‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 108 sur 130 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Action première du fait sur l^esprlt.

Ainsi voilà donc le fait qui vient comme s'élançant, comme

bondissant de l'être ; qui se rae sur Tesprit, le frappe tantôt diredement et comme en son fond même, tantôt indirectement dans les organes matériels dé la connaissance ; tantôt k l'épiderme, tantôt. au cœur; ici par la notion, là par la matière; à la pensée, aux sens; à la perception, à l'intuition; à rimagination, à la mémoire ; parle contingent, par le nécessaire, par l'absolu ; par le nombre, par Tidée, par la chose ; à rintelligence, au sentiment, à l'œil, au toucher, à l'odorat, au goût; ici heurt, là caresse; épée pénétrante ou soufûe; étonnement et surprise ou résultat de la patience et de la recherche; brutalité ou douceur; épouvantement ou joie; excitation ou repos ; idée pure ou contradiction ; fluide, solide, liquide ; nuage ou bloc; feu, vent qui passe, pierre qui reste. Le fait comme un réseau infrangible et sans fin enserre l'homme de toutes parts, il le traque, le poursuit, se colle à lui comme la robe du centaure antique au corps de cet Hercule toujours nouveau; et l'homme n'y peut échapper en aucune sorte; il n'évite un fait que pour tomber dans l'autre, être frappé par celui-ci, terrassé par celui-là. L'esprit comme dans un tourbillon plein ^de vertige est inondé par les faits qui viennent comme les hautes va^es se succédant sans trêve, sans relâche, sans lassitude, battre, frapper, miner ce roc terrible de l'ignorance pour faire enfin pénétrer dans cet esprit la grande lumière et la grande joie de l'être.

Tel est le premier rapport de l'être à l'esprit par la médiation du fait. Ce n'est que le commencement. Bientôt nous allons voir le fait dans sa première pénétration se transformer en élément certain des opérations de l'esprit. Il ne le lâchera plus qu'il ne l'ait fait reposer dans la certitude- C'est une admirable contemplation.

Page 1