‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 103 sur 130 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

certitude du fait.

Un homme qui s'est illustré dans les sciences naturelles a voulu définir après Hegel le fait une abstraction^ 1** Est-ce là une définition? non.

1. Lettre de M. Chevreul à M. Villemain. — La tentative de M. Chevreul mérite l'examen à plus d'un titre. D'abord on y trouve la science et l'élévation de cet esprit éminent. De plus on peut dire que ce travail et ceux dont M. Claude Bernard fait procéder ses cours sont les seuls essais méthodiques de notre époque. — La philosophie satisfaite de Descartes se tait et laisse les expérimentateurs s'occuper de faire avancer la méthode . Enfin la définition du fait de M Chevreul rattachant la pratique ae la science à la théorie métaphysique de Hegel, comme nous allons le montrer, il est très- important d'en constater la valeur réelle.

298 ORGAISUH.

2*' De plas cette définition^ qui n'en est pas une, expose la réalité du fait et la réalité de Têtre.

3*» Elle enlève au fait toute sa certitude nécessaire pour qu'il y ait connaissance.

Ce n'est pas une définition.

Car toute définition doit se baser sur les caractères essentiels de la chose définie^ non sur les accidents qu'elle peut emprunter d'une autre qu'elle-même.

Les faits sont tous en tant qu'affirmation, car chacun est par sa détermination, son identité et son essence. Ge sont des réalités co-vivantes. Or, on peut bien soutenir qu'ils ont entre eux un rapport de négation et par là d'abstraction puisqu'ils sont négations les uns des autres par cela seul qu'ils sont affirmations séparées. Mais ce rapport n'est que par l'affirmation même de chacun d'eux vis-à-vis des autres, et chacun en soi n'en est pas altéré. Ils ne s'abstraient pas; ils co-existent.

Si on les considère dans leur rapport avec l'être, ils ne sont en aucun cas abstraction, puisqu'ils ne sont que l'être même. C'est donc une grande co-réalité de manifestations simultanées ; c'est la co-e^istence immense.

Sous le rapport de la succession dans le temps, les faits sont, il est vrai, entre eux comme des affirmations qui finissent. Il y a donc là un véritable rapport de négation et d'abstraction. Mais ce caractère est-il si inhérent au fait qu'il doive devenir sa définition? non, car ce n'est qu'un rapport des faits considérés dans leur existence , non pas dans leur essence. La succession n'établit pas qu'en soi le fait soit abstraction, car il n'est fait que tant qu'il est et non quand il n'est plus.

= Si, au contraire , on se tourne vers 1 e rapport des faits avec l'esprit, ce caractère passager va devenir permanent. Le fait ne sera perçu que par séparation. Et c'est là le grand point primitif de l'action de la pensée. Quant à nous, il nous parait

tellement impérieux que nous n'avons pas hésité à faire de la faculté d'abstraction et d'extraction la première opératrice de Tesprit. Mais que l'homme voie ou ne voie pas, le fait ne change pas en soi^ il ne change que pour la pensée qui ici le considère comme abstrait^ c'est-à-dire, comme n'étant pas, là comme extrait, c'est-à-dire, comme tiré du tout pour être observé. Le caractère d'abstraction n'est donc pas du fait, mais

Cependant qu'a-t-on voulu? On a défini le fait une abstraction, parce qu'on a observé d'ailleurs avec raison que l'esprit ne le percevait que par séparation. On a donc donné comme essence du fait an phénomène de l'esprit. Ce n'est donc pas une définition.

Si c'est la nature de l'esprit d'être dans la nécessité de supposer n'étant pas tout ce qui n'est pas. fait à observer, ce n'est pas la nature du fait. De quel droit qualifier le fait par ce qui se passe dans l'esprit. C'est passer d'un ordre d'idées à un autre, on parle esprit, non pas fait. On fait allusion à la faculté, à l'attitude de Tesprit devant le fait, mais on n'a pas le fait ni son essence.

Puisque les faits sont la co-existence infinie, indéfinie, l'immensité vivante, il faut par sa définition que le fait nous apparaisse comme réalité partout vivante, qu'on le considère dans son rapport avec l!être, dans son rapport avec les autres faits, dans son rapport avec l'esprit. C'est la manifestation de l'être.

Que si le fait est abstraction, le fait et Tôtre sont sans réalité.

Qu'arrive-t-il en effet?

