui pénètre plus avant dans le sujet , et aussi en fait ressortir des conséquences plus nettes et mieux suivies. Le procédé adopté par M. Royer-Collard consiste a essayer de montrer

57% OïTOUr-GIX FAfcTIE CJRfTIÇCE.

coiumeat rbomme, en s'oliservaot , acquiert une notion sur lui-même, et comment, dès qull a acquis cette notion personndle , il la tran^rte, par un acte d'analogie ou dlnduction nécessaire, en dehors de lui, et l'applique aux faits extâneon qui tombent sous ses sens. On en doit condiure que les notions que chacun acquiert sur luimême par sa propre obsenation intérieure, sont Tunique origine et la condition nécessaire de toutes nos connaissances sur le monde extérieur, siur nos semblables et sur Dieu. Sans ces notions , et par conséquent sans cette conscience intérieure et cette attention intuitive dont pe^ sonne ne peut nous apprendre l'usage , sans ces notions, nous serions comme des êtres dépourvus de sens, incapables de voir, d'entendre et de comprendre. M. Royer-Collard chicane Fich te, parce qu'il a dit que le rnoi se pose et se crée lui-même. En vérité, nous ne voyons pas une différence réelle entre le moi de M. Royer-Collard et le moi de l'Alleniand Fichle.

M. Cousin succéda à M. Royer-Collard. 11 nous a tracé lui-même (1) le plan que l'on doit suivre dans l'exposition de sa doctrine, le plan quil prétend avoir suivi lui-même dans l'édiiicatioa do cette philosophie. Voici les quati*e points auxquels , selon lui , on peut ramener tous les

(1) Préface des Fragmcns philosophiques, cdil. de 48."»5.

DE L ECLECTISME. 379

lémens du système , et qui en indiquent la liaim et rharmonie :

i* La méthode;

2"" L'application de la méthode h cette partie i la philosophie que la méthode même place à léte de toutes les autres, savoir, la psychologie ; 5"" Le passage de la psychologie à l'ontologie à la hau te métaphysique ; 4* Les vues générales sur l'histoire même de philosophie.

Nous allons suivre ce plan , qui permet jusqu'à 1 certain point de montrer d'une manière assez aire le point de départ et le développement du stème.

l. De la méthode. — Ici, comme ailleurs, »mme partout, comme toujours, dit M. Cousin, me prononce pour cette méthode qui place le Mnt de départ de toute saine philosophie dans iinde de la nature humaine , et par conséquent iDS l'observation, et qui s'adresse ensuite à jiduction et au raisonnement pour tirer de observation toutes les conséquences qu'elle renrme. La philosophie , comme la vraie physique, ^ peut proclamer trop haut l'observation comme m point de départ nécessaire. Elle ne se dislinne alors de la physique que par la nature des iiénomènes à observer ; les phénomènes propos de la physique sont ceux de la nature exléeure, de ce vaste monde dont l'homme est par-

3S0 02ITOL06IE. FARTIR C&ITIQDE. -

lie ; les phénomènes propres de la philosophie sont ceux de cet autre monde que chaque homme porte en lui-même , et qu'il aperçoit à Faide de cette lumière intérieure, que Ton appelle la conscience , comme il aperçoit l'autre par ses sens. Les phénomènes du monde intérieur paraissent et disparaissent si vite, que la eonscieuce les aperçoit et les perd de vue en même temps. Il ne suffitdonc pas de les observer fugitivement et pendant qu'ils passent sur ce théâtre ; il faut les retenir par l'at^ tention , et le plus long-temps qu'il est posable. On peut davantage encore ; on peut évoquer un phénomène du sein de la nuit où il s'est évanoui, le redemander à la mémoire , et le reproduire pour le considérer plus à son aise ; on peut ai rappeler telle partie plutôt que telle autre, laisser celle-ci dans l'ombre pour faire paraître celle4a, varier les aspects pour les parcourir tous, et embrasser l'objet tout entier; c'est là Toflice delà réflexion. La réflexion est à la conscience ce qne les instrumei^s artificiels sont à nos sens. Elk nous tient lieu , pour l'étude des phénomènes de notre monde intérieur, de l'expérience que nous appliquons à l'appréciation des faits du monde extérieur. La psychologie est donc le fpndemenl de la philosophie (1).

On voit d'après cet extrait à peu près textuel ,

(1) Fragmcns, préface de 1835.

