CHAPITRE m
Cependant on ne fit pas attention que la foi n'est qu'une croyance personnelle , qu'une évidence particulière , que le sentiment propre de l'individu acquiesçant à la société spiri tuelle. En faisant la foi critérium on ne donnait donc pas le contrôle à l'absolu, à qui on croyait le conférer. Il restait attaché à l'individu. Par là on ne modifiait donc pas le critérium grec : au lieu de le livrer au raisonnement individuel on le conJBnait dians le sentiment individuel , c'était tout le changement.
La méthode en cela reculait au lieu d'avancer. Plus parfaite, comme nous allons le voir par l'idée d'absolu , elle était plus embryonnaire. Le raisonnement est pour la pensée humaine la perfection du sentiment.
Si l'on avait établi que la certitude était le Hen réel et non la foi y jamais la société spirituelle ne serait arrivée à imposer ses affirmations ; elle les aurait confiées à la méthode. Jamais ne serait entrée dans le monde cette idée odieuse que la foi se peut et se doit imposer pour faire arriver les hommes à l'unité.
Que l'unité spirituelle soit le but du monde ^ nul ne se peut soustraire à cette pensée , s'il réfléchit aux tentatives continuelles que l'humanité a opérées sur elle-même, tantôt par la
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civilisation grecque , tantôt par la romaine , tantôt par la chrétienne. Et si Ton regarde avancer les sciences et leurs applications, liant et unifiant les peuples; on voit que tout, intelligence et organisations sociales, est soulevé vers la même fin. Mais que ce but doive être atteint par la foi critérium , se transformant par fatalité naturelle en force critérium comme tout contrôle faux , c'est là une idée antiméthodique, anticivîlisatrice et qui détruit la constitution même de l'esprit humain.
L'homme n'a de lien permanent et durable avec l'absolu que parlacertitude. Celui-là est indissoluble. La foi elle-même n'arrive à être lien que parce qu* diô ro; Jt la figure de la certitude *. Tant que le croyant se persuade qu'il est certain , tout marche et la société spirituelle paraît indestructible. Mais le jour oii il ne se trouve plus assuré , où vient une certitude scientifique qui le trouble , un rire aigu qui le pénètre , la société spirituelle se dissout.
Que faut-il conclure de là? que la société spirituelle ne doit pas se baser sur la croyance , mais sur la certitude. Ce ^ui veut dire qu'il faut non que la foi soit critérium , mais que le critérium absolu soit la base de l'union humaine, et la méthode avec les lois nécessaires sa cohésion, comme nous l'avons montré.