‹ Essai d'un traité complet de philosophieChapitre 3 sur 51 · DE LA CERTITUDE OU DU CRITERIUM UNIVERSEL · texte numérisé non relu

DE LA CERTITUDE OU DU CRITERIUM UNIVERSEL

sinn&(Da>i(Bffii(Dii<;

La recherche d'un moyen universel de certitude , est le problème premier de la philosophie ; c'est celui qu'à certaines époques , Ton a poursuivi avec le plus d'ardeur ; c'est une question que Ton pose encore aujourd'hui ; que chaque jour l'on essaie de résoudre , et devant laquelle chaque jour l'on s'épuise et l'on se reconnaît impuissant. La plupart des écoles de philosophie , ou au. moins toutes celles qui ont exercé une influence fondamentale sur la science , ont débuté par une solution sur la certitude et en ont pris origine. Leur fortune et leurs succès ont été proportionnés à la fécondité de la solution qu'elles avaient choisie. Gomme ces solutions n'étaient ni absolument vraies , ni absolument fausses , il

I LOCIOLC. PiiRTlE DOCXATIQCI.

6*en suivit toujours quelque Lien ; mais comme en niit'nie temjis elles étaient seulement approximaiivfrs, il arriva aussi toujours qu'après ce peu de hir'n produit , rimiierfeclion devint manifeste; Twole devint stérile , le plus souvent nuisible aux progrès de la science , et en définitive fut abandonnée. Telle est l'histoire du pytha* gorisme, du platonicisme , de Faristotélisme , du cartésianisme , du sensualisme et de Féclectisnie , etc. Pythagore profiosait la méthode des combinaisons numériques pour représenter la certitude de l'harmonie universelle ; Platon proposait la doctrine des idées archétypes pour mettre un terme à l'anarchie des idées ; Aristote pn>pos:iit Us facultés de l'honuiie, c'esl-ii-dirc Toliservation et le syllogisme qu*il déclarait être la forme absolue de la raison humaine ; Descartc*s propos:iit son doute méthodique: le sensualisme a proposa; la certitude de la sensation et de l'expi'rience ; l'éclectisme , la certitude du moi et des aptitudes ou idées (|ui y étaient innées. Presquc> toiil(;s ces opinions sont encore i)résentes aujourd'hui, et l'on se dispute en leur uom; mais parmi elles , il n'en c*st pas qui soit de force h conqufM'ir Tune des convi(*tions (pii lui sont of)- |K)si*es. (le fait seul, sillon nous, suiTit pour prou* v^M'quela vérité ne résilie dans aucune d'elles. L(S hor.;i!:(*s graves en ont depuis long-temps jugé ainsi , et vn crmw'tpience renonçant à l'es-

DU cmiTsmiUM umTuiasL.

poir de découvrir le secret de la certitude universelle , ou doutant même qu'il pût en exister une semblable pour les hommes , ils ont essayé de la remplacer en fixant quelle était la certitude particulière de chaque spécialité ; car, ils ont cru reconnaître que chaque sujet particulier avait un critérium qui méritait confiance tant qu'on ne le transportait pas hors de l'ordre de questions auxquelles il paraissait approprié. C'est cette opinion qui a dicté les traités de logique de Port-Royal et de Lyon (1) et fondé l'enseignement que nous avons vu ; mais il s'est trouvé que ces critérium spéciaux , non seulement n'étaient point à l'abri de toute critique, mais encore qu'ils trompaient souvent. Ils étaient d'ailleurs au dessous d'une multitude de questions^ Ainsi , cette méthode artificielle de certitude a encore été insuffisante et les insuccès éprouvés ont laissé à nu dans la science une plaie que l'on ne pourra fermer avant d'avoir découvert le cri" terium véritable.

Nous croyons fermement avoir trouvé ce critérium de la certitude ; mais c'est une idée si nouvelle et si simple en même temps , qu'avant d'en entreprendre l'exposition directe, nous croyons nécessaire de présenter quelques observations préliminaires , soit pour donner a nosr

(i) Voyez t. 1", p. 365.

ladears k mtme cjcrn^i daâl -que doqs ou ces BUiikireç. . soit ^iciiir iaire 2i|ier(^eToir U coayelULiicx' ei 1;l jica*ièe d'uoe ccsK^eptioii que Fod esjàJhliÈ^sTâî }ieut-^tre sans une Mkeûdon snffisamu- si «lA la (iTtsenikit Iôiïi vf ob oc4ip ei sans

Nt.ia> Urc^m doDC remarquer d*ai«c«rd qaau milk^des malbeorset de^iIl^XK'lC-e^ qui nonki manqué :i aïK^UDt- des^ tSftrknce^ que Yosk aviii foDdées SOT Ics 'ihreises «-ninidis {rcijtoîiêes . persiADe De s'est demaniè eu xeriu de quoi Ton JBgeaii que rom des cri^Tium fut sans cenîtode, on que Fan de ses {iividuiis fût faux. Pei><»iuie n*a f it'DSi' à iberî-ber si ce qnid a^ xrc lequel on f«\*Di.>Di;ait sur la valeur du crijcriam et de ses icifiuiis. si i>e q^iid n\-iait p.iint quelque chose qui a}»firLX-hâi de la cenirude . ei ce que cVtait. U t^Uiit bien êTideut . on eâei . que ks divers moyens de i^nitude j«v>pases n'avaient (os été ju^es k^ uns par Ic^ auins. de i(41e si^rteque Ton jiûî ôirt- qu'ils s\:,'iii i:: di-:ruits l€S ims les autres. L"iiisitnre u •u> a}i|<vn.i que ces moyens n'<.<:i pas i«:«i2s Hr tri>uvis en mOme temps . mais stKxvse^^ riiii-nt ilaus l\»r.irv dts leuips : elle m^us afi{«r.-iii df j.ius que tLiuj^«urs l'un de tx^ moyens fut i lit Mit- «■; ;ri»u\ f K>u^*ti lups après que l'on sVi^i ina2iiKs:oaî:;i; jt^-iixi que le criurium p*r^v«irnî t-ioit ii>s;i::iNiu: i»u surile. U ne faut pàs renK-nivr bien loin dans le paf^^ pour aper-

DU CRITERIUM UBIYERSBL. 11

ceToir ce fait ; ainsi c'est parce que raristotélisme était reconnu improductif et erroné , que Oescartes invoqua le doute méthodique ; c'est parce que celui-ci était insuffisant , que le sensualisme eut des chances ; et c'est par une raison semblable , à l'égard de ce dernier, que vint l'éclectisme . C'était donc de quelque autre chose que de l'invention d'un critérium nouveau qu'était résultée la négation des critérium antérieurs. Or, qu'était ce quelque autre chose? Ëtait-ce la science ? Non , car elle ne pouvait se juger elle-même ; l'erreur ne peut pas montrer l'erreur ; l'identité ne peut pas juger l'identité. Pour découvrir la cause de ces négations répétées et trouver cette force inconnue plus cer^ taine que toutes les certitudes proclamées , cette force qui agissait sans se montrer, il nous semble qu'il était tout simple de supposer qu'elle émanait de quelque autre connaissance, non pas l'égale de la science, non pas semblable à la science , car entre des choses égales ou semblables il ne peut jamais y avoir plus qu'une équation dont le résultat, quant à la solution qui nous occupe , serait le doute et non une décision affirmative quelconque. Cependant personne encore n'a fait cette réflexion. On a toujours cherché uniformément le critérium de la certitude , soit dans la science , soit dans les moyens 4e la science, c'est-a-dire , soit dans quelque

12 EOCIQCE. PABTIB BOGMikTIQIiE.

cminaiflsance ontologique , soit dans les facultés mêmes auxquelles on attribuait ces connaissances, telles , par exemple , que les idées archétypes de Platon , les idées innées de Descartes , la conscience, les sens , le raisonnement, le consentement universel , etc.