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DE LÉCLECTISillE. ZSi

[lie l'observation des faits de conscience est, se- 3n notre philosophe, comme selon Reid et loyer-Collard, le fondement de la philosophie, l fixe lui-même le but de cette méthode : c'est e chercher l'absolu , sans lequel il n'y a pas de raie science (1), et le procédé qu'il indique pour irer l'absolu de l'étude des faits de conscience st Finduction ; car c'est par la connaissance du etit inonde , dît-il , que nous arrivons à celle du :rand ; nous ne comprenons celui-ci qu'à l'aide le Tautre. D'ailleurs , il repousse le mode par ynthèse, il le considère tout au plus comme propre à servir de méthode d'exposition ; encore, [ans ce cas même , il préfère que l'on prenne la nême marche que Ton a suivie dans l'invention les idées, c'est-à-dire, la voie djanalyse; il la ^réfère parce qu'elle reproduit V ordre d'inven-» Hon y c'est-à-dire , l'ordre vrai.

Nos lecteurs aperçoivent déjà sans doute, sans jue nous ayons besoin de le leur faire remarquer, jue , dans toutes ces choses , le professeur fran-» çais est fidèle aux principes de l'école écossaise , Bt qu'il n'en diffère que par la rigueur des méthodes et la netteté des formules. Au reste, il dit quelque part que la philosophie est faite dès que l'on connaît bien les faits de conscience (2).

(1) Fragmens, op/cit., p. 286.

(2) Du fait de conscience , fragmens , p. %I,

■.la

L'JD

382 Oi>TOLOGlU. PARTIE CRITIQUE.

M. Cousin donne le nom de méthode psydK)< logique à l'étude que nous venons de décrire. Passons maintenant au deuxième paragraphe indiqué par son plan. hh

2. Il s'agit ici d'expliquer ce que M. Coasio :m entend par la psychologie. Ce serait chose mscï U difficile à établir d'une manière claire etintdfr A gible , si l'on oubliait tout ce qui a été ditdaw i^{ ce chapitre. La connaissance de Famé humaiM .^i» et de ses facultés ne peut ressortir, ainsi (p» io nous l'avons vu , d'ailleure que de l'observatk». rn L'observation elle-même n'est possible qn^a b ji: seule condition que nous ayons conscience des j > opérations de l'âme. C'est donc dans l'étude des ù faits de conscience qu'il faut chercher les bases :• de la psychologie ; c'est la conscience qui nous : révèle quelles sont les facultés de l'àme. Or, dit M. Cousin , je divise tous les phénomènes ou faits de conscience en trois classes , lesquelles se rattachent à trois grandes facultés élémentaires, qui , dans leurs combinaisons , comprennent et expliquent toutes les autres ; ces facultés sont : la se7îsibilité , r activité , la raison (1) ; mais que sont la sensibilité , l'activité et la raison?

La sensibilité est la faculté que l'àme a reçue de percevoir les impressions qui lui sont transmises par les sens du corps. L'activité , la si)onia-

(i) Fragmens, prôfaco de IS35.

DE l'Éclectisme. 383

, la volonté, sont des synonymes qui expri- : une seule et même faculté ; ici les mots se mt à eux-mêmes de définitions ; mais il n'est i facile de fixer la signification éclectique nne raison. Cette expression, dans le langage . Cousin , est destinée à exprimer sous une Uation collective, non seulement tous ces mens primitifs et nécessaires qui émanent , nelque sorte spontanément, de la nature kme h Toccasion de ses diverses opérations, ►nt parle Reid , jugemens qui sont Feffet de icultés essentielles ; mais encore les princiformulés et produits par induction qui en Itent : par exemple , les notions d'espace , de )s, de substance , de causalité , etc. , apparient à la raison, et en forment le fonde-

s faits de conscience étant ainsi , selon Tex- ;ion de notre écrivain , réduits à trois granilasses , les faits sensibles , les faits volontait les faits rationnels , il fait de chacune de classes une entité particulière dont il traite 'il analyse de la manière suivante :

s faits sensibles sont nécessaires , et nous ne ons nous les imputer ; et les faits rationnels également nécessaires et également indéans de la volonté. Notre activité seule est itaire , marquée seule aux yeux de la conce du caractère de personnalité. La volonté

ZSk ONTOI.OGItt. PABTH critiqus.

