CHAPITRE VI
lies tmîim sont absolus , nécessaires, eonilngenia.
Ce que nous avons dit au chapitre lY du lien du fait et de Vêtrej p'earrait suffire peut-être. Car dès qu'il est prouvé que le fait est l'être même en tant que manifesté ; comme il a d'ailleurs été démontré par la loi antinomique, que l'être est sous les modalités d'absolu et de contingent; que d'autre part cet absolu et ce contingent sont constitués par les qualités nécessaires; il reste évident que le fait pour manifester l'être, doit le représenter dans sa triple modalité d'existence et en reproduire jusqu'aux plus fines nuances et aux plus délicates transformations.
Personne ne nie les faits contingents. La forme, la vie, la substance réalisée par le fini frappent tous les sens. Loin Yiu'on les nie, ils aveuglent.
Yeut-on donc que les faits nécessaires ne soient pas. Dès lors on veut que la détermination, l'identité et l'essence ne manifestent pas Têlre. Mais au contraire, il faut dire que les qualités nécessaires sont des manifestations nécessaires, tandis que les réalisations antinomiques des qualités constituant les possibles, n'ont que des manifestations possibles.
C'est ainsi que les faits de forme, de vie, de substance sont dans une transition sans trêve de naissance et de mort, tandis que les faits de détermination, d'identité et d'essence, sont
dans un engendrement incessant et étemel et en permanence nécessaire.
Serait-on tenté de nier les m^ifestations absolues parce qu'elles n'apparaissent pas sous des formes contingentes? Mais ell^s se montrent sous des expansions nécessaires comme les qualités constitutives. Si les qualités sont nécessaires, si la loi antinomique exige un état préantinomique, la manifestation des qualités nécessaires à l'état préantinomique sera nécessaire par les qualités, absolue par la loi des antinomies. Que si donc les faits absolus ne se manifestent pas par substance, vie et forme, ils sont vus cependant par détermination, identité, essence.
ni
Prétend- on que nous allons trouver tout un ordre de faits correspondant au non-être, parce qu'il se trouve réalisé dans le contingent? Ainsi la mort est une réalité.
Qu'on se reporte à la notion de la détermination. La négation ne se réalise pas par elle-même, mais par l'affirmation. La détermination de l'affirmation dans le troisième terme antinomique se fait malgré la négation et dans la négation. La négation n'a lieu que parce jque l'affirmation a épuisé sa force déterminante. La mort ne se réalise que par la cessation de l'expansion vitale. Quand un fait manifestera la négation, ce sera donc encore par l'affirmation. La négation n'est que de Pâffirmation niée. Dès là tout fait n'est donc qu'une manifestation d'affirmation et d'être, jamais de nonêtre et de négation.
Voudrait-on reprendre : mais la notion de négation est un fait, cependant négation n'est pas être, donc le fait est indépendant de l'être.
Oui, la notion de négation est un fait et cependant négation n'est pas être. Mais par quoi cette notion est-elle un fait? Est-ce par négation qu'elle représente ? Non. C'est par les qualités d'affirmation impliquées dans toute notion et qai la constituent. Quand l'affirmation se présente à l'esprit en tant
que niée elle devient notion. Gomme notion elle est, étant une détermination et une identité essentielles, comme chose représentée dens la notion, elle n*est pas.
Disons encore : puisque la négation vit par Taffirmation, la notion de négation en tant que représentation de négation, a la même existence. On peut donc dire que la notion de négation est par l'affirmation directement, au moyen des qualités de détermination et d^identité impliquées dans toute notion, et indirectement par le rapport de la négation à l'affirmation.
On ne saurait donc pas trouver un fait négatif. Tout fait est de soi affirmatif. Dans son rapport avec l'esprit, le fait peut bien être dit négatif, en ce sens qu'il s'oppose à une affirmation ; mais de*soi le fait, mêtne quand il. ne présente que la négation, est encore et nécessairement affirmatif par la partie d'affirmation soit réalisée, soit niée, qu'il reproduit.
On ne peut trop insister sur l'identification du fait et de l'être. Il fallait l'être solide en soi, il; faut le fait solide par l'être. Les conséquences que nous en tirerons, nous en ferons sentir toute l'importance. Ici déjà nous pouvons nous rendre ce compte : l'esprit ne connaît l'être que par le fait. Il ne le pénètre jamais en son tout en son fond, mais il le voit par ces pièces et ces lambeaux de lui qui sont le fait. L'être, qu'il soit contingent ou absolu, n'apparaît que parla divisibilité de lui-même qui est le fait. Ainsi le fait de surface nous a fait conclure un corps ; le fait d'épaisseur joint à celui de surface nous mène plus loin. Seul, le fait de surface trompe, nous croyons au solide, nous avons une vapeur. L'épaisseur nous trompe, nous ne trouvons qu'un creux où nous avions conclu le plein. De faits en faits nous allons à une plus intime connaissance de l'être sans pouvoir l'avoir en soi. Combien est-ce pouvoir l'être, homme ou arbre, que de voir un homme ou un arbre ! L'esprit a construit pour y arriver des sciences dont le cercle est indéfini : l'anatomie, la
botanique, la physiologie animale et végétale, etc.; qui, elles-mêmes ne voient Têlre que bien imparfaitement et toujours par parcelles qni sont les faits.
Disons-le donc; puisque le fait est la qualité même d'être, en tant que manifestée, nous retrouverons nécessairement dans les faits la loi des rapports de Têtre avec le non-être, c'est-à-dire la loi antinomique que nous avons posée. Ainsi le fait étant préantinomique est absolu; étant antinomique est contingent; étant par les qualités nécessaires de Têtre, puisqu'il n'est que l'être, il est nécessaire.