CHAPITRE
Je ne crains pas de m'avancer en considérant la méthode grecque comme la cause de ce polythéisme nouveau dans le monde. Sous le critérium de la force, on adorait toute puissance visible, bonne ou mauvaise, le monstre, la bête fauve comme le protecteur, l'inerte résistant comme l'actif. La force tenant lieu de critérium absolu, tout ce qui avait puissance était considéré comme l'absolu : Adoration du tangible matériel.
Dans son polythéisme, le Grec adorait une cause immédiate, inconnue, qu'il avait observée, mais dont il ne savait se rendre raison. C'était déjà un spiritualisme relatif. L'esprit, appuyé sur l'observation, devait sans cesse découvrir; mais n'ayant pas Vexpèrience^ il ne pouvait remonter au principe réel. Étonné, admirant, il se confondait en suppositions par le syllogisme. Il est dans la nature du génie humain de proclamer divine toute cause impénétrée et crue impénétrable, parce qu'il est toujours secrètement entraîné par le sentiment de la cause première qui domine tout. Quand donc l'esprit n'est pas contenu et éclairé par l'expérience, il affirme la divinité sous chaque fait par le moyen d'un raisonnement
simple et spontané. Ainsi, toute cause prochaine fut divinisée ^
Quant à l'anthropothéisme qui devint la forme du polythéisme grec et romain, il découlait de l'état de la pensée. La cause observée restait intellectuelle, Thomme étant seul capable d'intelligence parmi les êtres, tout autre que lui fut exdu de l'Olympe. Seul il était digne du nom de Dieu. Le
1. 11 importe peu d'ailleurs que les Grecs, comme l'ont voulu quelques auteurs, aient eu primitivement la notion d'un dieu un, ou au contraire le préjugé de la multiplicité des dieux. Dans le premier cas , leur polythéisme découlerait uniquement de la notion de la méthode; dans le second, elle serait toujours la cause déterminante de leur particularité religiease. On doit dire que les Grecs héritèrent d'un mélange de polythéisme et de monothéisme mal défini et mal compris qui, ne pouvant suffire à ces esprits interrogateurs, laissait pleine carrière à l'invention religieuse par leur méthode. Si les Grecs avaient connu l'expérience comme moyen de connaissance , jamais l'anthropothéisme ne serait né.
11 en est à peu près des religioQs antiques comme de cet état social créé dans les Gaules par le mélange des éléments harhare, chrétien et romain. Tous les systèmes y sont en présence, aucun n'existé véritablement. Ce n'est pas un panthéisme, ce n'est pas un déisme, et c'est le tout ensemble vivant contradictoirement.
Selon Plutarque et des documents récents , les Égyptiens avaient un sentiment de l'unité de Dieu. Ils nommaient le un. Au temple de Saïs on lisait: Je suis ce qui a été, est et sera (Plut. De isid. et osirid,). Les Athéniens avaient un Dieu inconnu, l'meflFable (saint Augustin). Les anciens appelaient Dieu t6 6v (Plut.) . Orphée, dans un fragment conservé par Anstote, dit : Zeus le premier et le dernier, le commencement, le milieu et l'esprit (Arist., De mundo, cap. viu). Propanid^s, précepteur d'Homère : ôaiaoyapyov , le Dieu étemel. Aménophis IV fut considéré comme un hardi réformateur parce qu'il tenta de ramener la religion égyptienne à son type primitif et d'abolir les cultes secondaires afin de né laisser subsister que celui du Dieu unique. On a toujours reconnu une hiérarchie entre Jupiter et les dieux. Saturne n'étaitil pas le dieu premier? n'est-il pas ensuite écrasé par le polythéisme né de lui ? Comme si Ton voulait marquer que les causes secondes cachant la cause première, les hommes n'avaient plus adoré que l'immédiat polythéistique.
La méthode grecque n'était pas assez forte pour dissiper le chaos, elle le continua en l'épurant par la forme religieuse. La philosophie seule s'éleva au monothéisme sans pourtant savoir repousser absolument le polythéisme.
56 PROOEMIUM.
spiritualisme relatif inclus dans le polythéisme grec menait à l'anthropothéisme.