seule est la personne ou le moi. Ainsi, no» nous trouvons en nous-mêmes entre deux ordre» de phénomènes qui ne dépendent pas de notre volonté , et que nous n'apercevons même qu'à h ^ condition de nous en séparer, entre le iait seosi- 1 ble et le fait rationnel. -

La raison , continue M. Cousin , est imperson- 1 nelle de sa nature ; ce n'est pas nous qui la fai- 1 , sons ; et elle est si p^i individuelle , que soi C caractère est précisément le contraire de Rndîvi- ^ dualité, savoir, l'universalité et la nécessité, puisque c'est à elle que nous devons la connaiSF sance des vérités nécessaires et universelles, des principes auxquels nous obéissons tous , et aaxquels nous pouvons ne pas obéir. Ici , nous ne ^ pouvons nous empêcher de placer une objecti» [^ qui ne trouverait pas de place ailleurs si nous ; ' l'omettions en ce moment.

Nous désirerions que M. Cousin nous eût ap* '^ pris comment, par quoi ou par qui , il sait que ces notions rationnelles sont universelles et néces^ " saires :où peut-il apprendre qu'elles sont uniTcrselles, si ce n'est en allant chercher dans le moûde extérieur la preuve qu'elles sont en effet telles? ,' Où peut-il savoir que ces notions sont nécessaires , si ce n'est en raisonnant sur la science acquise par l'humanité , science qui existe hors \ de lui , indépendamment de lui , et qui a été ac* • quisc autrement (jue par l'observation de so*-

bE L ÉCLECTISME. 969

niême? Or, puisque la raison de M. Cousin a liesoin pour se connaître comme universelle de 8e comparer à un monde qui n'est pas elle , il a tort de placer , dans cette raison , le signe de f universalité. Ce signe est évidemment ailleurs* Ifciis revenons à notre exposition.

Toutes les lois ou tous les principes de la raion se réduisent à deux , savoir, la loi de causalité t celle de substance. Ce sont là deux lois essenlelles et fondamentales dont toutes les autres ne Dnt qu'une dérivation , un développement dont ordre n'est cependant point arbitraire. Ces lois Dnt absolues ; elles constituent un monde à part ;iii domine le monde visible , préside à ses mou* cmens , le soutient et le porte , mais n'en dépend pas. C'est là ce monde intelligible , cette libère des idées distinctes et indépendantes de BUTS sujets internes et externes, que Platon enrevit , et que l'analyse et la psychologie moderne letrouvent encore aujourd'hui dans le fond de la i^nscience. Les lois de la pensée démontrées abdues , l'induction peut s'en servir sans crainte ; *t des principes absolus , obtenus par l'observa- &on , peuvent nous conduire légitimement là où %)bservation elle-même n'a plus de prise , c'esti«dire , à l'idée de cause absolue et de substance il^solue (1). Nous verrons plus bas comment

(4) Fragmens , préface de la 1'* édition.

âS6 OI^TOLOGIE. PARTIE CRITIQUE.

M. CousiQ applique l'induetion à ces principesb '^ la raison et quel parti il en tire. Passons mainto' nant à Tanalyse de Factivite.

L'activité ou la volonté est l'origine do senti- pi ment du moi : le caractère propre du nu» esl h ki causalité ou la volonté, puisque nous ne nous ^! rapportons et nous ne nous imputons que ce qoe ^j^ nous voulons. Le rapport de la volonté et de II l*^' personne n'est pas un simple rapport de coeiB- » i tence, c'est un véritable rapport d'ideatité.liji volonté est proprement dite l'être de la personna. k Un autre aspect de l'activité est la liberté; tMfi la liberté n'est pas la même chose que la volonlé. f Le moi ou la volonté n'est que la liberté eu acte, mais non la liberté en puissance. La liberté repré-

sente l'essence du moi, la liberté est l'idéal dunwt. La sensation est un phénomène de la conscience ! aussi incontestable que les deux autres. Or, nd phénomène ne pouvant se suffire à lui-même , b raison qui agit sous la loi de causalité et de substance, nous force à rapporter le phénomène A la sensation à une cause existante , et cette causi évidemment n'étant pas le moi , il faut bienqu la raison rapporte la sensation à une autre caus( Elle la rapporte donc à une cause étrangère a moi , placée hors de sa domination , c'est-à-din il une cause extérieure. De là , la notion du m moi , la notion de la passivité, opposée à celle ( hberlc.

