‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 19 sur 130 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

On a voulu faire tout dépendre en Thomme des milieux dans lesquels il vit, des gouvernements qu'il subit, des objets et des pensées qui l'entourent*.

Gomme principe, Thomme ne dépend que de l'absolu. Il faut l'affirmer sans nier les autres influences; c'est une afi'aire d'hiérarchie. Ainsi, les peuples sont libres tant qu'ils sont attachés à la vertu, c'est l'histoire des républiques grecque, romaine, suisse, etc. C'est que la vertu est la loi absolue de justice s'incarnant dans chaque citoyen, et par là établissant l'ordre et la liberté.

Comment la société chrétienne des cinq premiers i^ècles est-elle arrivée à vaincre la société civile romaine si jJbissamment organisée? Toutes les institutions propres au gouvernement et au développement des intelligences étaient ordonnées et fonctionnaient, quand la, société religieuse n'avait aucun . moyen spécial d'enseignement. Les idées, les convictions qui en naissaient, étaient toute sa force.

l.Le dernier siècle par Montesquieu, Voltaire, les économistes, les publicistes, se montre sous cette préoccupation dominante, qui est encore très-ordinaire de nos jours. C'est une dernière erreur.

Certes, l'état moral et l'état sf^al ont l'un sur Tautre des influences réciproques, il faudrait se garder de les nier. Partout où l'on considère l'homme, on trouve ce cercle que nous constatons plus loin dans la connaissance. Mais on matérialise l'humanité, en faisant dépendre l'état moral uniquement de l'état social. Cette théorie est l'application à l'histoire de la doctrine philosophique de la sensation, cause première des idées.

30 PROCEMIUM.

Gomment expliquer ces prodigieux développements du génie dès la naissance du monde et avant l'histoire? N'estce pas parce que l'esprit est assez fort pour oublier son milieu et se placer en face de Tahsolu? N'est-ce pas parce qu'il reçoit une vérité immuable que tous les développements postérieurs ne dépasseront pas? Tout progrès, toute invention se produit par cette supériorité de l'esprit à son milieu. Le génie a cela que si ce qui l'entoure lui est occasion, il ne lui est pas cause. Il plonge dans l'absolu droit et sans biais, et c'est ainsi qu« son œuvre estJsrraie partout et à tout âge.

Tous les quatre ou cinq siècles un homme pense : c'est le méthodiste ; un homme sent : c'est le poète ou l'artiste ; un homme organise : c'est le politique. Le reste en vit et fait le détail.

Si le milieu pesait autant qu'on le veut dire, il n'y aurait que des œuvres relativement vraies, non absolument. Job, David, Homère, Phidias, Michel- Ange, Schakespeare, Corneille, Molière, sont certes des génies où l'influence des temps s'affirme, mais tous les caprices de leurs personnalités et de leurs époques ont leur haut et solide appui dans des lois observées. Les lois ne se trouvent que dans les vérités nécessaires.

En quelque temps qu'une vérité scientifique soit prouvée, par Euclyde ou par Pascal, elle est une. On veut que la science §oit impersonnelle, l'art au contraire individuel. L'appareil méthodique qui s'attache à l'art et qui fait sa formule empêche de remonter à la loi aussi facilement que dans la science qui la conserve isolée et la met comme nue hors de tous les moyens employés, mais au fond c'est tout un.

Le propre du génie est d'être indépendant de son milieu pour se fixer dans la vérité en soi. Phidias est une révolution, Michel- Ange une révolution. Il est bien rare que le génie ne commence, pas par être seul de son avis. Qui fait le génie? c'est l'absolu. Qui fait le milieu ? c'est le génie et essentiellement et i;ar-dessus tous le géni^îméthodique. Certes il y a échange d'influences du milieu sur le génie et du génie sur la société, mais le véritable engendrement se fait par l'absolu coulant au milieu les hommes avec l'intermédiaire du génie au moyen do la méthode. Sous le jour qui nous occupe ici le

génie est Tutilisation des découvertes et de l'état du milieu pour arriver à des lois absolues nouvelles, par la méthode nécessaire soit spontanée soit scientifique.

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