‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 27 sur 130 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Avant tout il faut vivre. La perfection de la vie étant le résultat de la perfection de la notion de la méthode et de la notion absolue, Thomme privé de la vraie loi de cohésion des choses humaines, accepte saos hésiter les liens factices. Il fait bien. Ainsi l'erreur se trouve nécessaire à l'homme ; les faux étals sociaux nécessaires : le progrès seul peut les vaincre. Le progrès, c'est-à-dire les lois absolues découvertes par les révolutions intellectuelles, et appliquées parles révolutions sociales. Les révolutions sont donc une nécessité résultant de l'impuissance méthodique et de l'ignorance des lois absolues. Par contre, elles cesseraient si la cohésion des développements humains s'opérait par la méthode certaine et par la connaissance scientifique des lois; — c'est l'idéal.

Mais sous peine de voir toute vie s'arrêter sous le rêve stérile d'un idéal irréalisable par les moyens connus, il faut monter à la perfection au travers de l'imparfait, à la vérité au travers de Terreur, à l'absolu au travers de ces essais contingents, transitoires, enfantins où l'horrible et le ridicule se disputent Tempire des esprits et des choses. L'erreur est d'essence à ia nature humaine dans le cours de ses développements. L'homme le sent, il le sait et il s'y apprivoise. Jusqu'ici tout serait bien. Mais il s'y entête. L'erreur dont il a pris l'habitude lui devient chère, et il combat pour elle contre la vérité elle-même.

Toute cohésion est factice qui est opérée par la puissance d'un des développements s'imposant aux autres. Ainsi, si la religion veut s'imposer à la philosophie, à la science, à l'art, aux développements politiques, ce lien factice constitue une théocratie. Si le gouvernement tend au même but, il devient autocratie gouvernementale. Dans les deux cas, il y a unité

40 PROOEMIUM.

artificielle. Il en est de même quand Tindividu, justement révolté des tyrannies théocratiques et gouvernementales, arrache le critérium du vrai au prêtre, à l'État, et se Tarroge. .

L'humanité, sans la notion du critérium infaillible et de la méthode certaine , passe sa vie dans les essais successifs et impuissants de ces trois cohésions mensongères et dangereuses. C'est de ce cercle épouvantable et infranchi qu'il faut la tirer.

Page 1