DE L KCLl-XTISMR. 387

)usin termine sou analyse en énonçant s rapports de la raison , de l'activité et de tion sont tellement intimes , que, l'un de aens donné , les deux autres entrent de

exercice , et cet élément , c'est l'activité ms l'activité libre, ou le moi, la conn'est pas , c'est-à-dire que les deux autres ènes , qu'ils aient lieu ou qu'ils n'aient i, sont comme s'ils n'étaient pas pour jui n'est pas encore. Or, le moi n'existe -même , ne s'aperçoit et ne peut s'aperqu'en se distinguant de la sensation que nême il aperçoit, et qui prend par-là ; dans la conscience. Mais comme le moi

s'apercevoir et apercevoir la sensation , percevant, c'est-à-dire, par l'intervenla raison , principe nécessaire de toute tion , de toute connaissance , il s'ensuit :ercice de la raison est contemporain de ;e de l'activité personnelle et des impresisibles. La triplicité de conscience , dont lens sont distincts et irréductibles Vun à

se résout donc dans un fait unique ^

l'unité de la conscience n'existe qu'à ition de cette triplicité. De plus, si les énomènes élémentaires de la conscience Ltemporains , si la raison éclaire imjné^ nt l'activité , qui se distingue alors de la n; comme la raison n'est pas autre

3SS o^TOLOGiB. rAmriE cutiqcb.

chose que raclion des deux grandes k»dthP^S^^ causalité et de la substance , il faut qifnnmé&Fpi^ \ tement la raison rapporte Faction à une cansedr ^ ^^ à une substance extérieure , le non-^oi ; mÀ ri F^' ^ pouvant s'y arrêter, connue à des causes fw ^^^^^^ ment substantielles , tant parce que leur pMao- *^ ^^ ménalité et leur contingence manifeste ta» ^^^ *^ ôtent tout caractère absolu et substantid;q«|P'^^^^ parce qu'étant deux, elles se limitent Tune ptff"^^ l'autre et s'excluent ainsi du rang de sobstancet f i'P* il faut que la raison les rapporte à une ciiBB substantielle unique au-delà de laquelle il n'y t plus rien a chercher relativement à rexistencCi c'est-à-dire, en fait de cause et de substance, ctf l'existence est Tidentitédedeux. Donc reristen* substantielle et causatrice , avec les deux c&M ou substances finies dans lesquelles elle se développe , est connue en même temps que ces deux \

causes , avec les différences qui les séparent cl le • lien de la nature qui les rapproche ; c'est-à-dire . que l'ontologie nous est donnée en même temps "" tout entière , et môme qu'elle nous est donnée m ' même temps que la psychologie. Ainsi , dans le premier fait de conscience , V unité j)^ycholùqv\w dans sa triplicilé se rencontre , pour ainsi dire , vis-à-vis de l'unité ontologique dans sa tripliciti parallèle. Le fait de conscience qui comprend trois élémens internes nous révèle aussi trob éloinoiis externes : lout fait de conscience est

DE l'éclbctisms. 389

ique et ontologique à la fois , et con-

les trois grandes idées que la science

iivise ou résume , mais qu'elle ne peut

savoir, l'homme, la nature et Dieu«

ime , la nature et le Dieu de la con-

sont pas de vaines formules , mais des

;s réalités. L'homme n'est pas dans la

3 sans la nature , ni la nature sans

mais tous deux s'y rencontrent dans

>ition et leur réciprocité comme des

des causes relatives, dont la nature est

elopper toujours, et toujours Tune par

îDieu de la conscience n'est pas un

ait, un roi solitaire relégué par-delà la

ur le trône désert d'une éternité silen-

d'une existence absolue qui ressemble

nême de l'existence : c'est un Dieu à la

t réel , à la fois substance et cause , tou"

tance et toujours cause , n'étant sub^

m tant que cause , et cause qu'en tant

nce ; c'est-à-dire, étant cause absolue ,

eurs , étorniié et temps , espace et nom»

ze et vie , indivisibilité et totalité y prin-

t milieu , au sommet de l'être et à son

le degré , infini et fini tout ensemble ,

i y c'est-à-dire , à la fois Dieu , nature

lé. En effet , si Dieu n'est pas tout, il

s'il est absolument indivisible en soi ,

cessible , et par conséquent il est in-

ZOQ ORTOLOaiB. PA&TIB CIIITIQIIV.

