‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 117 sur 130 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Proprement de la synlhèse.

De là il résulte que raffirmation première est déjà une synthèse^ de telle sorte que la synthèse se retrouve à tous les degrés de la connaissance comme la faculté d'extraction et d'abstraction.

Trouver l'esprit sans synthèse, ce serait être arrivé à fixer la notion du simple et de l'indécomposable; de telle sorte qu'on eût trouvé ce% atome primitif, cette unité première sur laquelle des hommes de génie comme Descartes se sont en vain appesantis. Toutes les connaissances métaphysiques et physiques démentent cet atome premier. L'indécomposable n*est que l'indécomposé, le simple n'est que comme l'unité des mathématiques, une unité divisible. On pourrait définir le simple et Tunité mathématique, le point d'intersection entre l'infiniment petit et Tinfinimenl grand. C'est Q^t instant de suspens entre les deux divisibilités indéfinies dans les deux sens qui est l'unité : En ajoutant I à lui-même on va à l'indéfiniment grand ^ en le décomposant à l'indéfiniment petit. Un fait, c'est le milieu entre la négation absolue et l'affirmation absolue, le milieu entre rien et tout.

Or cet instant ne se réalise jamais en une unité véritable, puisqu'il est la négation même de l'unité par deux divisibilités également nécessaires. Ainsi l'unité, le simple sont donc déjà une synthèse des éléments composants. Toute extraction sera donc une synthèse à ce titre, et il n'y aura de différence qu'entre la complexité des synthèses. L'esprit n'appelle pas l'extraction d'un fait une synthèse pas plus que l'unité,^ bien que tout fait soit décomposable à la façon de l'unité. Pris dans ce sens, le fait serait, comme l'unité mathématique, le

point d'intersection entre les synthèses ascendantes et les analyses descendantes. Le fait est donc nne unité factice qui cache tout à la fois la synthèse et l'abstraction. Prenez le fait notion, le fait arbre, le fait nombre, vous les décomposerez également en parties, ou vous les ajouterez à euxmêmes. Acceptons donc, à la façon des mathématiques, le fait comme une unité accordée; fictive quoiqu'elle ait sa raison d'être, qui est d'être l'intersection de Tindéfiniment grand et de l'indéfiniment petit. Le fait sera notre unité comme I pour la nécessité des opérations. Nous appellerons donc de cette façon, simple le fait fourni par l'extraction, rintuition et la perception, tout en sachant bien qu'il n'est pas plus simple que un, et qu'il est décomposable comme lui. Au contraire, nous appellerons synthèse, le total des unités ajoutées , le résultat de l'opération de Tesprit sur des faits divers.

Aussitôt donc qu'il n'y aura plus raisonnement latent, mais raisonnement sensible, même à l'état instinctif, nous verrons se produire la synthèse. •

Ainsi nous appellerons fait simple l'affirmation arbre, homme, pierre, notion, idée, nombre, bien qu'il y ait sentiment du nécessaire de l'être fourni par l'intuition, se mêlant k la perception de la réalisation contingente. Nous appellerons par ^lleurs synthèse , l'union de différents faits entre • eux, soit nécessaires , soit contingents, comme cet arbre est beau (union d'un fait matériel à sa loi fait spirituel), les arbres forment la forêt (union d'un fait matérjel à d'autres faits matériels). Cette idée est juste (union d'un fait spirituel à sa loi fait spirituel). Cette idée se lie à d'autres idées (union d'un fait spirituel à d'autres faits spirituels).

Toute synthèse contient une appréciation du fait par l'esprit; et c'est pour cela que nous avons dit qu'elle constituait une véritable assimilation. Ce n'est plus seulement ce fait restant comme extérieur k l'esprit tout en étant vie , c'est véritablement le fait s'inoculant k la connaissance, c'est-k-dire deven^int l'esprit lui-même, puisque pour l'esprit être c'est connaître. Les facultés de l'esprit tout en étant lui, sont donc encore plus son moyen d'arriver k être par l'être assimilé,

qu'elles ne sont sa vie. Si l'esprit n'avait que ses facultés et pas l'être, on peut dire qu'il serait comme n'étant pas.

Cet être qui aiguillonne l'esprit par le fait , va enfin venir rassasier la faim , la soif qu'il a fait naître, et par les faits saisis dans les différentes modalités spirituelle ou matérielle, l'esprit se reposera dans Têtre. Ce repos, cette vie , c'est la synthèse, et c'est pour atteindre ce but que les facultés lui sont données.

La synthèse est donc l'assimilation de l'idée -être par l'esprit.

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