CHAPITRE V
Par les instincts de racé on arriverait à détruire là raison. S'ils sont assez puissants pour créer la notion du monothéisme par exeinple , ils' le seraient pour, engendrer des hommes fatals. L'instinct resterait instinct, éi c'est précisément le contraire qui se passe dans l'humanité. Aussitôt qu'une loi absolue est découverte, et scientifiquement établie.
1. Du grand mouvement spéculatif. d'Abailard au douzième siècle, il faut toucher au temps de Descartes pour voir la métaphysique en essor. Est-ce la faute du génie français î L'Allemagne , après le grand effort qu'elle vient de faire, ne.se repose- t-elle pas? Est-ce la nature môme de l'étude métaphysique qui appelle ces élans et ces silences ? Quand elle a posé les principes, les nations l'abandonnent-elles pour appliquer dans les choses les progrès qui résultent du mouvement intellectuel? N'est-ce pas aussi parce' que la méthode, n'étant pas certaine, laisse à la haute spéculation un caractère conjectural? La métaphysique, tout à la fois indispensable à l'esprit et peu solide, attire donc et lasse les hommes. Après chaque élan ils l'abandonnent découragés pour se jeter aux choses sociales et tangibles, quitte à y revenir quand l'épuisement des idées devenu trop grand, met l'humanité en danger. Il est donc permLs de penser que le va et vient; de cette science errante dans l'humstité comme sans pouvoir s'y fixer, cesserait, et qu'elle serait à la façon des autres une connaissance toujours présente avec une méthode qui assurerait sa base et sa solidité.
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nous voyons toutes les races s'y soumettre sans hésiter, oublier leurs instincts et se fondre dans l'unité de la loi. Instinct, mot vague. Qu'est-ce que l'instinct chez l'homme? c'est la raison spontanée servie par une méthode native. Or, comme le propre de la raison est d'être par des lois, des idées générales et nécessaires, il en résulte que la diversité des hommes par l'instinct, n'ept qu'une immense unité dans la loi absolue du vrai.
Certes, les climats ont une profonde influence sur les hommes quand ils sont abandonnés par l'idée et comme livrés en pâture aux influences extérieures et matérielles. Mais un pôle intellectuel ou moral qui les fixe, leur fait comme à l'aimant refuser de subir toute autre action. Les influences secondaires s'annihilent devant les fortes convictions que donnent, soit les hauts sentiments, soit les grandes certitudes. Les sentiments sont des fois, les certitudes des sciences. Méthodes instinctives, méthodes démontrées, elles portent l'homme. Il est par là au-dessus de la chaleur et du froid, de l'humide ou du sec, du bilieux ou du lympathique, du nerveux ou du sanguin, au-dessus de la vie et de la mort. C'est là ce qui le monte par de Ik lui-même en lui donnant, le toujours nouveau, le jamais mort, le toujours renaissant espoir du bien, du vrai et du beau absolus. *
Quand la Grèce et l'Italie étaient animées des puissants instincts méthodiques que nous définirons tout à l'heure, elles ont vaincu toutes les inûuences extérieures que l'on accuse aujourd'hui de peser sur elles. Mettez une loi absolue, une foi, une science dans l'âme d'un peuple, il vaincra tout et il se vaincra lui-même. Il anéantira l'action du climat par ses inventions et sa volonté, il se créera un tempérament nouveau par l'hygiène, il se fera un gouvernement calqué sur sa foi, sa science. Il dispersera et subjuguera toutes les tyrannies de la nature et des hommes. Rien n'est obstacle, ni péril, à l'homme armé d'une loi absolue.
L'absolu est le but, la méthode est le moyen. Si le moyen n'est pas senti ou connu comme certain, l'homme abandonne le but. La méthode contracte par là une force de levier qu'elle partage avec l'absolu lui- même. Tout dort, tout s'éveille avecou
sans but, avec ou sans méthode. Le catholicisme laissa le inonde sans but quand il vouTut le confiner dans une méthode à priori qui était épuisée. Aussi le monde devait-il fatalement sortir de la méthode catholique pour retrouver un but et une vitalité. La méthode de Descartes épuisée aujourd'hui, ne laisse plus qu'un but à la société moderne, celui que peut atteindre V expérience nécessairement résistante à tout. Le but est devenu fatal par la méthode : les choses de la matière. Qu'on donne à Khomme une méthode absolue et parfaite, et il poursuivra par elle le but de l'absolu et du parfait. Le but se proportionne au moyen de l'atteindre ; ils se rapetissent et s'agrandissent ensemble. Vous qui voulez porter Thomme à l'absolu, vous n'avez qu'un moyen, donnez-lui la méthode absolue. Et cela s'adresse à tous, aux religieux qui veulent placer l'homme en Dieu, aux savants qm veulent lui assurer les lois absolues du vrai, aux artistes qui veulent l'élever par les lois absolues du beau, aux industriels qui font pénétrer les lois absolues de la science dans la vie, aux politiques qui veulent appliquer la loi absolue de justice.
Pourquoi la Grèce et l'Italie ont elles élé la civilisation et la pensée? Pourquoi se sont elles afiaissées sous ces climats qu'elles domptaient?
La Grèce avait perdu l'essor de son intelligence et sa virilité dans la sophistique née de l'impuissance de sa méthode. N'étant plus soulevée par cet amour des lois absolues qu'elle avait tant maniées jusqu'à les discréditer, elle ne croyait plus ni en elles ni en soi. La conquête et la tyrannie, toujours épiant les découragements des peuples, n'avaient plus qu'à la saisir toute épuisée de beauté.
L'Italie ayant jusqu'au bout, pressé, tordu ce critérium de» la foi qui lui avait soufflé tant d'enthousiasmes, n'avait plus qu'à se reposer de ses faraudes inspirations, et à se laisser glisser sous cette mêmn foi devenue tyrannie après avoir été liberté, frein, après avoir été essor. Et cette foi devait être esclavage le jour oïl, l'esprit ayant comblé d'oeuvres tout l'a priori, voudrait enfin soumettre la connaissaiAce à Va posteriori.
Non-seulement la notion de la méthode donne à l'homme des impulsions, des idées, mais elle le porte vers telles ou
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telles idées ; pins encore, vers nne manière propre de concevoir et de réaliser les mêmes idées. C'est ainsi qu'on voit Tidéal des civilisations se modifier avec les notions méthodiques, les réalisations artistiques et politiques en prendre des caractères très-divers. Cette assertion nous paraîtra plus claire au livre de la génération de l'histoire par la méthode que celni-ci prépare et complète.