Nous ne répéterons pas ici les objections vulgaires que Ton a opposées à ces divers critérium ; nous ne rappellerons pas que Ton a objecté avec raison , à l'occasion de chacun d'eux , qu'il était inapplicable au plus grand nombre de questions, qu'il était incertain , variable, hypothétique , individuel , etc.; nous ferons seulement remarquer qu'il est impossible, en bonne logique, d'admettre (|ue la certitude réside jamais dans un moyen. En eflct, un moyen est toujours quelque chose «l'approprié à un but, par suite dépen<lant de (*e but, vrai s'il s'y rapporte ou y tend coinpIétcMuent , faux s'il ne s'y rapporte on n'y tend qu'imparfaitement. On juge le moyen par le but ou plutôt par la convenance qu'il présente avec celui-ci. La certitude donc réside plutôt dans le but (|uc dans le moyen ; le critérium qui juge le moyen , est déduit du but , et non de toute autre part.

Si nous appli<[uons ce raisonnement pour voir à quel iK>int la science est une source de certitude , nous trouverons que certainement le criterium universel ne réside point en elle. En etfet.

BU CRITIAIUM UHIYEKSIL. 13

la science n'est point à elle-même son propre but ; elle ne représente autre chose , quant à l'iiumanité , que les facultés appelées du nom de raisonnement dans l'homme individuel , c'est-àdire un mode d'activité dirigé en vue d'une certaine fin , en un mot , un moyen ou un instrument pour atteindre un but. Et si la science , ' parce qu'elle n'est qu'un moyen, ne peut en aucun cas fournir le critérium universel , à plus forte raison en est-il ainsi des moyens mêmes de cette science dont nous parlions tout à l'heure , c'estT à-dire du raisonnement, des sens, des aptitudes, de la conscience , etc. De quelque part même que viennent ces derniers moyens, qu'ils soient un effet du travail des hommes , ou un don du Créateur, ils ne renferment pas ^avantage le critérium dont nous nous Qccupons. En effet , dans le premier cas , ils ne contiennent en eux d'autre certitude que cçUe de la coaptation au but qu'on s'est proposé en se les faisant. Dans Iç second cas , il faudrait remarquer que ces dons de Dieu , bien qu'attachés à la nature humaine , ou innés comme on le dit, ^'entravent point notre liberté , et que par conséquent ils ne sont point absolus, concluant rigoureusement, invmciblement, nécessairement, ainsi qu'Us le feraient si en eux résidait le critérium de la certitude. Ces moyens ne nous empêchent point de nous tromper ; donc de quelque part qu'ils vien-

Dent , ils ne contiennent point nëcessadrement h <^ certitude. ^

Ces observations prouvent que pour trouver ! la solution du problème . on s était placé sur un ^ mauvais terrain : mais on a eu le ton. en outre, > de ne point i^rcourir tout le terrain où Ton s*é- i tait établi . et de ne point IVtudier suflfisam- ^ ment.

Puisque , se laissant guider (lar l'analogie , on , cherchait la certitude . c'est-à-dire un moven de juger certainement des choses, dans la catégo* rie des movens . on devait . ce nous semble , se

demander ce que c'était qu'un moyen et ensuite épuiser la catégorie des moyens.

Or, qu'est-ce qu'un moyen de Tordre de ceiui dont nous nous occupons, considéré en lui* même, et abstraction faite de Tidée de but? Cest , soit un instrument . soit un mode de l'activité humaine, ou. en d*aulres termes, ime manière d'agir.

Cette définition n'offre rien qui soit au delà de la si-ience desé|KXiues où furent proposés plusieurs des motifs de certitude dont il a été question ; elle est au contraire parfaitement en rapport avec I état de cette siîence \ I ». Cependant on n'en a [K>int fait usage. Nous devons croire que ce fut une chose fâcheuse , car il nous sem-

1 1 ) Vovn les Dictioiuiaîrfs de t JiauTÎo et de TréToox.

DU CRITBEIVM VAlYKRflL. 15

ble que par cette voie on se f&t au moins grandement rapproché du point de solution.

En effet , pour acquérir un résultat nouveau sor la question de la certitude , il suffisait de procéder par voie d'exclusion sur tous les instrumens , sur toutes les manières d'être ou tous les modes d'activité propres aux hommes, en écartant ceux de ces modes qui paraîtraient égaux ou de valeur semblable.

Or, on possédait , pour prononcer à ce dernier égard , une méthode qui nous paraît parfaitement sûre. On doit, en effet, considérer comme des modes d'activité supérieurs à tous les autres , ceux de ces modes qui , dans l'ordre des temps , ont précédé les autres ; car ce sont nécessairement ceux-là qui sont les plus importons et les plus essentiels à la conservation des hommes. On doit au contraire considérer comme de moindre ou d'égale valeur ceux qui , dans l'ordre des temps , ont apparu , soit simultanément, soit postérieurement à quelques autres , ainsi que ceux qui peuvent être momentaném^it poursuivis, ou momentanément abandonnés sans qu'il en résulte des accidens graves pour l'espèce humaine. En appliquant ces considérations a tous les modes d'activité humaine sans exception , on eût été assuré , ce nous semble , de trouver quels étaient les modes d'activité primitifs et essentiels. En même temps , on

16 LOGIQUE. FARTIB DOQMATIQUI.

66 fût placé dans une voie excellente , si ce n'est pour atteindre le principe de la certitude, au moins pour s'en rapprocher , car on ne peut douter que la certitude ne soit une puissance qui ait été toujours présente dans Fhumanité , et par suite on ne peut non plus douter qu'on s'en rapproche toutes les fois qu'on élimine un mode d'activité postérieur ou inférieur à un autre dans la durée îles siècles , et toutes les fois que l'on reconnaît et que l'on nomme la manière d'être antérieure la plus importante.

En ellet , eu nous servant nous-méme de ce procédé » nous trouvons que ce qui est antérieur à toutes les choses humaines , c'est le moyen politique ou la manière d'être sociale; c'est la société. Sans elle , point de science, point d'art, point de tradition ; sans elle , l'homme même ne aérait point tel que nous le connaissons. Le mode d'activité par lequel la société existe , est donc le mode d'activité ou le moyen premier et supérieur.

C'eût été déjà avoir fait un pas immense que d'avoir reconnu la certitude sociale comme antérieure et supérieure à la certitude scientifique ou a toute autre, car c'était reconnaître en même temi)S que chaque individu et chaque spécialité devaient déduire leur certitude de celle de la société elle-même, c'est-à-dire se cousidérer comme (parties ou fonctions d'un (Misemble. Nul

BU tAlTERIUM UHIVBRSIL. 17

doute qu'une telle découverte n'eût épargné beaucoup de malheurs à Thumanité , et n'eût écarté beaucoup de mauvaises doctrines , toutes celles, par exemple, qui posent Tégoïsme comme premier principe, ou concluent à cet égoîsme.

