‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 113 sur 130 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

modifleatlon de la facalté d'extraetlon et d'alistraetloii dans la connaissance.

La faculté d'abstraction et d'extraction s'exerce tantôt spontanée, tantôt volontaire. Plus ordinairement spontanée dans la vie, plus ordinairement volontaire dans la science. Cependant dans les deux cas la spontanéité et la volonté se mêlent.

Produit ignoré de la constitution même de l'esprit, elle agit sur les faits numériques, idéals, matériels. Même quand la volonté lui vient prêter appui, elle garde un caractère d'ignorance de soi, que la seule analyse métaphysique de la notion d'abstraction, jointe à l'analyse psychologique de la constitution de l'intelligence peut faire cesser.

L'esprit cependant commence à prendre conscience de sa

faculté d'abstraction par son mélange avec la volonté ; car il sent dès ce moment qu'il sépare, qu'il rejette, qu'il conserve les faits notionnels ou matériels. Ainsi quand dans la vie ou la sciencç il y a observation, l'extraction de la chose observée est sentie par l'esprit qui l'opère volontairement. Quand il y a syllogisme, l'esprit se rend compte qu'il prend successivement les prémisses, et quand il arrive à la conclusion, qu'elle a une détermination propre et isolée de ce qui n'est pas elle. Quand il y a calcul l'esprit comprend encore qu'il considère successivement chacun des nombres et leur total. Quand il y a expérience instituée, il conçoit de même qu'il consic^ère séparément chacun des faits constitutifs pour arriver à la preuve. La volonté complète donc la faculté d'abstraction dans son exercice, elle lui assure une durée, une tenue qui déterminent l'attention, la méditation, l'analyse.

En soi la faculté d'extraction implique l'analyse; car ce n'est que parce que l'esprit a analysé d'une façon vague, rapide et superficielle, qu'il choisit tel objet et telle notion pour les examiner avec volonté, c'est-à-dire pour les analyser plus profondément. L's^nalyse naît de l'analyse par la faculté d'abstraction et d'extraction. La nature de l'esprit est donc d'être essentiellement et nécessairement analytique. L'esprit ne peut procéder que par l'analyse à tous les états de la connaissance et sur quelque nature de faits qu'il s'exerce, puisque l'extraction et l'abstraction sont partout et toujours les premières opératrices de l'esprit. Mais de l'analyse embryonnaire, résultat de la faculté d'extraction spontanée, ou même de cette faculté mêlée à la volonté, au compte rendu de l'analyse raisonnée, il y a toute la différence de l'ignorance k la science. Cependant il reste toujours que la vie est une analyse ; que la science est une analyse, partout et toujours; soit qu'elle s'occupe défaits matériels ou de connaissances naturelles, soit qu'elle s'efforce après les faits spirituels ou concepts rationnels purs. La différence de ces analyses sera appréciée au chapitre dos éléments scientifiques. Ici constatons cette activité analytique toujours en œuvre par la faculté d'abstraction et d'extraction, opérant toujours sur tout et partout, prenant l'être dans toutes ses manifestations k l'insu, au su

de l'esprit. C'est ainsi que cette faculté par sa seule action interne , silencieuse, involontaire entasse secrètement des connaissances que l'inielligence est comme étonnée un jour de trouver en elle. Son activité sollicite le jugement qui parsa marche propre (que nous étudierons), élabore, assimile ces connaissalices à Tesprit sans travail spécial et voulu. Par là on progresse sans le savoir ni le chercher. Et lorsque la volonté intervient, l'homme dans la science, s'inquiète sans cesse, examine ses solutions, épure ses composés, abstrayant encore tout alliage pour n'extraire .que le pur vrai.

== La faculté d'extraction et d'abstraction correspond donc à cette sollicitation incessante de l'être par le triple fait idéal, matériel et numérique. Sans cesse elle extrait l'être, pour le jeter à dévorer aux facultés assimilatrices de Tesprit pour ainsi parler. Ce lion sans cesse en recherche de proie dévore pour dévorer encore, toujours inassouvi, inlassé et comme excité au contraire par la possession de l'être. La faculté d'abstraction et d'extraction saisit donc sans relâche. C'est comme une faculté de combat; elle semble comme les tenailles premières de la pensée pour arrêter l'être en elle. Elle retient l'être, mais le travail est loin d*être fait. Quand la proie est dans les dents du lion, dans les serres de l'aigle, elle est loin d'être devenue chair de lion et chair d'aigle. La faculté d'abstraction n'est pas un instrument de précision pour la pensée; sans cela elle suffirait à la connaissance et serait tout l'esprit. Elle sépare, rejette et prend, serre, fait prisonnier la pensée, voilà tout. Après elle il faut une multitude de facultés pour lui venir en aide et pour exploiter le résultat de sa conquête. C'est des facultés qui suivent que naîtra la vérité pour l'esprit. Elle tire toujours, repousse toujours, mais sans choix, sans ordre, sans lien. Or, c'est peu d'abstraire et d'extraire, il faut abstraire et extraire ce qui convient. De plus, il faut s'assimiler le fait extrait, numérique, matériel ou idéal. Ces opérations ont la méthode tout entière et nous les verrons se développer uccessivement.

Il nous faut ici montrer que la faculté d'abstraction et d'extraclion agit dans la vie, dans l'art, dans la science.

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