IDÉES
Dans la première partie de la logique , nous avons défmi l'idée un acted'aflirmation, en vertu d'une notion préexistante. Il s'agit de savoir maintenant si cette notion initiale est de l'ordre moral ou de Tordre ontologique.
Pour reconnaître que cette notion initiale n'est point de l'ordre ontologique , il ne faut que constater quelles sont les espèces d'ailirmalious que l'enfant prononce d'abord , vi (|uelles sont
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es espèces d'affirmations les plus communes :hez les peuples primitifs ou dans l'état de <^ivili- >ation commençante. On remarquera alors que toutes les idées propres à l'enfance ne sont chacune jamais plus , ou jamais moins que l'affirmation d'une relation. On verra la même chose dans les civilisations primitives ; le plus grand nombre des idées , si ce n'est toutes , expriment la notion de rapport. Que perçoivent, en effet, d'abord et l'homme et l'enfant ? Ce sont des rapports ou des relations. Quelque hypothèse que l'on fasse sur l'origine des idées , on est obligé de reconnaître ce fait , et par suite que , s'il existe un critérium , il faut , pour qu'il soit applicable , que ce critérium regarde ces relations. A quoi servirait , en effet , une connaissance purement ontologique? On connaîtrait des êtres et des essences , sans doute , mais il faudrait déduire , par voie de raisonnement , les relations qui doivent émaner de la combinaison des diverses propriétés connues de ces êtres. Or, ce travail n'est pas encore fait aujourd'hui ; bien plus , on l'a abandonné parce que l'on a reconnu qu'il était au dessus de nos forces et qu'il ne nous conduisait à rien quant à la connaissance qui nous importe , celle des relations. Est-il probable que l'enfant en naissant ou l'homme en commençant la vie adulte soient , à cet égard , plus habiles que l'humanité entière ne l'a été jusqu'à ce jour? Et
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ne serait-ce pas le plus étonnant miracle qu'il né ^ nous fût rien resté de ce chef-d'œuvre scientifique ^ de notre enfance, si, en effet, il avsdt jamais exisiél :» Mais , pendant que l'enfant ou l'homme poursoi- À vraient leurs recherches scientifiques , que fe- ^ raientpils à l'égard des relations qui à chaque heure <ir du jour viendraient les entourer et les contraindre à à agir? Je défie de le deviner. Ainsi en admettant \^ l'hypothèse du critérium ontologique , on accu- n mule absurdités sur absurdités, impossibilités i^ sur impossibilités. Au reste, les faits historiqueB *' prouvent incontestablement que la relation est : la première occasion des actions intellectuelles z des hommes. Ne savons-nous pas , en effet , que { les peuples que l'on appelle primitifs , ont cou- :. stamment induit leurs hypothèses sur la cause • ou l'essence de l'être , de l'espèce de rapports -. qu'ils avaient avec les effets de cette causet Ainsi tout phénomène de la nature était attribué à un être qu'ils revêtaient des qualités mômes qui étaient en rapport avec la perception que leur faisait éprouver ce phénomène, etc. Or, la loi primitive des rapports n'appartient pas à l'ordre ontolo^que , mais au contraire à Tordre pratique. Il faut donc conclure de cette observation que la notion initiale dont il s'agit est de l'ordre pratique ou moral.
Les faits que nous venons de présenter ne sont qu'une ampliation d'une observation gêné-
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raie déjà exprimée dans nos recherches sur l'idée ; à savoir que , toute idée parfaite » formulée par le langage et telle que la possède un homme adulte , représente la notion d'un rapport. Aussi pouvons-nous coasidérer comme logiquement prouvé, ce fait, que la morale est le principe initial de nos idées.
Nous ne nous contenterons pas cependant de cette démonstration; nous allons tacher de rendre en quelque sorte sensible l'influence primitive de la notion morale , et l'inutilité d'une notion purement ontologique. Â cette fin , nous allons rentrer dans l'examen des probabilités» qui résultent de l'étude intime de la constitution spirituelle et physique de l'homme. Nous aimons mieux courir le risque de nous livrer à des répétitions , que de laisser, faute de quelques explications, des doutes ou des difficultés sans solution.
Rappelons-nous , comme nous l'avons dit précédemment , qu'il y a dans Thomme deux existences séparées : celle de ce qui est actif , de ce qui affirme , nomme et conserve la mémoire des noms qu'il a donnés , force d'activité , esprit ou âme , peu importe le nom dont on voudra l'appeler ; et celle de l'organisme nerveux , cérébral ou intra-crânien. C'est dans ce dernier qu'ont lieu ces modifications multiples à l'occasion d'un seul objet, dont nous avons parlé dans notre
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première partie , modifications qui ne peuvent .^ constituer une sensation unique comme robjet,p^ dont elles émanent , qu'autant qu'elles sont uni- ,^ fiées et nonmiées par un acte de l'esprit. ^
Rappelons-nous encore qu'il y a contradiction directe et opposition complète entre les manières ^ d'être des deux existences spirituelles et céré- . braies , qui sont en présence. Ainsi l'esprit est ^ essentiellement un ; l'acte de nommer , d'affir- ., mer est également un. Au contraire , le cerveau, i^ en tant que composé de molécules matérielles oa , de nerfs , ainsi que l'observation le montre , est un agrégat de parties diverses , d'aptitudes mol- ^ tiples et spécifiquement différentes. Jamais, dans l'état ordinaire de la vie , il n'est le siège d'une modification unique ; au contraire il en subit ton* jours plusieurs à la fois, aussi diverses, aussi variées , aussi contradictoires que les parties qui entrent dans sa composition , et aussi peu durables que la névrosité elle-même. Il y a en un mot la plus grande pluralité dans les impressions cérébrales , tandis qu'il y a toujours unité et simultanéité dans l'esprit. Or , comme il est impossible qu'il y ait la moindre concordance , ou, pour nous servir d'un mot qui peint mieux notre pensée quoiqu'impropre , la moindre sympathie , entre un mode essentiellement un et simultané , et un mode essentiellement multiple , variable ou mobile , nous en avons conclu (jue le rn]4>ort était
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3tabli par uii terme moyen , ou une notion moyenne , qui faisait concorder Tun avec le multi^e , le simultané avec le successif. Et c'est de la connaissance de celle-ci qu'il s'agit en ce moment.
Or , ayant ainsi remis sous nos yeux toutes le» conditions déjà acquises du problème , sachons nous en servir pour en tirer la solution que nous poursuivons.
Dans ce but , nous allons supposer pour l'esprit une situation qui , selon nous , n'existe jamais et que nous considérons comme impossible , quoique ce soit celle qu'on lui attribue généralement ; nous allons supposer que cette force essentiellement active est momentanément à posteriori, c'est-à-dire passive et impressionnée par le cerveau. Nous supposons encore que cet événement ait lieu dans un homme parfaitement adulte, parfaitement bien conformé sous le rapport physique , mais qui cependant s'éveille , pour la première fois , à la vie , pur , par conséquent , de toute impression , entièrement semblable à un enfant qui sort du sein de sa mère , quant à l'état de son système nerveux ; n'en différant que sous le rapport de la constitution physique que nous admettons achevée. Cette hypothèse étant , pour un instant , acceptée , voyons ce qui arriverait. A peine les sens seraient-ils ouverts au contact du monde extérieur que mille impres-