Mais ce n'est pas assez que de reconnaître d'une manière générale qu'il y a une certitude sociale , une fois que Ton est parvenu sur ce terrain on est forcé d'avancer, et par suite obligé bientôt de reconnaître que la société ellemême confesse un critérium. Or, où réside ce critérium? C'est évidemment dans la législation. Mais la législation elle-même avoue certains principes dont elle n'est que le développement. Ce seront donc ces principes que l'on devra admettre, provisoirement au moins, comme ce qu'il y a de plus voisin de la certitude.

Nous devons encore nous arrêter en ce lieu pour faire remarquer combien ce genre de certitude est supérieur à celui qu'offre le terrain de la science. 11 est , en effet , facile de prouver que les principes sur lesquels repose l'état social ne sont rien moins qu'arbitraires, plus assurés, plus invariables que toute espèce de conception scientifique. Ce sont , en un mot , des conditions d'existence tellement nécessaires , que la société est menacée toutes les fois qu'elle les met en oubli. 11 est vrai que , parmi les principes que l'on

1S LOGI^'E. FA&T.E »OGM4TIQrz. '

inscrit dans le nombre de ces conditiuiis d*exîs- *^ teoce , il en est qui piruveot tire modifiés oa ^ totalement changés sans que la société soit dé* i truite : il est vrai qnil y a en eux certaines pur- > ties qui ne sont point aussi nécessaires les tmes ^ que les autres. Mais couuuent choisir parmi ces ^ principes ; comment distin^ruer ce qull y a d'es* ) sentiel de ce qu^il y a d'arbitraire et de variable ; en eux ; comment enfin discerner, dans les con- ; ditions d*existence , ce que Ton peut en modifier • ou en changer sans mettre en péril la société , de ce que Ton ne peut ni attaquer, ni même toucher sans un danger imminent ? Cela est possible cer^ taineuient , car on Ta fait nombre de fois ; on a nombra de fois invoqué ce critérium caché pour changer la législation et introduire de profondes modifications dans Fétat social ; il est vrai que Ton s'en est servi toujours sans le nommer entièrement, et sans le définir complètement, queli|uefois même sans en avoir nettement conscience. A cause de cela , il a été possible de se tromper très souvent ; ainsi , d'autres fois on a voulu, du [loint de vue d'une certitude de l'ordre scientifique , opérer des modifications du même genre , autant de fois il est arrivé , ou que la socit'té s'est soustraite violemment à ces tentatives erronées , ou qu'elle a succombé dans Texiiérience. L'histoire nous raconte un grand nombre de révolutions dont les uhes ont été

BU CAITBKIUH UniYEBSEL. 19

avantageiises à la société , les autres nuisibles. EQe nous apprend en même temps que ces dernières ont été toutes uniformément entreprises au nom d'une certitude de Tordre scientifique. Par là nous trouvons la confirmation de ce qui a été dit précédemment, savoir : que la certitude ne réside pas dans la science , et qu'il faut la chercher dans la voie où nous sommes , et dans laquelle nous venons d'avancer presque au point d'atteindre le but. En effet , ce moyen par lequel on prononce sur les principes mêmes de ce qui est le plus essentiel pour les hommes , c'est-àdire de rétat social , ce moyen doit être aussi rapproché que possible du critérium de la certitude , s'il n'est ce critérium même.

Or, ce moyen n'est point la législation , car celle-ci ne peut se juger elle-même. Ce moyen n'est pas la société , car il est prouvé que la société se trompe, et si elle était identique à la certitude elle ne se tromperait jamais , elle ne don* terait jamais. Cependant la société doute et se trompe comme la science et la philosophie. A cet ég^d l'histoire nous apprend que dans les siècles où la question de la certitude tourmente la philosophie , elle tourmente aussi la société. Les mêmes doutes qui troublent la science agitent les nations. À ces époques , à défaut d'un critérium universel on possède un scepticisme universel . On ne croit plus au gouvernement ni

20 LOGIQUZ. PABT» DOGMATIQUE.

à la législation , et le gouvernement aussi bien que le législateur ne croient plus à la société ni à eux-mêmes ; on ne croit plus à la science , ni à Fart , et la science et l'art ne croient plus à euxmêmes. Tel fut rétat de la Grèce il y a vingt siècles; tel est aujourd'hui celui de l'Europe. Parce que la société doute, le problème du criie^' rium de la certitude a encore une fois bouleversé la philosophie et la science.

Puisque la société peut douter d'elle-même et savoir qu'elle en* doute, puisqu'aussi elle peut croire en elle et savoir qu'elle y croit , puisqu'en un mot la société peut se juger elle-même , il faut admettre que le moyeu de la certitude est <|uelquc* chose qui est parfaitement séparé et parfaitement diflérent de la société et de tout ce qui la constitue , quoique constamment à sa portée et toujours présent devant elle.

En eiïet , la certitude et le doute sont des états absolument contraires ; ils résultent de choses qui évidemment sont op[)Osées l'une à l'autre autant que oui et non. Nécessairement donc , ces choses diiïèront complètement de l'être dans le<[uol ellt»s peuvent momentanément résider, dans hMjuel souvent elles alternent et se succèd(Mit. Aiusi le quid i\\\\ sert à chacun |>our juger la scK'iélé, n'est point <]uelque chose qui dépende de l'état social même.

Ile (/!//(/, répétons-le, ne lient point non plus

DU CRITERIUM UniVBRSEL. 21

à rhomme individuel ; ce n*est point une de ses facultés , ni rien qui émane de lui. En effet, nous ayons déjà écarté les moyens de cette espèce , au conunencement de la longue induction que nous poursuivons ici , lorsque nous avons démontré que Fontologie ne pouvait servir de base à la certitude universelle. Nous ajouterons en ce lieu, afin d'ôter tout prétexte au doute, quelques nouvelles réflexions sur le même sujet. Il est clair que si chaque individu de l'espèce humaine gavait en lui une faculté propre à servir de critérium de la certitude , faculté individuelle et enméme temps commune à tous , comme le sont et l'âme et le corps , jamais Fespèce humaine ne douterait ni ne se tromperait ; or, le contraire arrive : l'espèce humaine ne serait pas libre ; elle serait invinciblement entraînée à émettre une opinion et un avis ; or , il est certain qu'elle est libre ^ et il est certain que Fhomme est susceptible de diverses croyances et de diverses opinions. Enfin , c'est précisément lorsque l'individu s'abandonne le plus à lui-même , que la société sonffre le plus , preuve certaine que le critérium n'est point le fait d'une faculté individuelle.

Quel est donc ce quelque chose qui n'est ni la société, ni l'homme; ni la législation, ni la science, ni l'art, et qui cependant les touche également ! Quel est ce critérium souverain dont les hommes perçoivent si bien la présence ou II. I

22 LOGIQUE. PABTIE DOGaATlQCE. m

Tabsence , et dont cependant ils ignorent la Traie ^le place et le vrai nom , s'accordant onifonnémeiit jr à le confondre avec les choses mêmes qnll est al destiné à juger , comme s'il n'était pas absorde ^4 de considérer comme une identité , la chose me- q, sorée et la chose qui mesure , le juge et le cou- ^^ pable , la loi et le tribunal qui l'applique , etc. n Quel est enfln ce critérium dont les hommes peo- s ▼eut conserver ou perdre la mémoire , dont fls ^ sont libres d'user ou de ne pas user , et qulb peuvent en un mot abandonner ou refM'endre, '■. négliger ou employer même sans s'en «rmdre „ compte ? ^

Voila enfin la question posée. 11 s'agit de nommer la certitude, le critérium ^\a méthode générale , universelle , avec laquelle l'humanité a conquis tout ce qu'elle possède , fondement de l toutes ces richesses ; antérieure à la société , à la science , aux livres ; qui a fourni la matière même sur laquelle on a tant raisonné ; qui donne au faible le moyen de juger le fort , à l'ignwant le moyen de juger le savant ; qui peut enfin fono tionner dans l'esprit de chacun , même à son insu.

