‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 111 sur 130 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

iwotlon de l'abstraction et de l'extraetlon.

Comme résultat de l'opération de la faculté , l'abstraction

DE L*ÊTRË ET DE L*£SPR1T. 325

est l'objet, l'être, la notion, la qualité, l'attribut, considérés comme n'étant pas, parce qu'ils sont laissés de côté par l'esprit; l'extraction est au contraire l'objet, l'être, la notion, la qualité, l'attribut, conservés, extraits du tout rejeté. C'est donc, en nn mot, la conservation et le rejet simultanés d'un ou plusieurs faits paf l'esprit.

On a bien pénétré la notion de l'abstraction en tant que faculté, et elle serait connue, si on lui avait assigné sa vraie place dans l'ordre de la connaissance, ce que je m'efforce de faire en lui attribuant le rôle primordial.

Mais la notion d'abstraction en tant que résultat de Topération de la faculté est au contraire très-incomplète et très^ fausse. «

= Nous savons que tous les faits qui émanent de l'être sont la manifestation de la permanence de l'être. Ce n'est que parce qu'il n'y a plus être en tant que contingent que la succession s'établit. Dès là, il faut donc dire que, dans la réalité même contingente, il n'y a jamais abstraction, mais que l'abstraction n'arrive que par la fin de la vie de l'être contingent, c'est-àdire par son inexistence, de telle sorte que l'abstraction, dans son rapport avec l'être, n'est que l'inexistence de l'être.

Nous savons que, de ce que les corps sont finis, on ne peut pas conclure qu'ils soient en rapport d'abstraction les uns avec les autres ; car si l'on veut>un instant concevoir ce que sont les corps en eux-mêmes, non par rapport à l'esprit, qui ne les saisit que par l'abstraction , on se convainc qu'ils sont une coexistence. Et comme c'est la force d'expansion qui fait la limite par là qu'elle fait l'être, il faut dire que les corps sont des déterminations qui sont entre elles dans un rapport d'existence, non dans un rapport d'abstraction.

De telle sorte que partout où nous verrons l'existence, nous nierons l'abstraction, qui est l'inexistence ; de telle sorte que toutes fois que nous dirons abstraction, nous dirons par là même inexistence ; que lorsque nous laisserons de côté des corps, des objets, des notions, nous pourrons figurativement les dire abstraits, car nous les supposons inexistants. Mais lorsque, au contraire, nous conserverons et choisirons un objet, un être, une notion, pour les considérer, les étudier,

les analyser, les connaître; comme nous ne faisons toutes ces opérations que sur un être considéré en tant qu'étant, et en tant qu'étant manifesté par le fait; jamais, dans ce cas, nous ne pouvons le dire abstrait , mais nous le dirons extrait du grand tout être , portion de vie choisie pour être assimilée par Têsprit.

La notion d'abstraction enferme donc une double idée :

PLa séparation pure et simple^ des êtres et des faits ou conservés ou rejetés ;

2° L'inexistence supposée des faits rejetés.

= La langue elle-même rend cette idée d'inexistence; ainsi Ton dit abstrait pour chimérique, dans le langage vulgaire : dire de l'absolu qu'il est une abstraction, en philosophie, c'est dire qu'il est irréel et inexistant.

Si l'on veut remonter un instant à la formation du mot abstraction, on y verra l'inexistence à jamais fixée. AbSj abs^ quôf sont les synonymes de sine. Gomme sine^ ces termes impliquent partout où ils interviennent l'inexistence supposée ou réelle; ainsi absent, ens^ abs, qu'on pourrait traduire par sans être y tant l'affirmation de l'inexistence est violente. Absence et mort s'emploient figurativement comme synonymes, tant cette image de l'inexistence par la séparation est naturelle à l'esprit, ilfes-traire, armé de la même proposition, entraîne le même sens : image d'inexistence , ou inexistence même. C'est donc séparer pour rejeter, pour supposer sans être ; c'est faire absent l'être ou le fait, c'est-à-dire le supposer inexistant. Autrement abs n'a plus de sens, et la loi de formation des termes est détruite.

Je ne pense pas qu'on veuille que abs , dans aô^-traire , ne soit que la proposition ab. Dans ce cas , en effet, on ne devrait attacher au mot que l'idée de séparation, sans l'idée d'inexistence. Mais comment expliquer cette transformation sans cause iedb en als; a&-traire eût été aussi euphonique ({\i abstraire.

Quoi qu'on fasse, d'ailleurs , nous ne sommes pas maîtres d'arracher au terme abstraire l'idée d'inexistence ; on la lui joint fatalement dans l'usage , la notipn philosophique la démontre, la formation du mot Timplique.

Or, si la notion d'abstraction entraîne celle d'inexistence,

comment allons-nous considérer Têtre soumis à cette faculté? Dirons-nous des manifestations de l'être qu'elles sont abstraites ? Nous allons instantanément y attacher l'idée d'inexistence, et dès lors nous allons altérer ou la notion du fait et de l'être, ou la notion d'abstraction. Car ou la notion d'abstraction pèsera sur le fait et l'être et les fera irréels, ou la réalité nécessaire de l'être et de sa manifestation pèsera sur la notion d'abstraction et lui enlèvera son vrai sens.

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