CHAPITRE II
lia raisonnement.
Le raisonnement est le moyen général dont l'esprit se sert pour juger. Les Grecs qui eurent les premiers la force d'instituer la méthode, le constatèrent bien de cette façon, tout à la fois vraie et impuissante. Raisonner, c'est placer en face l'une de l'autre, et comparer entre elles les extractions four-
nies, soit par Tinluition, soit par la perception, et en constater le lien; c'est donc saisir le rapport nécessaire des faits nécessaires et contingents.
Le raisonnement dans ces termes généraux s'applique à tous les ordres de faits spirituels, matériels, nécessaires, contingents, il les prend tous. Et c'est par là que le Grec fut amené à ne s'occuper que de lui comme instrument méthodique, et à s'en satisfaire. H nç suffit pas de voir juste, il faut voir tout.
Dans la seule affirmation d'un fait, il y a raisonnement impliqué. En effet, il résulte de la constitution de l'être :
1® Par les qualités nécessaires,
2"* Par la réalisation de ces qualités, que le fait, pour être apprécié, cache un accord secret constaté entre la qualité nécessaire et la réalisation. Quand on dit : Yoilàune notion, on a involontairement constaté l'adéquation entre la réalisation et la qualité nécessaire, c'est-à-dire entre l'idée et son verbe. Quand on dit : statue, on a constaté l'identification de la matière composante avec l'idée inspiratrice. Quand on dit : arbre, pierre, on a l'instinct que les qualités nécessaires de l'être, se réalisent dans la matière arbre et pierre, de telle sorte que l'esprit les affirme sans un doute.
Dans la liaison de plusieurs faits entre eux, il y a raisonnement, non plus latent pour ainsi dire, mais visible et palpable, qu'il soit d'ailleurs instinctif ou volontaire, ou scientifiquement institué. L'appréciation de plusieurs faits suppose :
l*" La connaissance de chacun d'eux, tant dans leurs qualités nécessaires que dans la réalisation;
2^ La connaissance des quaUtés nécessaires qui leur sont communes, c'est-^-dire la vue des lois qui les régissent.
Toute affirmation, tout raisonnement, est donc une théorie. Il y a théorie dès la première affirmation d'un fait, car il y a appréciation des doubles qualités du fait et de l'être dans la seule affirmation du fait. Ainsi quand on dit : c'est un fait, il apparaît à la fois comme nécessaire et comme réalisation de sa nécessité.