compréhensible » cl son iiicompréhensibilité et N

pour nous sa destruction. Incompréhensibie m

comme formule et dans Técole , Dieu est dair \r^\

dans le monde, qui le manifeste, et pour Tâme^ th

qui le iK)ssède et le sent. Partout prémi, ii '-^î

revient en quelque sorte à lui-même dans tsco»* ^^

science de l'homme , dont il constitue tndirectt- •-'-

ment te mécanisme et la triplicité phénoménkt ^i

par le reflet de sa propre vertu et de la triftiéi h i

substantielle dont il est l'identité absolue. >^'

c Arrivée sur ces hauteurs , la philosophie s'é- 1^

claircit en s'agrandissant ; l'harmonie univtf'kj

selle entre dans la pensée de l'homme , \é\aA Vj

et la pacifie. Le divorce de l'ontologie el de h f^j

psychologie, de la spéculation et de TobservalioB, k.

de la science et du sens connnun , expire (la* t:

une méthode qui arrive à la spéculation iKirTob' •

servation, à Tontologie par la psychologie . el

qui , partant des données immédiates delac**'

science dont est fait le sens commun du (it^r*

humain, en tire la science , qui ne conlioB^^*® * de plus que le sens comnmn , mais l'élève à un^ » forme plus sévère , plus pure, et lui rend corap*^ * de lui-même. Mais je touche ici à un i>oint !**• damental.

<r Si tout fait de conscience contient touieste facultés humaines, la sensibilité , l'activité lik** et la raison , le moi , le non-moi et leur iden"^' absolue; el si tout fait de conscience t'St égala

DE L ECLECTISME. 39t

;ine , il en résulte que tout homme qui a la ence de lui-même , possède et ne peut pas 1er toutes les idées contenues nécessairelans la conscience. Ainsi tout homme , sHl se lit tout le reste, la nature et Dieu en même que lui-même. Tout homme croit à une ice, donc tout homme croit au monde et i; tout homme pense, donc tout homme Dieu, si Ton peut s'exprimer ainsi. L'aie est une formule vide y une négation sans , une abstraction de l'esprit , l'illusion de les sophistes. Mais le genre humain, qui ne )oint sa conscience , et ne se met point en diction avec ses lois, connaît Dieu, y croit et dame perpétuellement. En effet , le genre n croit à la raison et ne peut pas ne pas y , à cette raison qui apparaît dans la cofi" ; en rapport momentané avec le moi , reflet zore quoique affaibli de cette lumière priqui découle du sein même de la substance le, laquelle est tout ensemble substance, intelligence. Sans l'apparition de la raison i conscience , nulle connaissance , ni psyique, ni encore moins ontologique. La est en quelque sorte le pont jeté entre la •logie et l'ontologie , entre la conscience et elle pose à la fois sur l'une et l'autre ; elle i de Dieu , et s'incline vers l'homme; elle iH à la conscience comme un hôte qui lui

Z9t 0:<TOLO«IE. PÀATIE CAITIQIIS.

apporte des nouvelles (fun mande inconnu dont il lui donne à la fois et Vidée et le besoin. Si la raison était personnelle , elle serait de nulle valeur et sans aucune autorité hors du sujet et do mm f individuel. Si elle restait à l'état de substancenoQ • manifestée , elle serait comme si elle n'était pas pour le moi qui ne se connaîtrait pas lui-même. Il faut donc que la substance intelligente se monifeste , et cette manifestation est V apparition es la raison dans la conscience : la raison est donc à la lettre une révélation , une révélation néc«saire et universelle, qui n'a mauquî^ à aiicoa homme à sa venue en ce monde : Illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. La r son est le médiateur nécessaire entre Dieu et l'homme , ce l6yoz de Pythagore et de Platon, ce verbe fait chair qui sert d'interprète à Dieu et de précepteur à l'homme , homme à la fois et Dieu tout ensemble. Ce n'est pas sans doute le Dieu absolu dans sa majestueuse indivisibilité , mais sa manifestation en esprit et en vérité ; c^ n'^ pas l'êire des êtres , mais c'est le Dieu du genre humain. Gomme Dieu ne manque jamais au genre humain et ne l'abandonne jamais , le genre humain croit en Dieu d'une croyance irrésistible et inaltérable , et cette unité de croyance est à Jui-même sa plus haute unité (1). >

(1) Fragniens, préface de la 1'* édition , p. 57, 43.

