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sions diverses viendraient en même temps remuer l'appareil cérébral , les unes vives , les autres faibles , les unes rapides , les autres lentes , les unes instantanées , les autres plus persistan- , tes , et toutes néanmoins passagères , les plus durables n'étant présentes que pendant quelques minutes , c'est-à-dire tout le temps que la névrosité locale met à s'épuiser (i). L'ànie vis-a-vis de cette simultanéité multiple et diverse , serait comme l'œil devant lequel on fait tourner une roue avec une grande vitesse. L'œil , alors , ne voit plus qu'un cercle plein , dans lequel il ne distingue rien de ce qui y est réellement. Ou bien, pour prendre une autre comparaison , l'àme serait comme l'ouïe du sourd et muet de naissance auquel une opération vient d'ouvrir l'oreille, ou bien encore comme l'œil de l'aveuglede naissance dont on vient d'abaisser la cataracte; elle assisterait au spectacle d'une confusion inextricable et incompréhensible. Pour en sortir, il faudrait agir; mais pourquoi agir? Pour agir, il faut un motif, et nous avons supposé qu'elle n'en avait pas. Que si elle agissait sans motif, elle ne ferait qu'augmenter la confusion : car à un état de désordre elle ajouterait un désordre de plus. Et comment agir d'ailleurs? car pour
(1) Nous exposerons la théorie de ce phénomène dans un mémoire spécial à la fin de Touvrage.
agir, il faut non seulement avoir un motif d'action mais encore déterminer quelque chose, c'està-dire produire quelque chose. Or , nous avons supposé que Fàme était passive , ou, comme on le dit dans le langage philosophique , table rase. Elle n'a donc en elle aucune puissance autre que sa force d'activité , c'est-à-dire , dans le cas particulier, que sa faculté d'accroître la confusion. En conséquence , l'àme resterait toujours immobile comme un spectateur placé devant un théâtre où se passeraient une multitude de scènes embrouillées et confuses , extrêmement variées et extrêmement rapides. Elle ne serait appelée par aucun motif à faire un choix entre ces scènes et elle les laisserait se mêler , se succéder , se répéter incessamment , s'efTaçant et se remplaçant les unes les autres , sans en garder plus de traces qu'un miroir. En effet , l'attention suppose la liberté , et la liberté suppose la connaissance de plusieurs choses opposées ; c'est dans ce cas seul que le choix est possible. 11 n'y a pas de liberté, il n'y a pas de choix , tant qu'on a devant soi seulement une identité, c'est-à-dire une multiplicité confuse.
Cependant , à ce mouvement intra-crânien , produit par les impressions venant des choses extérieures , viennent s'ajouter les appels des appétits , ou des instincts émanant de l'organisme luimême. L'individu alors sera, nous le supposons.
détermine par ceux-ci à saisir dans le monde extérieur les objets de satisfaction que réclament ces appétits : supposition complètement hypothétique de notre part; car rien ne nous montre que l'homme ait des instincts assez puissans , assez complets pour le conduire , à eux seuls , à Tobjet nécessaire pour en apaiser la faim. Les animaux sont doués de ces facultés. Mais tout prouve que chez l'homme celles-ci ne sont pas développées au même point, sauf, cependant, celles propres à l'enfance. Quoi qu'il en soit , nous supposoiLS le fait , et c'est de la môme que nous voulons tirer l'argument avec lequel nous espérons démontrer l'espèce de notion préexistante à l'affirmation qui forme l'idée.
L'instinct satisfait, qu'en résultera-t-il devant l'âme? une variété de plus , ou plutôt une confusion de plus ; mais point une connaissance , car pour connaître il faut au moins savoir le rapport d'une chose à une autre , ou les consécjuences d'une chose.
L'ame n'acquerra une connaissance exi)érimentale à l'instant même où naîtra l'instinct, que si elle a un molif d'intervenir soit i)Our hâter la satisfaction , soit pour l'empêcher. Alors elle aura un i)rincipe d'attention ; elle commencera à distinguer certaines impressions ; de la elle arrivera à reconnaître certains êtres, puis certaines circonstances ; enfm , elle dirigera le corps et
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«lie parviendra à apercevoir les êtres par l'effet même de cette direction.
Or , quelle est l'espèce de loi qui nous commande soit de faire, soit de nous abstenir^ et nous enseigne les résultats de nos actions? n'est-ce pas la morale ? Qu'est-ce que comprendre que l'on a quelquefois à agir , quelquefois à s'abstenir ? n'est-ce pas comprendre le devoir? Ainsi donc, la conclusion de l'analyse précédente est non seulement que la connaissance morale est la notion préexistante à l'affirmation qui constitue l'idée , mais encore que cette connaissance est le point de départ de l'ontologie.
On ne doutera point de l'exactitude de l'analyse que nous venons de faire , si l'on veut bien observer ce qui se passe chez un enfant dans les six premiers mois 'après la naissance. On verra que la notion, acquise avant tout autre , est celle du devoir, celle de l'abstinence à certains égards, celle d'une loi à laquelle il doit obéissance. On remarquera môme que l'enfant se développera d'autant plus vite , sous le rapport intellectuel , qu'il aura plutôt compris cette notion du devoir.
Si , pour vérifier l'exactitude de la conclusion que nous venons d'établir , nous cherchons à classer du point de vue de l'obligation les idées exprimées par le langage , nous trouverons notre proposition complètement confirmée. Il y a en effet trois espèces de verbes : ceux qui
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impliquent le commandement ou la subordination, comme ordonner, vouloir, obéir, il faut , etc. ; ceux qui impliquent le fait d'agir ou de faire , et ceux qui impliquent le fait de s'abstenir. Il y a de même trois espèces de substantifs : les substantifs subordonnés , ou dépendans; les substantifs représentant des activités libres; et enfin les substantifs exprimant en quelque sorte des négations ou des absences. Quant aux adjectifs , ils expriment deux espèces de qualifications , soit celles purement dérivées des substantifs précédemment indiquées , soit celles qai se rapportent uniquement à la pensée morale. Ces derniers sont même les plus usuels.
Ainsi donc , tout nous assure que la morale est la notion préexistante a Taflirmation qui constitue ridée. Cette notion est donnée à chaque enfant par sa mère ; elle est ensuite dévelopi)ée par l'éducation , et les choses ont été merveilleusement arrangées pour que cette connaissance fut profondément établie chez l'homme avant qu'il pût faire usage de la liberté. L'enfance de l'homme est longue ; c'est de tous les êtres vivans et animés , celui qui a le plus long-temps besoin de ssi mère , qui , le plus long-temps , a besoin d'une protection active. C'est enfin le seul qui ne puisse pas sesutfireà lui-même. Ce n'est qu'après avoir obéi , «ju'il acquiert l'âge de vouloir ; ce «'est qu'en voulant , <|u'il {)eut agir et s'abstenir;
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et ce n*est enfin qu'en s'abstenant qu'il peut connaître. Admirable enchaînement , qui fait de la dépendance la condition de la liberté , et de la liberté le moyen de la dépendance ; étonnante unité, dans laquelle tout est compris et tout s'explique !