CHAPITRE I
Ce ne sont ni les religions, ni les philosophies , ni les races, ni les climats, ni les organisations sociales qui pèsent le plus profondément et comme cause première sur les civilisations et les développements divers de l'humanité ; c'est la notion de la méthode.
Quelque audacieuse que puisse paraître cette pensée, il faut l'affîrmer hautement contre les religions qui aspirent à la primauté , contre les philosophies qui la leur disputent, contre les historiens qui depuis Montesquieu soutiennent la puissance unique des climats, contre les physiologistes et les philologues qui mettent en avant la théorie des races, contre les politiques qui font tout dépendre de l'organisation des gouvernements et des milieux sociaux.
En effet l'esprit ?,dmet ou rejette, affirme ou nie, croit pu doute, se laisse conduire ou se révolte, subit ou se roidit, est certain ou hésitant par la pression d'un mobile secret ou dévoilé^ connu ou inconnu, mais toujours dominateur. Ce mobile, c*est la méthode. Quand ce n'est pas la méthode théorie, c'est la méthode instinct.
La méthode ne s'invente pas , elle est, elle ne peut pas ne pas être dans la vie, dans la science, dans l'art. L'esprit peut
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en prendre une possession scientifique, non la créer. Trouver l'homme sans méthode , à quelque âge que ce soit de l'humanité, ce serait le trouver sans la pensée et sans le mécanisme de sa pensée. C'est un fait primordial, spontané, nécessaire, parce que c'est l'esprit même vivant.
Aussi l'humanité ne 'connaît le doute sur les questions de méthode qu'aux époques où elle ne croit plus à elle-même ni à rien, dans ces heures de découragement qui sont les décadences parce qu'elles sont les grands épuisements méthodiques.
Hors de là, affirmation audacieuse , imprudente comme la vie. La méthode n'étant que le jeu même des facultés de l'esprit dans leur ordre normal et nécessaire , Thomme la sent vivante en soi. Elle pousse comme la force même de vie inhérente à la faculté. Arrêter l'action de cette méthode naturelle serait arrêter l'activité même de la faculté. Sans un parti pris sur cette notion primordiale ou sans un abandon absolu à son procédé instinctif, la vie s'arrête en tout. C'est une dure alternative que celle où se trouve l'esprit de n'avoir que le procédé spontaûé de ses facultés ou un parti pris sur la méthode,. c'est-à-dire de n'avoir point de notion certaine et scientifique de sa marche; c'est à. ce prix-là qu'il vit, jusqu'à ce que la notion se mette en accord complet avec le procédé naturel.
L'homme sent donc qu'il a raison de se fier à son instinct, et en même temps qu'il en a, la nécessité.