CHAPITRE IL
Dans les sociétés primitives , qu'on les examine aux premiers jours du monde, chez les barbares qui détruisirent Tempire romain , chez les hordes de l'Amérique la liberté personnelle est le premier fait. Cette liberté n'a qu'un contrôle : la force. C'est la guerre continuelle et violente des individualités.
Il n'y a gouvernement des hommes ni par les hommes ni par une puissance publique. Pour qu'un pareil état pût se continuer, il faudrait supposer chez chacun une perfection morale et intellectuelle, qui nécessiterait et la connaissance des lois absolues, et la méthode et la pratique parfaites.
Gomme dans ces sociétés tout est passion et ignorance, cette situation dure peu. Aussitôt que les rapports se multiplient, les hommes deviennent inégaux; les faibles sont esclaves, les forts sont maîtres. Et pour que les intérêts des forts soient respectés, il s'élève une puissance collective qui est le pouvoir public. C'est donc la force d'une aristocratie, d'un état qui se substitue à la force individuelle.
Ce n'est pas tout.
Les gouvernants, pour se protéger davantage, exploitent bien vite ce sentiment poignant et intime qui impose à l'homme au nom de la cause première elle-même, et ainsi tout le rouage de la force brutale et matérielle, mystérieuse et secrète, se trouve actif dans les sociétés. Du haut en bas, et malgré le balancement que les trois forces s'opposent entre elles, tout ce qui a force fait loi et vérité.
Lq violent s'impose. Le rusé s'entoure de terreurs. Les sociétés se forment sous ces unités mensongères.
Celte vie se continue jusqu'au jour où Thomme aperçoit qu'il y a une science. Il ne sait rien, mais il sait qu'il pourra
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savoir. C'est Taurore de la liberté comme de la pensée. Jusquelà toutes ses productions spontanées, c'est-à-dire ses arts, semblent des résultats de sa faculté vitale. Le critérium de la force en est l'idéal et enfante ces monuments gigantesques et embryonnaires où l'immensité est la perfection et la beauté. Les arts se développent sous cet état que l'habitude consacre, que les tyrannies maintiennent, que le mystère et les prohibitions de la pensée font durer.
Le jour où l'esprit sent la nécessité de la science, la méthode primitive est close. Il va nécessairement s'en former une seconde qui naîtra tout à la fois de cette première conscience que l'humanité prend d'elle-même en contemplant la puissance qu'elle a développée par l'art ; de ce sourd travail que la connaissance imprécise, mais déjà grande des choses extérieures, détermine dans la pensée ; enfin de ce contact des objets et des lois absolues que l'intelligence relie même sans le vouloir et sans y. penser.
A cette phase correspond une religion tout à la fois méthode, science et gouvernement. Nous sommes dans les théocraties antiques. Le mystère les perpétue, et il est des peuples qui ne les ont pas encore dépassées.
Les luttes de ces âges se concentrent entre la force matérielle, s'opposant comme critérium à ce redoutable sentiment de la puissance créatrice et causent ces mélanges et ces alternances de théocraties et de tyrannies que l'on voit à tous les commencements des civilisations. C'est durant ces combats et au miheu des entraves qu'ils engendrent, c'est parmi les esclavages, nés de ces gouvernements contempteurs de l'homme, que l'esprit grandit par les arts et appelle la science.
Iir QUESTION.