Cette certitude , comme nous l'avons vu , n'est ^ rien de ce qu'elle juge , et , à cause de cela , elle . est au dessus de la société , de la législation , de l*homme, etc. Or, qu'y a-t^il au dessus de tovt ce qui est humain? La loi de la fonction humaine , la loi qui met cette fonction en hanno-

DU C&ITS&IUII UNIVBR3EI.. 28

Die avec toutes les fonctions qui constituent l'ensaoQble universel !

D 6iiste deux espèces de fonctions » celles qui sont confiées à des êtres libres , et celles qui sont confiées à des êtres non libres ; les premières ont été réservées à Thomme , les secondes sont celles de Tordre brut qu'accomplissent les règnes minml , végétal et animal. Les règnes minéral et yég^ sont soumis à la loi fatale des forces xvengles qui les meuvent ; les animaux sont souf mis à rimpulsion non moins fatale de l'instinct. L'homme seul est libre ; et il est libre uniquement parce qu'il lui est donné d'accepter ou de refiiser la loi de la^^fonction qui lui est proposée^

Mais, quelle est cette loi? c'est nécessairement quelque chose entre l'homme et Dieu. Qr , que peutril exister entre l'homme et Dieu? si ce n'est la \(Â du devoir , la loi de la pratique , la counûssance de ce que l'on doit faire et de ce dont on doit s'abstenir ; la morale enfin !

L'histoire nous apprend en effet que rhuma«> mté n'a pas été mise complètement nue dans le monde; mais qu'elle a reçu sur ce qu'elle devait faire et ne pas faire , un enseignement que chaque père est chargé de transmettre à son aifant. L'histoire nous apprend qu'avec ce seul savoir l'humanité a pu se guider. Celte connaissance a été la lumière qui a éclairé ses pas au milieu des ténèbres d'une nature inconnue. Ayea

Ih LOGIQUE. PART» DOGMATIQUI.

ce seul secours » les hommes ont agi , expéri* ^ mente , créé une mémoire commune à tous ; ib . ont produit avant toute science ce qui paraît le comble de la science , une société ; ils ont accumulé d'immenses matériaux et c'est avec ceux-ci ou par l'observation de ce qui avait été fait pour les acquérir , que plus tard les savans ont for^ muIé des méthodes , et classé les spécialités. En un mot la morale est contemporaine de Thumam'té ; et l'humanité est antérieure à toutes ses œuvres.

On demandera comment la morale peut devenir un critérium et une méthode. Pour répondre il suffit d'observer nos propres manières d'agir , même dans des circonstances minimes. Nous portons tous en nous le secret de la question que Ton nous fait. Nous convertissons la morale en critérium toutes les fois que nous prononçons sur les inconnues en concluant des règles qu'eUe nous impose. Nous la convertissons en méthode d'invention toutes les fois que nous déduisons de l'un des préceptes qui y sont contenus , la série des actes qui sont subordonnés , et que nous en tirons la conséquence que les objets et les moyens de ces actes existent dans le monde extérieur brut ou vivant. Nous la convertissons en méthode de vérification . toutes les fois qu'une conception théorique nous étant donnée , nous en déduisons les conséquences pratiques » et que

DU GUmiUM UllIYimSBL. 25

comparant cette pratique aux prescriptions moraks, nous prononçons que cette dernière y est cQofiirme on contraire.

fl n'y a pour l'homme que trois positions spiritadles on sociales possibles : celle du but auq[Del il croit et qu'il désire ; celle du raisonnement pur lequel il conclut à l'acte conforme au but ; ceDe de Faction elle-même ou de la pratique. Llomme qui n'est point dans l'une de ces trois {K)sitions , n'est plus un être social ; c'est un individu dégradé , inférieur à la bête et de moindre prix qu'elle ; car il est sorti de sa fonction , tandis que celle-ci accomplit la sienne ; n'ayant , d'ailleurs , rien de plus élevé que la bête , livré mi instincts de sa nature animale , courant à sa femelle et à sa proie , soignant ou négligeant ses petits , si'éyeUlant , s'endormant , se colérant , sdcrn que les appétits de la chair ou s'éveillent OH lafendorment ; brute qui n'est capable de quelque chose que pour elle-même. Or , cette vile matière , ce misérable troupeau , n'a jamais été rien dans l'humanité , elle n'a rien produit , rien laissé ; car qui ne pense qu'à lui , meurt tout entier, n est question ici de ceux-là seulement qui (mt j»îs une part dans les choses appartenant à la tradition hmnaine. Examinons ces trois positions de rhomme , d'une manière générale , et voyons ocHument chacune d'elles a pour principe et pour juge la morale.

26 LOOIQUB. rAATIl DOOMATIQUIS. I-

L'homme , s'il n'est une brute , a toujours na^ but. Seulement ce but est individuel , ou sodal.;|[ Dans le premier cas il est bors de la certitude » Uil agit nécessairement contre elle ; car la grandeié certitude formulée et instituée par la morale , ; j c'est qu'il est né pour être en relation avec &»£ semblables. Dans le second cas , il est placé an «^ point de vue du but social ou de l'une des spédft» ^ lités de ce but. Qr , alors quelle autre loi le gDQ- i veme que la morale? celle-ci n'est-elle pas ea ^ effet la loi générale des rapports des hommtt entre eux?

Pour passer du but à la pratique , il faut né» cessairement franchir un intermédiaire, celui du raisonnement, par lequel on proportionpe 860 , actions à la fm que l'on veut obtenir. 1x3 raisonnement peut avoir pour fin seulement un intérât individuel ; dans ce cas , il conclut tout au plus à ^ une expérience personnelle qui ne tarde pas à ; disparaître avec son auteur. Le raisonnement ^ entrepris dans une vue sociale , est le seul qui , pnisse profiter à tous et qui soit de nature à être conservé. C'est cette espèce de raisonnement qui ; engendre la science ; or , la science est de nulle valeur si elle ne conclut pas à une pratique : cha* que connaissance dont elle est composée, a doac été jugée par une pratique ; autrement elle n'aur rait point été conservée , et la tradition l'eût négligée. — Or, quel est le critérium delà pra-

DU CaiTBEIUM UKIVEaSBL. 27

iqùel N'est-ce pas le but , ou la morale ; et par conséquent le juge et la loi générale de la sdeace peut-il être autre chose que la morale ? Tdie a donc été la méthode de Thumanité. De la bi morale elle a conclu à une pratique ; pour atlandre à la pratique , elle a raisonné,, et de là ^gendre la science. La science elle-même a été vérifiée par la pratique , et la pratique par la morale; en sorte que Ton peut dire , que la loi morale est le connnencemeat et la fin de toutes les choses humaines. La morale est donc la vérité universelle , absolue de ce monde , toujours présente, toujours sensible, indépendante du temps et des hommes , séparée de Dieu même (pâ l'a donnée.