La qualité inhérente à l'esprit va s'attacher au fait et devenir qualité essentielle du fait. La notion du fait et par elle la notion de l'être vont se trouver altérées, détruites, ainsi que nous allons le peser ; et avec elles toute certitude méthodique perdue.

Ce que nous avons vu se passer lorsqu'on tentait d'incor-

Digi'tized

dOO ÔhGANUll.

porer le nôn-êlre dans l'être; nous allons le voir ici se reproduire lorsqu'on tente d'incorporer l'abstraction dans le fait.

= Dans ses critiques souvent si justes contre le déisme du dix-huitième siècle, Hegel dit : « Dieu n'est pas en dehors du monde, mais au-dessus du monde qui est phénomène^ . abstraction. »

On voit la définition du fait de M. Ghevreul le fait^ le phénomène abstraction,

M. Ghevreul voudra-t-il suivre Hegel? je ne le crois pas, mais Hegel l'entraînera. Ils ont tous deux le phénomène abstraction, tous deux iront au même abîme logique. Le Physicien inventeur aboutira à dire contre lui-même avec le philosophe dans un de ses élans d'idéalisme : < Le vrai triomphe et la dernière délivrance ne se trouvent que dans l'idéalisme absolu, dans la mort absolue du réel comme tel. » (TomeP'.)

Yoici la suite vertigineuse :

Si le fait est abstraction, toute qualité nécessaire, contiagente, absolue sera abstraction ; car elles sont fait en tant que manife.stées. La substance, la vie, la forme, la détermination, l'identité, l'essence sont abstractions. Les propriétés sont abstractions étant qualités. Les corps sont abstractions étant un agrégat de propriétés. Les notions sont abstractions étant un composé de qualités. Or, si chacune des parties composantes du tout est abstraction, le tout est abstraction. Tout ce qui fut et sera est abstraction. Et comme tout fait est l'être même en tant que manifesté ; l'être préantinomique et antinomique, absolu et contingent, nécessaire et multiple, n'est que Tabstraction elle-même ; nous voilà à l'indéterminé absolu de Hegel.

Or, qu'on le remarque, c'est la science, cette solidité de l'esprit dans la certitude de l'être, qui arriverait au nom de son moyen d'observer l'être à détruire toute réalité , et à plonger l'esprit dans rimpuissance du savoir. La sciei^e anéantirait son objet et se condamnerait elle-même à n'être plus qu'un rêve, une illusion, un néant.

= 11 faut savoir gré à M. Ghevreul d'avoir osé tirer de Hegel celte définition du fait qui y dormait et de n'avoir pas craint

de l'appliquer à la pratique de la science. Lorsqu'on verra le fait privé de sa réalité, l'être de sa vitalité, la science de sa base, Tesprit au lieu de s'appuyer sur l'être s'effondrant par Tabstraction dans le non-être ; on reculera çt M,. Ghevreul le premier qui a donné tant de réalités nouvelles à la science. Du reste que fait Téminent physicien , par une longue série d'exemples choisis avec tout son savoir? Il réfute lui-même sa théorie et nous ne voudrions pas d'autres preuves que les siennes pour montrer la réalité de sa prétendue abstraction.

Hegel qui n'avait pas la science physique pour le contredire et l'arrêter, osa être plus logique. Son fait abstraction tenait à un absolu de soi indéterminé. Qu'on procède du tout indéterminé, on aboutit au fait abstraction ; qu'on parte du fait abstraction et Ton s'enfonce dans le tout indéterminé et inexistant. Par cette acceptation pure et simple des antinomies posées par Kant et impliquées dans Spinoza pour Têtre dans le spiritualisme pour Tidée ; par cette inobservation de l'essence et de la loi antinomiques , par cette fausse notion de la détermination que j'ai déjà constatées, Hegel fut amené à affirmer au commencement de sa logique, cette proposition inouïe : « L'être et le non-être forment l'un, parce que l'être pur étant l'indéterminé n'est pas autre que le non -être aussi indéterminé que lui. » Cet indéterminé avait seul le droit d'enfanter le fait abstraction.

Platon avait puissamment combattu dans le Sophiste ce jeu de logique présenté p^r la sophistique antique. Les notions de la détermination et de la loi antinomique doivent l'anéantir à jamais en montrant qu'il est né d'une question mal posée.

