CERTITUDE UNIVERSEL
Le principe de certitude n^est point absolu , il n'est point universel , s'il n^est pas préexistant à toutes choses humaines , s'il nW pas invariable comme la vérité, s'il n'est pas applicable à toutes choses.
En effet , si ce principe n'était pas antérieur à l'état social , on pourrait dire qu'il y a une autre vérité , celle sur laquelle est fondé l'état social. S'il n'était pas préexistant au langage développé, ou plutôt en simultanéité avec les principes du langage , on pourait dire qu'il y a une autre méthode , celle qui est enfermée dans le langage. S'il n'était pas antérieur à toute connaissance et à toute pratique , on pourrait dire qu'il y a plusieurs autres certitudes , et qu'il n'en existe pas d'universelle.
De même , s'il était sujet à varier, on pourrait assurer qu'il n'existe pas , car la pluralité exclut l'unité.
n faut pour mériter le titre d'universel , que
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ce principe soit applicable à toutes choses , aux questions les plus élevées comme aux plus vut gaires; intelligible à tous, aux plus habiles comme aux plus simples ; car autrement il faudrait reconnaître plusieurs certitudes.
Enfin , il faut que ce principe de certitude contienne, en quelque sorte en lui-même, sa propre démonstration; il faut que toutes les preuves s'en trouvent dans Tusage même qu'on en fait , la nécessité qu'on en éprouve et la fé* condité qu'on en retire ; en un mot , en ce que l'on en obtient tout ce qu'il promet; autrement il y aurait évidemment un autre critérium que celui proposé.
C'est avec ces axiomes incontestables sur la certitude , que nous allons juger les différens critérium reçus en philosophie.
§ y. — TOUS LES PRINCIPES DE CERTITUDE ADMIS
jusqu'à ce jour, sont DE l'ordre ontologique OU scientifique.
Toutes les doctrines sur la certitude proposées jusqu'à ce jour, offrent ceci de remarquable , qu'elles n'ont pu être conçues que dans un système ontologique déterminé; qu'elles ne sont complètement admissibles que dans une opinion ontologique également déterminée ; enfin qu'elles ne sont , en grande partie , démontrables que
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comme conclusion d'une certaine hypothèse ontologique. C'est ce qui nous a fait dire que , jusqu'à ce jour, toutes les écoles philosophiques ont enseigné que la certitude émanait d'une connaissance de l'ordre ontologique ou scientifique. En effet , il est généralement reçu que la règle de la pratique , c'est-à-dire la morale , doit être une déduction de l'ontologie. Je ne crois pas que quelqu'un , avant nous , ait contesté cet axiome philosophique.
Nous allons passer en revue les moyens de certitude qui sont actuellement en usage; non seulement nos lecteurs pourront y appliquer la remarque précédente , mais encore ils auront l'occasion d'observer, ou que ces divers moyens, s'ils sont, en effet, des certitudes, sont pour ainsi dire des certitudes mortes, sans application aucune , ni à la science active , ni à quoi que ce soit qui touche la pratique , et par conséquent n'ayant point une valeur de critérium ; ou que , s'ils peuvent être de quelque utilité dans la pratique , ils sont eux-mêmes , sous certains rapports , dépourvus de certitude ; en sorte qu'en 8*en servant , on éprouve le besoin d'une autre règle pour en juger le mérite. Nos lecteurs verront enfin que ces moyens ne satisfont jamais entièrement aux conditions fixées dans les paragraphes précédens.
Nous diviserons notre examen des enseigne-
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mens modernes sur la certitude en deux parties ; dans la première, nous nous occuperons de l'école théologique , et dans la seconde nous parlerons des diverses écoles rationalistes. Nous négligerons complètement toutes les écoles qui ont prqposé , comme moyen universel ou général de certitude, quelques uns des procédés secondaires de la logique, soit l'observation, soit Texpérience , soit le raisonnement , etc. Il a été question de ces procédés précédemment ; ils sont d'ailleurs usités par tout le monde , dans toutes les écoles^ quel que soit le critérium universel adopté; nulle part on ne les rejette absolument ; partout on s'en sert comme de méthodes secondes. Les hommes qui les ont préconisés à titre de critérium universels, évidemment, ou ignoraient la question, ou ne voukdent pas la connaître. Nous passerons donc sur ces choses et nous entrerons de suite en matière.
Les théologiens affirment que toute certitude émane de la révélation. A cet égard , nous n'avons aucune contestation à élever ; cette vérité , selon nous , est hors de doute ; nous y croyons fermement , et nous y donnons même une ex^ tension que tout le monde est loin d'admettre , car nous pensons que, sans la révélation, l'houune ne saurait rien sur rien , pas même sur son existence personnelle ; mais telle n'est
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point ici la question. Il s'agit de reconnaître oe que les professeurs , après ce premier principe posé , enseignent sur la certitude. Or, la révélation contient tout : elle est relative aux actions humaines, c'est-à-dire qu'elle contient la morale ; c'est même , à y bien regarder, ce qui y domine ou y apparaît en quelque sorte uniquement au premier coup d'œil ; la révélation en outre est relative aux principes du langage , on , en d'autres termes, elle est faite par la parole; elle contient donc la loi du langage ; la révéla- ^ tion enfin est relative à l'ontologie , car elle est faite par un être à des êtres , et suppose virtuellement un grand nombre d'autres existences. D semble que la théologie eût dû prendre pour principe de certitude tous ces eiiseignemensen même temps. En effet , l'Église agit ainsi ; ce fut ainsi que furent établis les dogmes qui sont reçus parmi nous comme articles de foi ; mais œ ne fut pas complètement de cette manière que procédèrent les théologiens en philosophie ; ils firent prédominer l'ordre des considérations ontologiques; ils donnèrent à celle&ci l'importance première , et ils présentèrent toutes choses comme conséquences de l'ontologie. Enfin, le critérium qui ressortit de leurs travaux ne fut point de l'ordre prati(|ue , mais de l'ordre ontologique et scientifique , ( oipme on va le voir dans un instant. On s'étonnerait que l'interven^
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lion des théologiens daus la philosophie n'ait poiot eu pour résultat d'y faire prédominer un autre ^[iseignement quant à la certitude , lorsque Ton remarque que la doctrine révélée consiste surtout en préceptes et en exemples relatifs à la pratique ou à la morale , tandis que l'ontologie ne s'y trouve qu'accessoirement indiquée ; on s'étonnerait que le caractère véritablement principal de la révélation ait été considéré comme raccessoire , tandis que l'accessoire réel était pris pour le principal , si l'on ignorait combien est puissante une habitude reçue. Or, pour expliquer ce fait , il suffit de se rappeler la longue domination des méthodes gréco-romaines , dans lesquelles il était d'usage de déduire la morale de la science. Les théologiens ne pouvaient se conformer absolument à cet usage , sans nier, en beaucoup de cas , la révélation elle-même ; mais toutes les fois que celle-ci ne prononçait pas positivement , ils ont procédé h la manière des Gréco-Romains ; de plus , ils ont tellemeni disposé les matériaux de l'enseignement , qu'il semblait que la morale découlât du dogme , et cela même est passé en axiome , et nous a été maintes fois opposé.
Cette conception que le dogme engendre la morale , a été d'ailleurs favorisée par une habitude logique qui est propre à l'homme , et inhérente à son langage , savoir : que l'être qui