D'après ces préliminaires , nos lecteurs savent quel est le résultat que nous nous proposons d'atteindre dans cette première section de notre logique ; ils savent quelle est la certitude , quel est le critérium dont nous voulons démontrer la légitimité et les usages. Us aperçoivent, sans doute, déjà quelles objections nous avons à résoudre , et quels préjugés nous avons à vaincre. En effet , avant nous , toutes les écoles philosophiques ont uniformément enseigné que le critérium de la vérité était de l'ordre scientifique ou rationnel.

98 UIGIQCE.

Eaprodaniaiit, il y a quelques années, que le * critérium était an contraire de rordre pratique , ^ nous nous sommes attendu qull serait géoMkiK ^ lement aecepté par tous les h(Hnmes qui se li* ' Trent activement à la culture d*une sciaice on d'un art , par tous ceux qui s'occupent de questions politiques ou sociales; tous ceux enfin qui agissent , c'est-a-dire , par la très grande majorité. Biais nous avons craint qull ne fût généralement repoussé par ceux qui s'adonnent à la spéculation pure. 11 s'est trouvé que nous ne nous sommes trompés , ni dans notre attente , ni dans nos craintes, quoique celles-ci fussent exagérées. Cependant , il nous a suffi presque toujours , jusqu'à présent , pour vaincre les répugnances , de développer les motifs et les usages du critérium i que nous proposons. Biais , en ce lieu , nous ne pouvons borner notre travail à une simple exposition de ce genre. 11 est nécessaire de prévoir les objections et les doutes ; il est nécessaire de ne laisser, s'il est possible , aucun prétexte aux opinions opposées. Notre marche sera moins rapide et moins facile ; mais aussi plus sûre. Nous ne pouvons apporter trop de soins pour hâter le moment où sera généralement adopté un principe qui nous semble le complément du catholicisme dans l'ordre philosophique et scientifique et de nature à étendre la souveraineté du Christianisme à toutes les espèces de questions.

se cniTEmiuM uhiveasel. 29

Mous avons disposé les paragraphes qui vont suivre comme les termes d'mi raisomfiement dans leqfod nous nous proposerions de conduire le ledenr^de Tacceptation de quelques principes preiiii^*s , à la reconnaissance d'une vérité définitive.

§ K — LE CRITEIUUM DE LA CERTITUDE EST DE L'imDRE DES CONNAISSANCES ENSEIGNÉES.

D nous semble qu'on a le plus souvent confondu l'idée de la possessicm d'un principe de certitude , avec celle de la possession du principe de la vérité elle-même , ce qui est absurde , car c'est placer l'homme sur le pied d'égalité avec Dieu quant à la connaissance ; c'est supposer qu'il a été donné à l'homme de savoir plus qu'il ne lui est nécessaire , en un mot de savoir l'infini , ce qm évidemment n'est pas vrai ; c'est admettre on Dieu mort en quelque sorte , immobile , ne produisant plus rien dès qu'il eut produit notre globe et l'homme, c'est-à-dire refuser à Dieu une qualité qui est en synonymie parfaite avec l'attribut d'être créateur et infini , celle d'agir infiniment dans des directions infinies, etc.

11 nous semble encore qu'on a le plus souvent procédé , dans le sujet dont nous nous occupons, comme si l'on allait à la recherche d'une essence, et comme si la certitude était une essence. Ainsi

30 LOGIQUE. PARTIB DOGMATIQUE.

on a voulu expliquer ce que c'était que croire , connaitre , etc. ; on a voulu nous dire pourquc et comment on croyait et on connaissait , etc. Un grand nombre d'auteurs modernes ont placé là le problème de la certitude, et ils en ont fait par suite un problème d'infaillibilité. Parce qu'infailliblement , agir, c'est agir, croire , c'est croire, etc., ils ont affirmé qu'on était certain de la même manière ; et comme agir et croire sont des facultés , ils ont affirmé que la certitude était une faculté , la vérité une faculté , etc.

De là d'abord la doctrine du sens intime , pré« sente comme juge de la certitude ; mais savoir que nous sentons et que nous agissons , ce n'est pas savoir que nous sentons bien et que nous agissons bien. D'ailleurs sent-on toujours que l'on sent , que Ton agit , que l'on croit ; a-t-on toujours un sentiment parfait , une conscience parfaite à cet égard? Non certainement. Nous citerons dans cet ouvrage des cas qui ne laisseront point de doutes sur ce sujet. En outre , que chacun s'observe , et chacun pourra se rendre témoignage que , dans une partie de sa vie et dans un grand nombre de cas , il a senti , agi , cru , etc. , sans en avoir immédiatement la conscience intime. Presque toutes les fois même, si ce n'est toutes les fois , que l'on a produit un fait , sans cependant en conserver un souv^ûr, il en a été ainsi. Cela arrive ordinairement dans

mj CRITBEI1IM UHIVBBSBL. Si

l'état de somnambiiïîwne , de sommeil , de dé* lire , et même de l'exaltation la plus régulière, n n'est pas sans exemple de rencontrer des hommes qui , dans une bataille , ont fait des actes remarquables et du plus grand courage , doBt eux seuls n'ont point eu conscience , et dont ils n'acquièrent le souvenir que sur le téoKMgnage des autres.

Dans la voie que nous critiquons , on a encore propose la doctrine des certitudes ou des idées innées. Cette doctrine est en contradiction avec le fait général que les honmies manifestent des idées diverses et même des idées opposées, oonune oui et non , vrai et faux. Il suffirait de montrer un seul homme qui ne fût pas d'accord avec ses semblables, pour démontrer l'erreur du système, et on peut en montrer des millions. Aussi les philosophes qui ont adopté cette théorie , ont réduit les idées innées à quelques unes de principales seulement ; mais l'objection reste toujours , car on trouve des hommes qui n'ont pas même ces idées d'élite , non parce qu'ils les ont rejetées , mais parce qu'ils ne les ont pas reçues. On peut citer aujourd'hui des incrédules par cette dernière cause , incrédules qui le sont de naissance en quelque sorte. D'ailleurs une certitude, en tant que cwtitude , n'est pas nécessairement un critérium. On peut posséder mille certitudes sans savoir que ce sont des cer-

s 2 LOGIQUE. PARTIS DOGMATIQUE.

titudes , précisément parce que Von ne possède pas de critérium pour les juger.

Enfin , dans la voie dont nous nous occupons , on a fait de la vérité un être , et par suite on a dit que la certitude existait en nous comme être. Nous n'avons à présenter à cet égard d'autres objections que celles précédemment énumérées, car tous nos argumens se réduisent en définitive à celui-ci : Les hommes se trompent » donc la vérité ne réside pas nécessairement en eux.

Toutes les écoles dont il vient d'être parlé, ont été hors de la vérité parce qu'elles étaient hors de la question. Leurs prétentions ont été trop grandes. U s'agit pour nous , non pas de savoir ce que c'est que la vérité en elle-même , mais quel est le moyen de discerner la vérité.