Pour Hegel le devenir seul est donc l'être, puisque le non-être et l'être sont l'indéterminé par essence*. L'être n'est en effet qu'en dehors de l'indéterminé. Mais l'indéterminé absolu qui est le primitif, quel est-il sinon le non-

1. Toute l'école panthéistique française reproduit cette formule en disant : que le temps est le facteur de l'absolu- Ce n'est pas l'absolu qui vit, c'est le temps. L'absolu est le rien indéterminé où le contingent matériel et rationnel apparaît. Cette école part donc comme Héget du tout abstraction , il faut qu'elle arrive dans la pratique au fait abstraction de M. Cbevreul.

être? Il suit donc que le non-être va être génésiaqtie de l'être et le rien cause de la vie. Ici Hegel cesse d*être logique comme M. Chevreul, car c'est le propre des théories hasardées de nécessiter des contradictions pour que l'esprit puisse se rattacher à quelques vérités. Hegel anéantit tout son système d'un mot, en disant, avec tout ce qui pense, que la génération de l'être par le non-être est impossible.

M. Chevreul voudrait-il , se détachant de Hegel, faire le phénomène abstraction , tout en conservant la réalité de l'être?

Les Éléates l'ont fait et encore ici Hegel lui donnera la main. Ce grand esprit toujours partagé entre sa conception première de l'être et son élévation spirituelle au-dessus du contingent, va contredire de nouveau la partie de sa théorie qui précède. Il recule de ce tout , abstraction en soi et qui va se formant par la matière; il dit ce mot que je prends dans Rosencrantz : «L'individu n'est grand et libre qu'en proportion de son mépris pour la nature. » (Hegel, t. X, p. 187.) Ici c'est. la nature qui est abstraction, là-haut c'était l'être en soi , où donc est la réalité ? que devient cette nature qui fait la gloire scientifique de M. Chevreul? H*^gel Éléate ici , détruit le possible pour l'absolu. Mais comme d'ailleurs son absolu est l'indéterminé , où est l'être? où est le fait? Hegel ne conserve ni le fait ni l'être. Tout flotte abstraction. Et moi je dis qu'il faut que tout se manifeste réalité. »

Les Eléates prenaient un parti entre ces deux impossibles, ils niaient le fait et conservaient l'être. Mais un être sans fait, sans manifestation, soit des qualités nécessaires, soit des qualités contingentes , qu'était-ce que le non-être et l'indéterminé de Hegel ?

Entre l'idée de Hegel et les Ëléates, il y a identité par la négation du multiple, contradiction par la conception de l'indéterminé absolu. Les conséquences méthodiques des systèmes sont les mêmes. Comme tous les philosophes, ces sages ont compris que l'existence n'est intelligible que par l'unité. Accord qui serait la gloire de l'humanité s'il n'était une nécessité de l'esprit. Ce n'est que l'explication de cette unité si universellement sentie qui enfante les systèmes et les erreurs. Les Éléates voulaient que l'unité absolue existât de soi, c'é-

tait UDe grande pensée et leur principe est ici supérieur à celui de Hegel. L'absolu c'était l'être ; et cette belle idée leur était tellement chère, que ne pouvant se rendre compte de ce qu'ils considéraient à la façon àeh déistes comme l'être en dehors et indépendant de l'être , c'est-à-dire le contingent et le multiple dans l'absolu ; ils nièrent le multiple pour conserver l'unité , le monde pour conserver l'infini. Mais Hegel avait besoin de ce multiple pour constituer l'existence de son absolu abstraction , il voulait faire vivre l'unité éléatique par ie devenir, c'est-à-dire par le contingent ,^ qaitte à nier ensuite par un soubresaut de sentiment , la réalité de ce contingent, afin d'effacer de l'absolu cette matérialité indigne de lui. Ainsi le système de cet admirable génie n'est que l'immense et universelle négation.

= Laissons les conséquences philosophiques de ces théories dont nous affranchiront également la loi antinomique et la notion de la détermination. Ne prenons ici que les résultats méthodiques pour montrer où conduit le fait abstraction.

