CHAPITRE I
Délivré du mystère, de la force critérium qui l'impose ou qui s'impose, l'esprit s'ouvre aux choses et aux idées coinme en un réveil ; il voit, observe et raisonne sur les observations faites.
Phérécyde fut peut-être celui qui commença à écrire rationnellement sur les choses et leur essence. Cependant on tient avec Gicéron Thaïes pour le premier des philosophes. Certes, s'il est une gloire grande et pure, c'est celle de l'homme qui osa penser et raisonner quand, jusqu'à lui, l'humanité n'avait fait, pour ainsi parler, que sentir. Cette révolution est-elle d'un homme ? Non, si Ton considère que l'esprit, raisonnant par nature, a toujours pensé; oui, si Ton remonte jusqu'à la conscience du droit et du pouvoir de raisonner. L'on ne sait à qui en porter la reconnaissance.
Quoi qu'il en soit, tenons que Thaïes et les physiciens furent les inventeurs, inconscients peut-être, mais à coup sûr novateurs, de la méthode grecque. Le spectacle des abus du critérium force et mystère, la comparaison de ses affirmations avec la grande vue de la nature détermina le changement aussi simple en son principe que fécond dans ses résultats. Thaïes fit à peu près pour la Grèce ce que Bacon fit pour lés temps modernes. Regarder, raisonner sur la chose vue, c'est le premier pas que devait laire l'esprit libre : c'était une méthode naturelle qui surgissait de la relation même
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de la pensée ignorante et des objets vus. Que pouvait faire l'intelligence autre chose que rapprocher par le syllogisme les faits des causes et des* lois? Quelles preuves pouvait-elle espérer à ces rapprochements? Quel contrôle autre que le rapprochement lui-même ? Par là le syllogisme devenait donc naturellement et le moyen et le contrôle de la connaissance. Le temps seul pouvait amener h constater les erreurs et les dangers de^ ce procédé incomplet, et cependant nécessaire quand on considère Tétat primitif de l'esprit.