L'homme est un être libre , appelé à choisir entre le bien et le mal , exposé au vrai comme au faux. Il a besoin d'un moyen propre à guider ses choix et à les rendre certains. L'idée et le fait de la liberté humaine, emporte celle du choix ; celle du choix emporte celle de plusieurs moyens , et entre autres d'un moyen de choisir; mais en même temps aussi l'idée de liberté emporte celle que l'homme est libre dans l'usage qu'il fera de son critérium.

La question du critérium de la certitude n'est pas dans la solution de l'essence même de la connaissance, car l'homme connaît le mal et le

BU C&ITB&IUH UNIVBA8EL. 23

(aux de la même manière dont il connaît le bien et le vrai. Le fait spirituel est , également , dans ces deux cas , quelque chose de substantiel ; les connaissances diffèrent , mais les voies ontologiques de la connaissance ne diffèrent pas.

La question du critérium de la certitude, quant à l'homme , n'est point résolue par l'admission des idées innées, ni par celle d'une faculté innée ; car en supposant celles-ci réellement existantes» on trouve : on qu'elles détruisent la liberté de llionune , ce qui est faux ; ou qu'elles laissent llndividu libre, et l'on reconnaît que , dans ce cas , il a besoin en outre d'un critérium pour joger de la valeur de ces idées.

n faut donc revenir à des considérations plus positives et plus en rapport avec la condition de l'homme sur la terre. Or, de ce que l'homme est laissé libre de choisir entre le vrai et le faux ; de ce que l'homme , en divers lieux et en divers t^nps , pense et agit de diverses manières ; de ce qu'il y a des hommes qui se trompent , dans one certaine direction , pendant toute leur vie ; de ce qu'il y en a d'autres qui se trompent rarement , ou autant vaut dire jamais ; de ce que l'homme apprend toutes choses , le vrai comme le faux ; on est , selon nous , obligé de conclure que le critérium de la certitude est de V ordre des connaissances enseignées.

On nous demandera sans doute comment , si

34 LOGIQUB. VAETII D0QM4TIQUB.

rhomme n'a pas naturellement la certitude , il se fait qu'il peut la reconnaître, et l'on nous fera de cette question une objection. Nous pourrions écarter cette difficulté en répondant que l'honume ne sait pas encore , aujourd'hui , reconnaître la certitude; car, bien qu'il la possède, il ne saurait même la nommer. Mais nous pouvons aussi satisfaire complètement à la question. Dans ce but, il nous suffira de faire observer que l'homme accepte le critérium de la certitude , de la même manière qu'il accepte toute autre idée. Là*dessus, on nous interrogera sans doute de nouveau , et l'on nous demandera comment l'honmie peut distinguer le vrai du faux, en un mot, reconnaître que telle idée est la certitude et non pas le faux? Nous répondrons l'^que l'homme ne distingue pas toujours le vrai du faux, et la preuve c'est qu'on peut lui enseigner un crîlerium faux. On ne manque pas d'exemples à cet égard ; les tribunaux jugent tous les jours des individus qui ont eu le malheur d'un pareil enseignement ; tel était entre autres cet ex-magistrat auquel un procureur-général reprochait de ne pas avoir le sens moral ; tels sont ces gens dont tout le monde a rencontré quelqu'un , et qui ont , comme on le dit , l'esprit faux.

2* Ce qui fait que l'homme s'aperçoit qu'il a un critérium faux , c'est qu'en agissant il se fait mai ou s'en fait faire ; et s'il l'a faux en toutes parties

DU C&ITB&IUM URIVEISEL. 35

il se toe. En effet , il n'est pas vrai , comme Faffirme une ancienne définition scholastiqne , qne le faux on Terreur ne soit rien de plus que le néant ; le faux est quelque chose de très réel , qaant aux hommes ; c'est le mal , la souffirance , la stérilité , et souvent une mort douloureuse.

On nous objectera encore , que Thomme peut sentir qu'une chose est certaine , de la même * manière qu'il sent son existence , ou qu'il a conscience de lui-même ; mais nous dirons d'abord que, dans une hypothèse pareille, il faudrait reconnaître que tout sentiment est une certitude. Ensuite , nous adressant aux opposans : êtes- Toos bien sûrs , leur dirons-nous , que l'homme ait le sentiment de lui-même, c'est-à-dire la conscience de son moi , en vertu d'une connaissance congéniale en quelque sorte , et non enseignée? Il y a beaucoup de rais(»is pour en douter. En effet , dans la métaphysique vulgaire on admet que le moi ne peut avoir conscience de Im-même , s'il n'a le sentiment du nan^moi. Or, leium-mot est certainement une chose enseignée, car c'est une notion qui vient de l'extérieur. Donc à fortiori le moi est une notion résultant d'un enseignement. Nous ajouterons enfin, qu'en beaucoup de circonstances , on peut se rendre témoignage qu'on n'a pas conscience de soimême, par exemple, dans les rêves, la syncope , etc. Nous citerons , dans cet ouvrage , des

observations où l'on verra que l'absence de ce sentiment a été quelquefois manifesta. L'assertion que nous émettons en ce lieu , laissera certainement le plus grand nombre de nos lecteurs dans un grand embarras , mais ce n'est pas ici le moment de nous expliquer ; nous les renvoyons à l'ontologie.

11 nous semble que les réponses précédentes suffisent pour écarter le doute à l'égard de notre afiirmation sur l'origine du critérium; cependant nous ne l'avons démontré encore que négativement en quelque sorte, c'est-à-dire par l'absurde ; il nous reste à émettre une preuve positive. Or, de ce que le vrai comme le faux s'enseignent , de ce que le vrai comme le faux » c'est-à-dire la présence ou l'absence du véritable critérium sont concordans à la présence ou à l'absence de certains enseignemens, il nous semble qu'il est impossible de conclure autre chose sinon , comme nous l'avons dit , que le critérium de la certitude est du nombre des connaissances qu'on enseigne. Reste à savoir quelle est cette connaissance et dans quel ordre d'enseignemens elle réside.

vu CAITBBIUM UlfiyiRfEL. 17

§0. — IM CRITERIUM DE LÀ CERTITUDE k'eST POIIIT UHE COIVNAISSANCE DE l'oRDRE ONTOLOGIQUE ET SCIENTIFiaUE » MAIS UNE CONNAISSANCE DE l'oRDRI; PRATIQUE.

nfautcommencerpar définir les mots, et fixer le sensquenous y attachons pour l'usage que nous en ferons en ce lieu. Par ontologie nous enten-* droDS la connaissance des êtres existans, abstraction faite de leurs actions ou de leurs rapports réciproques. Par science, nous entendrons les ^dations faites sur Tesseuce ou les propriétés de ces êtres , considérés isolément (m en euxmànes. Enfin , par pratique » nous entendrons directement Vopposé de ce qui est signifié par les deux mots précédons , c'est-à-dire les acticms ou rapports réciproques des êtres, abstraction faite de l'essence et des qualités de ces êtres, abstraction faite de toute spéculation établie à ce sujet. Il est bien entendu que le sens que nous prêtons à ces diverses expressions, est relatif seu^ lement à l'usage que nous allons en faire ici. Ce sens a été généralement reçu ayant nous dans la question que nous traitons ; nous nous conformons donc pour un moment aux habitudes de la philosophie gréco-romaine que l'on a importées dans le langage moderne. Plus tard nous emploierons tous ces mots dans l'acception que,

tl

18 loatqvK. faetib dogmatique.

selon nous , ils doivent avoir, et que la pratiquai vulgaire leur a déjà attribuée. Mais entrons dans,; la discussion.