D'un indéterminé , c'est-à-dire d'une abstraction , Hegel voulait tirer un multiple être qu'il niait et dont il faisait le , phénomène abstraction. Les Éléates par la négation du fait aboutissaient à l'un abstrait. M. Ghevreul a donc sans le vouloir, appliqué à la science pratique et à la méthode , les notions de ces deux doctrines assemblées. Ceci nous montre une fois de plus combien Vorganum se rattache nécessairement à la question de l'être et la nécessite pour être un tout métaphysique. Le fait abstraction de M. Ghevreul appelle la doctrine éléatique qui fait abstraction le multiple , appelle la doctrine hégélienne qui fait abstraction tantôt l'absolu tantôt le multiple. Hegel aboutit aux Éléates , les Éléates à Hegel ; M. Ghevreul à Hegel par les Éléates, Hegel à M, Ghevreul directement ou par les Éléates encore. M. Ghevreul protestera contre ces conséquences , mais Hegel ne protestait-il pas contre lui-même par ses oscillations? La sagesse de l'homme est souvent dans ses contradictions plus que dans ses systèmes. Que pouvons-nous contre la force logique , elle nous entraîne malgré nous loin de nos plus chères opinions. Qui peut empêcher le fait abstraction d'aboutir à un être

abstraction ; l'être abstraction d'engendrer le fait abstraction? Puisqu'il est démontré que l'être et le fait sont inséparables.

La doctrine de Hegel donne pour la théorie du fait un résultat double , mais où l'abstraction est toujours le dernier mot. Part-on de l'indéterminé absolu et veut-on que le fini étant le déterminé soit réalité ? Il n'y a dès lors de réel que le fait contingent; et tout autre fait reste abstraction. Au contraire y par suite de l'impossibilité nécessaire de l'un d'être sans l'existence de l'autre, et d'accord avec la deuxième vue de la théorie de Hegel , nie-t-on le multiple tout en conservant à l'absolu sa qualité d'indéterminé? Dès lors tout fait absolu nécessaire et contingent devient également abstraction. gouffre du néant et du désespoir !

= Ce n'est pas cependant en partant de la doctrine de Hegel que M. Ghevreul l'a rencontré, c'est en partant du premier principe philosophique de Descartes. Prenant pour base l'opération de la pensée, on fait peser cet acte interne et psychologique sur le fait. C'est ainsi que l'inventeur du critérium de l'évidence a été, comme nous le jugerons, amené à conclure l'existence de l'être , non des qualités essentielles de l'être , mais de la vue que l'esprit en pouvait avoir. Par le même moyen M. Ghevreul voit que l'esprit procède par abstraction pour étudier un fait et il donne au fait le nom d'abstraction. C'est le procédé de l'esprit qui qualifie la chose , encore un coup , sans qu'on tienne compte des caractères essentiels de la chose; c'est le subjectif qui s'impose à l'objectif et les détermine. Ne soyons donc plus étonné de celte fausse notion du fait. Nous verrons de plus en traitant de l'abstraction qu'on en a en même temps faussé la notion.

Que si le fait est sans réalité il n'y a nulle certitude.

Or, quelle certitude reste-t-il à la méthode? ce fait abstraction se rattache au non-être et le fait pénétrer dans la cou'naissance. Comme Hegel etlesÉléates détruisaient la réalité

du fait en soi par leur métaphysique, M. Ghevreul détruit la réalité du fait scientifique par sa définition.

Or , le fait est certain ou il n'est pas ; ou il n'est pas ou il est réalisé ; ou il n'est pas et il mène au précipice de l'indéterminé absolu et du non-être ; ou il est et il tient son être de Têtre et nous conduit au tout réalité ; ou il n'est pas et il est abstraction; ou il est et il est extraction vivante.

Gomme sous toute question métaphysique il y a une antinomie que nous poserons ici pour clarté , mais que .nous étudierons , au chapitre suivant :

État préaruinomiqvs. — Réalité.

État antinomique processus. — Négation. — Plus la réalisation de la réalité dans la négation , c'est-à-dire l'extraction et Tabstraction , la vie et la mort :

Ou autrement encore pour prendre une antinomie que nous connaissons déjà :

État préantinomique, — Être.

État antinomique processus, — Non-être. — Plus la réalisation de l'être dans le non-être, c'est-à-dire l'être fini, notion et mjsitière , tantôt extraction , tantôt abstraction.