DE l'éclectisme. 193

Voilà un passage qui peut donner une idée de ai manière d'écrire et de raisonner propre à S. Cousin , aussi bien que des généralités de son Srstème. Nous n'en avons pas fait l'extrait sans dtention ; car, outre qu'il présente un exemple emarquable du style adopté par l'auteur, il exprime aussi les dernières conséquences de la octrine , celles qui ont donné lieu aux accusa- Ions comme aux erreurs les plus graves ; cette italion d'ailleurs nous dispensera d'en faire auune autre par la suite , car elle prouve tout ce [ue nous pouvions avoir à cœur de prouver. ions ignorons si beaucoup de nos lecteurs comifendront cet extrait à la première vue; il lenferme , en effet , plusieurs passages fort obcnrs ; et c'est un défaut que le mérite incontesable du style rend particulièrement évident. pliant à nous , nous avons assez compris pour ^ voir de nombreuses contradictions , des fautes graves de langage , et matière à cette accusaion de panthéisme dont l'auteur se défend pielque part avec tant de chaleur, et presque ivec indignation. Nous avons souligné pluiieurs phrases remarquables sous quelqu'un des lois aq[)ects que nous signalons ; mais nous ne les avons pas toutes soulignées. Nous allons de plus indiquer quelques unes des phrases qui doi-^ rent être relevées.

Au commencement de la citation , nous trou-»^

yjU 0KT0L0G1K. PAUTI1E CI11TIQ1:K.

vons cette affirmation , que la raison etlaseosi' r'^ tion seraient comme si elles n'étaient pu, si kp^ moîne se connaissait lui-même ; et Ton ajoute qA p le moi se connaît en percevant en même teopili p' sensation et la raison. Cette double assertioanov ^usemble constituer une contradiction. E&efet, -'* ces trois phénomènes , moi , sensation , ndsoit N sont ou simultanés , ou successifs ; s'ils soDtsoo* f ^ cessifs, ainsi que le pense M. Cousin, il y ci i -'' un nécessairement qui est antérieur aux aotiOi ^ et alors il fallait nous expliquer comment il J^ ^' une existence indépendante de celle des auTOi ^ ce que M. Cousin ne fait pas ; si , au conlrairti '*' ces trois phénomènes sont simultanés , conuneil M. Cousin a-t-il pu juger et voir qu'ilssont irA. f^ La simultanéité n'est-elle pas le cachet absolu (te rl'unité parfaite? La contradiction par laquelle^ l'auteur débute dans la citation dont noiisnoB5> occupons est manifeste ; mais il y en a bienJai' ' très encore. Dieu, dit M. Cousin, est àlaî* substamte rt cause, toujours substance ol loujoui'S cause; il ticsi substance qu'en tant(l^t cause ; en un mot , Dieu est cause absolue. Voila dos mots qui sont bien niaUieureusenientunis. car par cette union ils impliciuent la plus sing* Hère contradiction , la plus étrange impossibilité. En effet , en les prenant pour ce qu'ils sont, c'ist-a-dire pour ce (pi'ils signifient rigoureuse uu'iU , on doil on ronclure que l'auteur iWi

DE l'éclectisme. 395

ieu est en mém^e temps cause et effet de me , ou , en d'autres termes , en même antérieur et postérieur à lui-même; ce ; le comble de l'absurde. M. Cousin n'a pu r dire une chose pareille , dira-t-on ; pourlonc alors cette étonnante proposition : ause absolue , et encore celle-ci : Dieu rCéibstance qu'en tant que cause? Evidenunent t en conclure que si Dieu n'était pas cause •même, il n'existerait pas comme sub- , etc. Nous en avons dit assez pour faire endre où conduit ce langage ; passons à re sujet. Dieu , dit plus bas l'écrivain des ens, est infini et fini tout ensemble , un et irs , triple , c'est-à-dire à la fois Dieu , nat humanité, etc. Voici des contradictions lus extraordinaires encore : comment un être peut-il à la fois être infini et ne Têïre :re un et ne l'être pas , etc. ? c'est comme lisait que oui et non sont une même chose ; en un mot, nier la langue. Or, si Ton se Ht des caractères que nous avons indiqués 3 propres à faire reconnaître le panle , on n'aura pas oublié que l'un de ces ères est la tentative de prouver que la conion est la même chose que l'identité; epas ce que fait M. Cousin en ce lieu? U enfin que si Dieu n'est pas tout , il n'est Cette phrase n'est-elle pas suffisamment

396 05T0L0Gn. PARTIB CAITIQUt.

