CHAPITRE VI
Dans les tâtonnements méthodiques que le monde ignorant a parcourus, le critérium a été successivement attribué à l'un ou Tautre des développements qui par là prenait une valeur de contrôle définitif. Les autres devenaient esclaves. Il faut à l'homme, ne craignons pas de le répéter, un contrôle de la vérité, dé la justice. N'ayant pas le vrai il en imagine un qui en tienne lieu. C'est une fatalité de la vie. Il se débat ainsi cherchant les critériums les moins injustes et les plus larges. Tantôt il s'en remet à l'État, tantôt à la religion, et des situations sociales très-diverses en découlent. Les arts, les sciences en subissent l'esclavage. Il faut un Phidias pour rompre le cours consacré de l'art éginétique, un Masaccio pour préparer 1» renaissance, un Thaïes, un Bacon, un Descartes pour rendre l'esprit indépendant des critériums de tyrannie.
42 PROOËMIUM.
Rien n'embarrasse tant les hommes que de se trouver un critérium. Une académie, un tribunal, un arbitre, un expert, autant de critériums. Quand le peuple grec fatigué des troubles publics et des inconstances des factions, appelait un sage à lui donner des lois, il cherchait un critérium. Quand les législateurs et les prêtres des premiers âges entouraient leurs ordonnances de mystères, ils voulaient assurer la solidité du critérium par la terreur de l'inconnu. Un dictateur est un critérium. Quand les États se modifient en république, en autocratie, en royauté, en tyrannie, c*est le critérium qui se déplace du peuple aux grands, des grands au roi, du roi au tyran. Quand l'élection dans l'Église passe du peuple aux évêques, des évêques aux papes, c'est le critérium qui de tous passe à quelques-uns, puis à un seul.
Qu'est-ce qu'une tyrannie? Un État où le gouvernement se fait le critérium de la vérité et de la vie.
Qu'est-te que la théocratie? Un État où le prêtre s'établit en critérium de la vérité et de la vie.
Qu'est-ce que la licence? Un État où l'individu se pose en critérium de la vérité et de la vie.
Qu'est-ce que la liberté? Un État où l'absolu et ses lois nécessaires par la méthode certaine sont le critérium de la vérité et de la vie.
Quand la méthode ne fait pas la cohésion des hommes les tyrans la font. Désorganisation c'est inexistence, ordre factice c'est encore vie, si c'est vie incomplète.
La méthode opère la cohésion par les lois nécessaires du vrai, du bien et du beau certifiées. Et comme elle est une comme ces lois sont une unité nécessaire, le lien se trouve nécessairement un entre tous les développements. Il y a donc deux principes de cohésion qui n'en font qu'un à cause du lien qu'ils ont entre eux. Le premier d'essence aux choses mêmes, intime à leur être, et qui n'est que le lien des lois entre elles se transmettant aux applications. Cohésion fatale divine. Le deuxième humain, d'essence k l'esprit, nécessaire au développement vital, scientifique, social, indispensable pour parfaire la première cohésion en ce qui regarde l'homme et celui-là c'est la méthode.
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Tel est ridéal de cohésion ; et comme le critérium infaillible, la méthode certaine peuvent nous conduire à la connaissance des lois nécessaires, telle est en même temps la vraie loi de cohésion des choses humaines. Toute autre est faclice, artificielle, arbitraire, transitoire, comme toute méthode qui n'est pas scientifique, comme tout critérium qui n'est pas l'absolu.
J'ai poussé la question à toute logique. Dans la pratique de la vie il est rare que les choses arrivent aux extrêmes, La masse des hoqimes, le balancement des intérêts, des personnalités, des institutions, arrêtent les conséquences absolues qui peuvent se montrer par éclats et par instants mais ne sont pas de durée. La vie a son équilibre comme les principes ont leur marche inévitable. L'erreur n'est jamais sans vérité, le mal moral ne vit pas sans le bien. Le despotisme n'a pas une rigueur de conséquence telle que la liberté s'efface. Il a son cercle, hors de là est l'affranchissement.
L'humanité s'enfuit de la logique aussitôt qu'il faut pour en atteindre la fin arriver à trop de mal. Au moment où l'erreur, le faux , la servitude semblent monter au comble , la droiture naturelle de la constitiution de l'esprit, la présence secrète des idées nécessaires, la conscience de la liberté font contre-poids. Tout se compose comme de soi. Cependant condura-t-on de cette puissance et tout à la fois de cette impuissance de l'homme qu'il ne faut pas éclairer la marche de l'humanité par les principes? Erreur et pusillanimité. Que si l'homme connaît les lois absolues de son développement, quand bien même il n*arriverait pas à les réaliser, au moins éviterait-il par elles le mal contraire et les fluctuations hors de sa voie. Il fait plus et la science et ses applications nous montrent les lois nécessaires vivant parmi nous.