Le fait considéré comme abstraction ne correspond donc jamais qu'à non-être, à négation, en tant qu'absolu; et en tant que contingent qu'à réalisation du non-être et de négation dans le troisième terme antinomique. La négation de l'être n'est pas un fait mais l'absence du fait ; la négation du fait est la négation de l'être. Mais ce quje Parménide vieux disait à ses disciples au commencement et à la fin de ses leçons à la manière que l'apôtre Jean répétait plus tard la loi de l'amour, aurait dû être entendu de Hegel et le doit être de M. Ghevreul. « Jamais tu ne comprendras que ce qui est n'est pas. »

= Le fait est la grande communication, le grand médiateur infaillible, inconsomptible , de l'être à l'esprit. Si l'esprit doute du fait, tout croule. Gomme l'être donne des faits à l'esprit et établit par là son rapport avec lui , ainsi l'esprit s'assimilant les faits par ses moyens propres, pénètre à l'être. Que cette voie soit donc solide , ou encore un coup, nous n'avons rien fait en établissant la solidité de l'être. Que m'importe

que Tétre soit inébranlable en soi , si son moyen de parvenir jusqu'à l'esprit n'est pas certain comme lui-même et n'est que mirage , irréalité et abstraction?

Ce qui manifeste l'être c'est qu'il est. Or comme le nonêtre n'est pas et ne se réalise que par l'être, rien n'est manifesté par le non-être j mais tout par l'être. Dès là toute manifestation quelle qu'elle soit donne l'être sans un doute. Donc le fait qui n'est que la manifestation de l'être est toujours nécessairement et infailliblement certain comme l'être même. Ainsi quand l'esprit voit la mort, il voit non pas le non-être mais la fin d'un être; et la mort indépendamment de nos causes de douleur, est répulsive parce que l'homme a tellement soif de l'être en tant que détermination toujours réelle, que la chute de l'être, même en tant que contingent, blesse son sentiment de l'être en tant que nécessaire et lui est une cause d'horreur.

Dès qu'on a trouvé un fait on a touché l'être ; le contact est immédiat. Le fait n'étant que la présence, la patuité de l'être revêt ce caractère de nécessaire qui est inhérent à l'être. Le fait est une manifestation nécessaire, l'être n'étant même dans la contingence qu'un composé de qualités nécessaires. Tout fait en tant que fait est donc solide, parce qu'il tient sa certitude directement et sans intermédiaire de l'être qu'il manifeste. Le possible en tant que fait est aussi certain que le nécessaire. Le possible aurait pu ne pas être, peut ne plus être, mais une fois, qu'il est et tant qu'il est, il est aussi sûr qu'il est en sa proportion d'être, que l'absolu lui-même et au nom des mêmes qualités nécessaires. Le fait possible ou contingent qui est la manifestation de l'être possible donne donc à l'esprit la même certitude que le fait nécessaire. La puissance d'être peut différer dans les êtres, la quotité de majoifestation différer dans les faits, toujours il y a solidité égale. Il n'y a pas de classification des faits sous le rapport de leur certitude. Il pourrait en être autrement si l'être possible avait en soi sa raison d'être, mais le possible n*est, comme il a été démontré que par les qualités nécessaires de l'être. Bien n'est donc que dans et par le nécessaire ; dès là tous les faits en toutes les modalités, tous les ordres de faits puisent un carac-

tère de nécessaire dans ces qualités nécessaires qui circulent comme une sève vivante dans le contingent comme dans Tabsolu. Telle est la base de la certitude du fait, et partant telle est la base de la certitude de la connaissance comme de la science, ces pénétrations de l'être par le moyen du fait. Oui, ce fait qui n'est pas par soi mais par l'être est certain comme l'être, Oui ce lien intime du fait et de Têtre, cette nécessité du fait d'être dès qu'il y a être, et d'être par l'être, assurent à la connaissance, à la science la plus inébranlable des bases puisque l'être est le solide de la notion comme le solide des sens. Ainsi le fait est le repos de l'esprit parce que par lui il adhère. à l'être; la science doit s'y abandonner, s'y crampon* ner, s'y lier, il est pour elle l'être partiellement mais certai- *nementvu.

Le fait c'est l'aiguillon qui fait tout ce que veut l'être. Il s'avance sur l'homoie comme pour exécuter son ordre qui est de se livrer à l'esprit. A coups redoublés et recommençants il veut pénétrer. Il veut donner à l'esprit la paix de la certitude. Tout ce qui est au fait est à l'être ; tout ce qui est à l'être est au fait. Tout ce que l'être est, le fait Test et Test semblablement. L'être a la vie en soi, le fait a la vie en soi. Le fait et l'être ne sont qu'un. Et il n'y a rien à rabattre de ces mots. Gela est réellement ainsi. Gela est simplement ainsi. Gela n'est pas dit pour éblouir. G'est le récit sans énervement du lien du fait et de l'être.

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