CHAPITRE IV
Considérez la loi absolue de la justice et son critérium politique, et vous aurez la cause profonde des bouleversements intérieurs des nations. Les révolutions sont es déplacements de ce critérium politique de la justice. L'homme du passé est celui qui pense, qu'eu égard à la nature humaine, le critérium politique existant est le seul possible , l'homme du progrès est celui qui aspire à en trouver un plus parfait. L'absolutiste est celui qui, considérant l'humanité comme incapable de l'atteindre, veut qu'il reste sans cesse aux mains d'un seul. Le libre est celui qui veut, comme critérium politique, ce sens général, universel et permanent de la justice qui est le fond même de la conscience développée par l'éducation. Le même sentiment, la même idée haute se retrouvent donc dans tous les partis qui se déchirent et se calomnient. Certes, les intérêts propres se mêlent à ces hautes raisons, et leur font un revêtement indigne, mais si l'on pénètre jusqu'à la cause d'action de ces égoïsmes sur les masses on voit que la justice, le moyen de la contrôler et de l'appliquer sont le vrai fond. Pour n'en donner qu'une preuve, ne constate-t-on pas que chaque parti ne parle qu'au nom de la justice et de sa plus parfaite distribution ? C'est une loi absolue et une méthode qui mènent les Étals dans leurs paix et dans leurs troubles.
34 PROOËMiUM.
Ne confondons pas cependant le contrôle politique avec le contrôle philosophique. Le premier ne saurait être infaillible comme le second le doit être nécessairement. La vie individuelle et politique correspond à cette partie de la méthode qui est pour la science, l'expérimentation, le syllogisme, le calcul. Or, les opérations vitales ne sauraient être plus parfaites que les scientifiques. Cependant on doit dire que, pour la même raison que la science devient plus sûre par la méthode, ainsi doit faire la violes civilisations sont les grands éclats des critériums philosophiques, les bons gouvernements des critériums politiques.
Parvenir à fixer certainement le contrôle absolu des institutions sociales, serait nécessiter l'organisation du critérium politique, de telle sorte que l'absolu aurait le plus d'influence possible. Par là on pourrait espérer que les révolutions arriveraient à des transformations par la paix.
La vie de l'homme moderne a soif d'absolu. L'industrie, les applications de la science à la vie par la vapeur, l'électricité, les découvertes physiques de toutes sortes, c'est l'homme vivant des lois nécessaires. Il veut cette vie dans toutes ses applications. Il en cherche la réalisation par la politique comme dans tous les autres ordres de développements. Il ne pourra l'atteindre que par une évolution de la méthode qui, lui posant le critérium philosophique certain, préparera la paix par l'association de l'homme et de l'absolu.
Il sera prouvé que la méthode de l'évidence pose l'individu en critérium. Elle fait de même des nations. Or si les peuples peuvent se constituer comme contrôles, c'est relativement non absolument. Que l'ensemble des citoyens soit le critérium relatif et utilitaire des gouvernements et de leurs actes. C'est bien, ce sont des intérêts en présence. C'est la liberté dans sa vie.
Là sont de graves confusions que les démocraties, les théocraties, les tyrannies encouragent également, chacune à son profit.
Ni les peuples ni les rois ni les prêtres ne sont critériums, mais le fait absolu et permanent de justice Test des prêtres, des peuples ot des rois. Les organisations sociales ei gouver-
nementales sont les moyens méthodiques d'arriver à la pratique du critérium. Voilà la classification. Écoutez du fond da temps les trois grands cris de tous les cataclysmes politiqaes : Les rois : nous serons les critériums ; les pefwples : nous serons les critériums ; les prêtres : nous serons les critériums. Mais Yous n'êtes critériums ni les uns ni les autres. Cessez dWoser la terre du sang de vos assassinats. Malheur à celui qui se fait critérium. La justice vient qui le foule. Et les instruments qu'elle emploie sont ces prétendus et impuissants critériums.