L'h 'mme n* est point un être absolu. 11 est dé- . pendant , de toutes manières et a tout instant » du milieu dans lequel il est placé , ainsi que des ^ rapporUi qu'il (ierçoit et qu'il subit. L'homme ^ est un être relatif. Si donc il existe une connais- . sance absolue que Ton puisse appeler une certi- ^ tude, une connaissance qui ne trompe jamais» et soit de nature à nous conduire toujours sûre- , ment au sein de nos relations innombrables ; a , cette connaissance absolue exisle, évidemment ^ ce n*est pas Thomme qui se Test donnée luimême ; pour se l'avoir faite il faudrait que cet étro relalif eût au moins connu toutes les relatiuMs qu'il peut subir, chose qu'il ne sait pas en- . core après plus de cinq mille ans de tradition; c'est-à-dire qu'il faudrait qu'il eût su avant de , savoir, ce qui est impossible ; Thomme a donc reçu cette connaissance ; elle lui a été donnée.

Or , en supposant que cette connaissance ait été octroyée par un être bienveillant et prévoyant , cet êti*e a dû nécessairement donner i riiomme la coimaissance dont celui-ci pouvait tirer le meilleur et plus avantageux usage, daoi roi*di*e de ses relations.

A quoi lui eût servi le savoir ontologique Umt seul ? à rien ! — Eu eU'et , supposez qu'on lui ait

nu CAITKEIOII UBITS&BEL. 39

^pprisqiie Dieu existe , que le soleil et les pla« ito existent, etc.; quelle pratique immédiate jooFait-îl tirer de là ?

0 était plus simple et meilleur de -«^ire à liûmme : ta feras cela ; et tu t'abstiendras de cela; autrement, il t'arrivera telle chose. Or , ceci est une connaissance de Tordre pratique. Ced, il est vrai, suppose ou plutôt commandé des qieculations scientifiques ; mais ce n'est ni de la «âence, ni de l'ontologie ; c'est de la pratique ou de la morale.

n est d'expérience , au reste » et l'histoire est la pour en faire foi , que le savoir ontologique ne dispense pas du savoir pratique ; tandis que le savoir pratique , sans savoir ontologique , suffit pour guider les hommes et les nations. '*

Jugeons , d'ailleurs , le fait par ce qui se pàiise ordiiKiirement et à tout instant dans chaque iHHDme. L'homme raisonne et fait de l'ontologie à Unis momens : mais, pourquoi? pour agir, pour pratiquer. — Par quoi décide-t-on de la JMesse d'un raisonnement? par la pratique. — Par qu(H juge-tron de la bonté d'une pratique? par la règle absolue de cette pratique , c'est-àdire par la morale. — Par quoi juge-t-on de l'ontologie? par la pratique , et par conséquent encore en définitive , par la loi de la pratique , e*est^à-dire par la morale.

Entrons dans un autre système de ecmsidér»»

40 LOGIQUE. PARTIS DOGMATIQUE. ic

lions , nous trouverons encore que le meilIearK critérium doit être de Tordre pratique. %

Il faut distinguer l'être proprement dit , caaak^d déré en lui-même , et abstraction faite de toutes relation , de l'être agissant et en relation. L'être/! dans un cas et dans l'autre , est , sans doute , ton-^^ jours le même : mais il ne donnera pas liev^ à des considérations semblables; sa positicmne^ se ressemble pas : ce qui suffît à un être immo» bile et isolé,, ne suffît pas à un être en activité et en relation.

Ainsi 9 il faut distinguer l'homme considéré en lui-même et isolément, de Thomme en activill et en relation. Tant que l'homme est immobile; ^ tant qu'il n'agit pas, il n'a besoin d'aucun savoir. ,^ Les forces qui l'ont créé suffîsent à le conserver; ^ il est alors , comme l'embryon dans l'œuf, net ^ de plus qu'une existence entretenue par des foreei à l'égard desquelles il n'a rien à prévoir ni riei à choisir. Mais, lorsque cet homme se met à ag^ il n'en est plus ainsi ; dès qu'il entre en relatiot ^ avec d'autres êtres, il a besoin de faire des cboil» il a besoin de prévoir; ou , en d'autres termes»! a besoin d'un savoir de nature à le guider dans ^ ses relations.

Or , de quelle espèce peut être ce savoir? 11 eH impossible qu'il consiste dans une connaissanoi de l'ordre purement ontologique ; car celle-ci hi apprendrait seulement ce que sont les êtres iso>

BU CBiriaiUM UlflVBRtEL. Ai

lés, TUS en eux-mêmes , et les forces qui les con- Iseirent ; c'est-à-dire rien sur les relations ; et cependant ce qu'il faut à l'homme en activité , c'est im savoir applicable à ces relations mêmes. Cette tonnaissance nécessaire pour le guider, sera Jonc de l'ordre pratique. Toute autre espèce de connaissance ne pourrait lui servir de critérium; die serait insuffisante et par suite inutile. Noos allons éclaircir ce raisonnement par un ^ exemple :

Dans tous les ordres de faits , on cherche la loi non dans la connaissance essentielle des êtres 1 qiû sont l'occasion de ces faits , mais dans les 1 rapports réciproques de ces êtres entre eux. C'est [ m étudiant les rapports des êtres qu'en physique on est parvenu à reconnaître des lois exactes ; et par ces lois , on est arrivé à découvrir des êtres que l'on ignorait complètement auparavant. Quant aux rapports de ces êtres entre eux , l'homme ne les a perçus lui-même que par les contacts qu'il a eus avec ces rapports eux-mêmes. Ainsi , tout est mouvement , activité , relations dans ce monde ; il n'y a rien d'immobile , ni d'indépendant , ni d'isolé ; toutes choses oi)èrent en quelque sorte selon une pratique propre à chacune d'elles. Or , l'ontologie ancienne représente seulement les parties de ce monde considérées dans l'isolement, abstraction faite des relations ; la pratique , au contraire , s'il est

ftS LOGIQUE. rAETlB DOOMATIQUI. t

jierfDÎs d'employer ce mot quand il s'agit d'êtm[|| brute , représente les êtres en action ou plntAt, les actions de ces êtres. Aussi , c'est la , nous k. répétons , que la science moderne a été chercher^ la connaissance des lois qui gouvernent la oa-. ture; et c'est la aussi qu'il parait le plus c(mYe>. nable de chercher la loi des destinées humainei^ s'il <;n existe une semblable. La loi de la graTh^ tation est une loi de rapports; la loi séridle».^ la loi circulaire sont des lois de rapports ; pourquoi en serait-il autrement du critérium delà certitude , c'est-a-dire de la loi propre aux étrei^ libres? Comment serait-il possible que celle-ci ne., fût pas également une loi de rapports? En cette circonstance , l'analogie ne nous trompe point; elle est parfaite. En eil'et , qu'est-ce que l'homme ainsidéré dans sou être isolé? Une puissance», sans doute, un ensemble de facultés! Mais une puissance dont il nous manque la moitié ou plus . (pie la moitié, c'est-à-dire les relations et la ré- ^ Kul tante de ses relations. Mettons même que^ nous sachions (|uelles sont ses relations ; nous ne ^ posM-derons pas encore la vérité ; car cette vérité ' ne? peut être que la résultante des relation!^ multiples de toutes les puissances semblables OB diverses (|ui doivent se trouver en action les unes il r<'*gard d(*s autres. Ainsi , nous voilà de nouveau rament^'s à chercher la loi de l'activité humaine , dans l'onlre des faits qui se mauifesteat

DU cmrrBRroa vhitersil. 4|

àtns l'action ou au contact des êtres, c'est-à-dire dans Tordre pratique.

