‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 20 sur 130 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Les esprits semblent comme divisés en castes naturelles qui se retrouvent dans toutes les latitudes, toutes les races, tous ies états sociaux, et se perpétuent d'un bout à Tautre des temps, plus infranchissables que les séparations et les hiérarchies factices des sociétés et des peuples.

Les premiers qui ont la puissance de communiquer directeraeot avec les lois absolues, qui en ont la vision, la vue, le toucher, qui en font la preuve parles choses et par elles-mêmes, qui se les assimilent, les pétrissent, les triturent dans une réalité scientifique, artistique , morale, politique : c'est le génie.

Les seconds qui, incapables de monter aux lois absolues en ellesr-mêmes, les voient par l'intermédiaire des premiers et dans leurs œuvres. Imitateurs, élèves, critiques, échos non pas voix, dispersion des rayons concentriques du génie, vulgarisation parfois humble, parfois magnifique, appelant sans cesse la foule à communiquer avec le génie et par le génie avec l'absolu : c'est l'intelligence.

La foule enfin, noblesse on peuple, richesse ou pauvreté, vaste instiiict, incapable de se fixer par soi dans 1 absolu, incapable d'en voir par soi les lois dans les œuvres du génie, toujours enracinée dans le milieu, le subissant, vivant par la foi des dogmes que lui fait le génie et que lui vulgarise l'intelligence. Ceux-là c'est l'ignorance.

Voilà les vraies races dans l'humanité. Encore faut-il en amoindrir les divisions par une reconnaissance générale et permanente des vérités nécessaires vivant au fond de chacun, tant par la méthode instinctive que par le sentiment des lois.

32 PROCEMIUM.

Cette double force donne souvent à l'ignorance naïve la puissance de juger indépendamment du milieu, et d'être ainsi en proche contact avec le génie. Beaucoup de grands hommes ont aimé, pour cette raison, à consulter les simples. L'absolu est la mesure de l'homme. Tout passe sous cette toise immuable.

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