claire ; est-il permis de l'écrire lorsqu'on ne vc* pas passer pour panthéiste? H y a plus, notre»teur a toutes les formes du style panlhâstiqoe; ainsi à tous momens il active les choses pasares; c la sensation prend son rang ; les causes ODttafr contingence ; Tunité a sa triplicité , etc. > Non k voulons croire que toutes ces choses ne sont qtt a des formes littéraires , mais il n'est pas donné ï k tous les lecteurs d'être aussi forts ou plus forH |! que l'auteur, et M. Cousin ne le suppose pa», puisqu'il professe ; il n'est pas donné par suite à tous les lecteurs de voir que de pareilles appirences sont les résultats d'associations de mo* toutes matérielles et fort peu philosophiques ; d« voir que le langage n'exprime pas la pensée, oi d'apercevoir la pensée à travers l'impropriété des paroles. Le lecteur doit s'en tenir à la lettre, et dans le cas particulier dont il s'agit, il&it bien ; car tout homme qui pose le moi comme l'origine de la connaissance doit inévitablfment conclure au panthéisme, quoi qu'il fasse et quoi qu'il veuille. C'est co que nous montrerons plus bas , lorsque nous en serons venus à b critique générale de l'éclectisme.

Aussi devons-nous recueillir avec soin ce (pw M. Cousin a enseigné de plus remarquable sur te moi. La contradiction même que nous avons signalée rend ce travail nécessaire, dussions nous par la être conduits a reconnaître de nuu-

DE L*ÉCLECTISHE. 39 7

S contradictions, c Le moi , dit-il , esl Fapion de Fesprit à lui-même , par son activité Liblée en elle-même et retournant à elle- €, c'est-à-dire dans la conscience (1). » Et, € est cette action redoublée en elle-même? la réflexion , cette réflexion d'où résulte la :ience , ainsi que nous l'avons vu plus haut, réflexion est éminemment libre , dit plus I. Cousin, ji Ainsi la réflexion pourrait ne voir lieu , et dans ce cas il n'y aurait jamais loi. Or, pourquoi n'existe-t-il pas d'honune l'ait le sentiment du moi , ou , en d'autres es, pourquoi cette réflexion ne manque- ! jamais? M. Cousin nous assure quHl est imble qu'elle n'ait pas lieu ; il en fait un être au plus haut degré , qui s'arrête et se pose ème, mais ne manque jamais à s'arrêter et 5er. Nous voyons là une contradiction évi- : en elîet , si la réflexion est libre , elle doit ntcr les caractères de la liberté , qui sont inement tantôt d'agir et tantôt de n'agir Au contraire, agir toujours, agirinévita- 3nt , sont des caractères auxquels on recon- 6S forces fatales ou non libres. Ainsi dans ssage M. Cousin convertit encore une con- ;tion en une identité ; il fait de la même ;é une force qui est en même temps libre et

)u fait de conscience, Frag., p. 2i^.

898 O>Tf»l.0(iIE. PABTII CBiriQUC.

fatale. — La manière dont il définit le fRm , dai Ip i^ le passage cité, contient une autre espèce d» riA contradiction. Comment une activité qui ne» :i^v rait pas composée de parties peut-elle retoner fiT^ en elle-même ou s'observer elle-même? Si b k,^; réflexion est libre , comment est-il poriik ^y a qu'elle ne constitue pas un être parlicDlier,ié- ^^^e paré du moi ? Depuis quand la liberté d'adiei i^. .^i n'est^lle plus le signe positif de rindépendani» fi. m et de l'individualité? Si le moi est libre et spos- ^ -i tané indépendamment de la réflexion , comme k - . dit M. Cousin ; si la réflexion est également lilm j fi et indépendante de l'action spontanée dumoii i^ ce sont nécessairement deux libertés , deux êW rséparés , placés l'un vis-à-vis de l'autre ; car , oo îla réflexion est un attribut nécessaire du moi, et vv alors elle n'est pas libre ; ou elle est libre, ei alors elle n'est point un attribut , mais un être existant i)ar lui-même. Il est impossible d'ad* mettre le contraire sans nier la logique universelle et le langage. Nous pourrions relever mi nombre cousidc^rablede [lareilles contradictions; mais, dans le but que nous nous proposons ici . il siiiTit dos objections qui précèdent , car elles portent sur la généralité môme de ladwlrine: elles démontrent l'erreur du point de déi)art . e! par suite infirment toutes les conséquences. Examinons ccpendanl ces conséquences.

