CHAPITRE VI
Cette nécessité où est l'esprit de tout faire passer par la méthode a toujours attaché celle-ci aux religions. Affirmations à priori, même en les supposant vraies, elles nécessitent la négation de l'a posteriori dans tous les points fondamentaux qu'elles érigent par là en dogmes indiscutables. L'esprit s'aperçoit tôt ou tard que sa méthode propre, qui résulte de Tordre même de ses facultés en acte, lui est' enlevée, que p^r là la vie de ses facultés est tronquée, la connaissance dénaturée.
Aussi la science, partout et justement, a tendu, à s'affranchir des religions vraies ou fausses. ' G'ést un invincible instinct de l'esprit, c'eist l'action miême de sa nature, qui est de ne pouvoir connaître que par sa méthode propre. L'a priori n'est pas cette méthode. Il lalui faut entière, il s'en inquiète, la cherche , et il ne se reposera que* lorsqu'elle sera scientifique , c'est-à-dire certaine et absolue.
C'est par ces* raisons que la philosophie. grecque s'était af-. franchie du panthéisme polythéiste.. Aucun vrai métaphyi?iden n'a été panthéiste*. De nos jours la science moderne se
1. Cette assertion demanderait de longs développements; elle ne peut être ici fortifiée que de quelques citations.
Qu'est-ce que le premier fécondateur des eaux de Thaïes, e premier moteur d'Aristote, l'intelligence de Platon, sinon la négation du principe panthéistique ou anthropomorphiste ? Je ne crains pas de m'avancer en
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déclare libre du christianisme, même lorsqu'elle arrive à des résultats analogues. Elle a raison.
Que les religions séparent donc la notion méthodique de leur affirmation. C'est à ce prix qu'elles pourront conserver et faire examiner les vérités qu'elles peuvent contenir.*
La méthode est la liberté de l'esprit. L'esprit h'estpas libre de ne pas être libre. Son indépendance lui eët fatale. Grande
disant qu'il n'y a qu'un vrai système panthéistique, c'est celui qui résulte de la .théorie de la substanee de Spinoza. L'antiquité est déiste.
Dieu, dit Platon (il y a ici ôsoç, ce qui, gelon qu'il l'écrivait à Denys, est la marque de sa doctrine intime), Dieu contenant le principe, la fin et le milieu dbs choses.... est la mesure souveraine du tout. {De îeg. lib. IV.) ''^
Aristote dit : «Il n'est point d'être dans le monde qui puisse se suffire à soi-même et qui ne périsse s'il est abandonné de Dieu (Ôeoù). C'est ce qui a fait dire aux anciens que tout était plein de dieux (Seôv), qu'ils entrent en nous par les yeux, par les oreilles, les sens, paroles qui conviennent à la puissance active de Dieu, plus qu'à sa nature. Dieu (ôeôç) est réellement le père ((jtonfip), le générateur (ynvifiTwp) de tous les êtres du monde. Il ne l'est pas par effort comme l'artisan, il l'est par sa puissance. Assis au. plus haut du monde, au sommet de l'univers, il se nomme le Très-Haut. » (Arist. De mundOj cap. iv.)
Thaïes avait dit : « Le plus ancien des êtres est Dieu, car il n'est point né. npEcrêuTaTov tûvovtûv ôeoç.... àyyivrjTOv yàp. » (Diog.JLaert. in Thalet.) Et encore : « Une force divine (ôvvaiJLtvOeîav) pénétrait l'eau élémentaire et la mouvait. »
Cicéron disait : «Illum vero et Jovem et dominatorem rerumet omnia nutu regentem est idem Rnnius.
Patrem divumque hominumque et praesentem ac praepoten-
tem deum. Quod qui dubitet, haud sane intelligo cur non idem sol sit, dubitare possit. {De natura deorum, lib. Il, c. xi.)
Toutes les fois que le panthéisme se fait philosopliie et aborde sans hésiter l'idée de cause, il se transforme en déisme. Les religions panthéistiques n'ont subsisté q|Lie par l'impuissance à remonter à cette notion. Le système de Spinoza n'est panthéiste qu'autant qu'il considère la substance comme la notion primordiale, et qu'il laisse systématiquement l'idée de cause comme impliquée, non comme expliquée. Dès que les continuateurs de Spinoza veulent rendre compte de la cause, Hegel, par exemple, ils arrivent à une genèse qui infirme la théorie panthéistique. C'est par des raisons analogues que le déisme coexiste avec le panthéisme et l'anthropomorphisme formulés dans l'antiquité égyptienne, grecque et romaine. Quoi qu'il en soit, la science ne peut suivre dans ces contradictions que la trace d'une unité primitive.
Les Égyptiens, au dire de Strabon (lib. XVII), reconnaissaient un Dieu
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et sublime nécessité ! Il a beaa se lier dans la foi, il a beau s'abandonner et se déserter lui-même, il est libre. C'est son instinct méthodique qui lui a fait adopter sa foi. D'autre part l'esprit se croit plus indépendant dans la science, il ne Test pas. Fatalement libre, il exerce des deux côtés les mêmes facultés comme nous le verrons. Sa méthode lui fait sa foi, lui fait sa science, selon qu'elle est instinct ou notion.
étemel , cause souveraine et unique qu'ils appelaient Kneph selon Plutarque (de Isid. et Osirid. Op. tom. II); qu'ils honoraient à Mem» phis sous le nom de Fhtas, ordonnateur, ou encore Amoun, esprit créateur.
Aristote raconte {Dégénérât, lib. I) qu'Anaxagore soutenait que les corps célestes n'étaient pas des dieux, mais étaient gouvernés par Vlntelligenee.
Dieu (Oeoç), ditSolon, roi et maître des choses et des immortels, surpasse tout en puissance.
Timée de Locres parle ainsi : « Il y a deux causes des êtres, l'intelligenee, cause de ce qui naît selon le verbe ; la fatalité, cause de ce qui naît selon la force. »
On trouve bien un dualisme de principe ici , comme dans les théologies indiennes, mais non pas un panthéisme. Le dualisme est un déisme encore.
Pour Pythagore, Zeus marquait l'être qui a donné la vie à tout.
On pourrait multiplier les citations. Platon au Timée dit : «c ô icavTôv flrrrpLwv 6eô;. » Il l'appelle : tô Ôv, celui qui est.
Aristote {De mundo, cap. vu) : « On le nomme Zeu;, Aïo;, pour marquer que nous sommes par lui, xpovéç pour montrer qu'il est sans terme fl'une éternité aune autre éternité. » Dans la métaphysique il le proclame parfait, intelligent par nature, temps sans fin, force sans fin.
tt Cicéron,.ce résumé des croyances antiques : aNec Deus intelligi potest, nisi mens soluta et libéra.... omnia movens ipsaque praedita motu sempitemo. »
De ces passages et de tant d'autres, l'inexistence philosophique du pantiiéisme doit être déduite. L'homme ne peut pas rester dans cette doctrine aussitôt qu'il se place résolument en face de l'idée de cause. Il aime mieux tomber dans cet autre excès qui est le déisme , notion isoanie de l'homme et de Dieu, mais qui au moins le satisfait sur ce principe de la causalité.
SO PROCEMIUM.
Iir QOESTION.
QUE LES CLIMATS ET LES RACES NE SONT PAS LA CAUSE PREMIÈRE DES CrVUJSATIONS', MAIS LA MÉTHODE.