Donc, le critérium de la certitude doit être «ne vérité de Tordre pratique.

Autre argument. — I/bomme est libre dans ses pensées aussi bien que dans ses actes. Tant que l'honune tient enfermées en lui-même ses conc^tions ontologiques ou ses projets , elles impartent peu à lui-même et aux autres ; elles n*ont aucune influence sur la vie temporelle. Hais s'il les émet extérieurement il n'en est plus ainsi ; s'il s'est trompé il recueillera des résultats malheureux pour lui ou pour les autres. Ce qu'il demande donc , ce qu'il recherche , c'est un moyen d'être assuré sur les résultats. Or , si ce moyen était une connaissance de Tordre simplement ontologique , elle ne lui apprendrait rien de certain sur les résultats de ses actes. 11 serait toujours obligé de franchir l'intermédiaire même qui Ta déjà trompé , celui du raisonnement. Pour lui enseigner à l'avance quelque chose sur ce sujet , il faut que la connaissance se rapporte aux actes , c'est-à-dire à ses relations avec le monde extérieur.

L'homme est libre. Or , il est impossible que la matière du choix soit dans l'ontologie, car celle-ci est quelque chose d'arrêté et d'absolu. La matière du choix ne peut être que dans les relations qui ne sont pas elles-mêmes des choses^

kk LOGIQUE. rA&TIl DOGMATIQVK. 1

plus arrêtées que le choix même. Doncle criie^ i rium de la certitude , pour un être libre dans se» -, relations comme l'homme, doit être cherché ^ dans l'ordre pratique.

Si le critérium était une connaissance ontologique, cette connaissance serait absolue; elle nous asservirait ; l'homme ne serait pas libre. Si ^ elle ne nous asservissait pas , c'est-à-dire si elle ' laissait place à la liberté des conceptions et des ^ actions, c'est qu'elle serait incomplète , fausse, et partant sans conséquence. Ainsi le critérium ^ de la certitude , précisément parce qu'il ne nous ^ 6te pas la liberté , tout en étant complet et vrai , n'appartient pas à Tordre ontologique.

Enûn , la chose demandée est un moyen pratique. Le mot critérium emporte cette idée , et . ridée elle-même emporte cette définition.

Aussi , nous concluons . que le critérium de la certitude est une connaissance ou une loi de Tordre pratique.

§ III. — UN CRITERIUM UNIVERSEL NE PEUT ÊTRE qu'un PRINCIPE DE CERTITUDE UNIVERSELLE.

On entend par le critérium universel (1), la règle de la vérité , le moyen de juger certaine^

(\) Critérium f du mot grec Kf iviiv, juger, choisir.

vu C&ITB&IUM UniYEABBLk ki

tûmi des choses , une mesure à lac[uelle on péat comparer toutes ses conceptions et tous ses actes poar en connaître exactement et assurément la Yaleur. Or, il serait absurde de dire qu'une chose universelle ne fût pas une certitude ; car il ne peat y avoir rien au delà ou en deçà de Tuniversalité. La proposition contraire serait indémontrable en langage humain. 11 est possible d'objecter , sans doute , que ce critérium n'est universel que quant au point de vue humain ; mais il faut remarquer alors qu'il en serait de même de la certitude ; elle n'existerait aussi qu'au point de vue humain ; et la même universalité serait le partage de l'un et de l'autre.

Personne n'a jamais contesté la concordance que nous a£Srmons ici et qui va nous servir de point de départ. Cependant les mots certitude et critérium ne sont pas de parfaits synonymes ; ils dé^guent deux aspects du même fait. La certitude s'entend surtout du principe auquel on doit acquiescer absolument; le critérium s'entend particulièrement du principe de certitude mis en action.

Remarquons encore une fois que , dans la recherche dont nous nous occupons , il ne s'agit nullement de savoir ce que c'est que la certitude

en soi (1). Non seulement il importe peu de con-

(1) Lesscholastiques distinguaient trois espèces de certî*

ft6 LOGIQUft. VAETII DOQHATIQUI.

naître en quoi consiste la modification de Tâme , qui constitue la manière d*étre que Ton appelle certitude ; mais de plus , il est impossible d'être jamais instruit , même incomplètement , sur ce sujet ; c'est , en effet , une de ces questions d'essence dans lesquelles la science s'est depuis longtemps déclarée incompétente , et sur lesquelles il ne nous est pas permis d'atteindre à plus qu'à des hypothèses sans preuve , et partant sans fécondité. Ce serait là cependant le véritable problème ontologique , dans le sens que les anciens attachaient à ce dernier mot. Mais il serait aussi absurde de se demander en quoi consiste essentiellement la modification spirituelle que Ton nomme certitude , que de rechercher en quoi consiste celles que l'on appelle doute , croyance ,

tudcs: la certitude formelle, certUudo formalis; la certitude sui)jective, ceriUudo tubjectiva, et la certitude objective^ ccriïtudo objectiva, La certitude formelle ou de l'acte était définie une ferme adhésion de l'intelligence à quelque objet comme connu, ou à quelque connaissance. Dans cette certitude on distinguait celle du connaissant et du connu; enfin c'était sous le titre de cette définition qu on inscrivait la distinction en certitude morale, physique et métaphysique dont il a été fait mention dans le volume précédent. On définissait la certitude subjective , une ferme adhésion de Tintelligence à quelque objet. La certitude ob* jective était l'acte de l'esprit par lequel un objet était représenté.

A9 «aiTSBItJM UUlTBaSSL. 47

ou toute antre de celles en vertu desquelles est Année une idée quelconque «

Considérée quant à ce qui la constitue ^iritoellement , on ne peut affirmer de la certitude rien de plus que ce qui a été dit de Tidée dans le volume précédent ; savoir, que c'est un acte affirmatif de la force spirituelle, opéré en vertu d'une notion préexistante.

Considérée quant à la notion préexistante qui la détermine , on peut dire qu'elle est Teffet de la notion du devoir, qui a été précédemment enseignée , ainsi que nous espérons l'expliquer dans notre ontologie.

Mais vouloir pénétrer au delà , ce serait prétendre à la connaissance de la substance spirituelle elle-même , ce qui serait absurde et impossible.

11 ne nous est pas donné de connaître plus que les rapports des êtres et leurs modes d'activité. Aussi , nous le répétons , la recherche dont il s'agit en ce moment , quant au principe de la certitude , n'est point relative à la découverte d'une substance , d'une essence , comme nous y obligerait la question que nous venons d'écarter ; mais à trouver le moyen dont la présence et la certitude se manifestent dans les rapports que les hommes ont , soit entre eux , soit avec le inonde , soit avec Dieu , moyen par lequel ils décident avec assurance de la vérité de toutes

as tOQÏQUB. FA&TIl DOGMATIQVV.

choses. Il s'agit , en un mot , de trouver quelque chose de pratique qui existe assurément , c'està-dire un critérium dont les hommes n'ont cessé de faire usage , bien qu'ils en ignorent encore l'origine.

, § IV. — DES CONDITIONS d'uN PRINCIPE DE

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