'^. Nous avons maintenant a chercher le |^3^■

5 de la psychologie a Tontologie. Par tout ce précède nous savons déjà comment on opère passage. Nous avons vu que l'observation Lve dans la conscience des notions dont le îloppement régulier, selon l'expression de •e auteur, dépasse les limites de cette con- Qce et atteint des existences ; notions abso- , qui forment la raison , et dont la psycholos'occupe ; car Y absolu comme idée , ou dans rapport avec la raison , constitue la psyché^ e rationnelle (1). Or, V ontologie , toujours Q la définition de M. Cousin , n'est pas autre ;e que V absolu , hors de la raison , dans son lort avec l'existence (2). Il est difficile d'exler plus clairement le système de raisonneit que nous avons vu pratiquer par M. Royerard , et par lequel il conclut de nous à ce existe en dehors de nous , ou , en d'autres les, du subjectif à l'objectif. Au reste, jousin nous donne un exemple de la manière laquelle il prétend que l'esprit humain pro* ) dans ce genre d'opération dans le tableau ant (5) :

) Programmes sur les variétés absolues , Frag., p. 287. I Ibidem.

Programme d'un cours de philosophie, Frag., p*262.

FAITS CONTINGENS INTERISBS. FAITS KÉCFSSAIBES DREU

OU RATIOmŒLS.

. r Affection ou volitj fi,!,K"îi?^^^^ et eu général «lodificatioi. ^^^^^^^^^^^^

diStprminpp • rannort • mni / ™®"^ "" ' apport Déoew

aeterminee , rapport . moi. ^ ^i^^ttribut à sujet.

/ c Élimination de b {h

c^^Successîondepassionsllité déterminée et da

ou de volitions et en général; idenM^ ueet un, dcgageo

pluralité déterminée. Rap- 1 du ra ni ort nécessairede

port : moi identique et un. [ ralité :) unité, de succo

\à durée.

c 3** Fait volontaire ci gé-{ c Élimination de ! néral, eiïet voulu détermi- 1 voulu déterminé et du i né. Rapport: pouvoir et vou-i dégagement du rappor loir du moi. Icessaire de cause i effe

€ 4* Volition inten tionn ?lle f et en général direction dc-l c Élimination du ino^ terminée du pouvoir vo'on-Jd'* la fin déterminée; dé taire; c'est-à-dire, moyen dé-J ment du rapport néce terminé; rapport; fin déier-r de moyen à fin. » minée. > \

Ce tableau nous montre comment lésé tiques conçoivent que l'observa lion intéri devienne l'origine des notions générales dan quelles nous inscrivons toutes nos connaiss: sur le monde; il caractérise la séparalior existe entre cette école et l'ancienne éco philosophie , qui , au contraire , prétend qu notions sont par abstraction déduites de To vation de l'extérieur. Mais roenons à Toi gie de M. Cousin. Il fonde toute ronlolo;jîi une seule vérité absolue qui , selon lui , rali

DE L^XLECTiSME. &01

tve , d'une manière également absolue , îs les vérités du même genre. Cette vérité , lous élève immédiatement de Tidée à l'être , rentes à leur substance , est celle-ci : « que 3 vérité suppose un être en qui elle réside, » lieux : t que toute qualité suppose un être ui elle réside , un sujet, une substance, i» Il ensuite comme axiomes : < que la substance lue est unique ; que la substance est ce qui iuppose rien au-delà de soi relativement à stence ; qu'unité , universalité , infinité , nité , sont des expressions synonymes ; que i est l'être unique ; que la première partie de îence de Dieu est tout entière dans ces mots : eu est celui qui est. » D'où il suit , continue Cousin , que toute connaissance de la vérité une connaissance de Dieu , et que l'apercep^ directe de la vérité absolue enveloppe une i'ception indirecte et obscure de Dieu luiae. La vérité absolue étant Tunique moyen approcher l'homme de Dieu , mais en étant loyen infaillible , puisqu'on ne peut particià la qualité sans participer à la substance , il suit que la raison humaine , en s'unissant à érité absolue , s'unit à Dieu dans la vérité et par elle et dans elle , c'est-à-dire par lui et ts lui , d'une vie absolument opposée à la vie restre renfermée dans les limites du continit. La loi suprême de l'humanité est de s'unir

400 ONTOLOGIE. PARTn; CRITIQUE.

FAITS CONTINGENS INTERNES. FAITS KÉCF8SAIRES DITBlnf

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