CHAPITRE VI
Certes, le christianisme apporta à la méthode une idée profondément vraie, celle de l'absolu s'incarnant en Thonime par le bien. Mais cette haute pensée ne put balancer la grande erreur méthodique, car rien n'atténue ces fautes qui touchent tout à la fois aux principes et à toute la pratique de l'humanité.
Il ne faudrait pas dire cependant avec ceux qui veulent faire tout dériver de cette admirable doctrine, qu'elle apprit au monde le sentiment de l'absolu. Ce sens secret est dans l'homme par cela seul comme nous l'expliquerons que tout contingent implique pour être connu l'instinct de la loi nécessaire, et par cela encore que la loi nécessaire détermine une certaine idée de l'absolu. Il est donc sous toutes les recherches de la méthode grecque sans qu'elle le formule. Il est d'ailleurs formellement énoncé par le judaïsme. On doit se contenter de dire que le christianisme le généralisa et l'affirma d'une façon irrésistible, avec une plénitude de conscience inconnue encore, et par une organisation morale qui montrait toute la précision de sa connaissance.
Avant lui, Socrate avait dit par Platon an livre des Lois : « La souveraine mesure des choses doit être Dieu plus que tout homme quoiqu'il soit. » (De. fe^., livre IV.) Pythagore : < Nous avons en Dieu nos racines. » Épicharme avait prononcé le mot le plus explicite peut-être : « Notre raison est née de la raison divine » (cité par Eusèbe). Cicéron avait repris ridée de Platon : « La loi est la raison conforme k la nature des choses.... c'est pourquoi la loi vraie et première est la droite raison du Dieu suprême. (De VégaL, II, cap. iv.) Ratio perfecta a rerum natura..,. quamobrem lex vera et princeps ratio est summi Jovis. » Si Ton voulait se reportera d'autres civilisations et voir combien est spontané ce sentiment, on n'aurait qu'à lire ce mot de Confucius qui semble la copie de tous ceux qui précèdent : < La lumière naturelle n'est qu'une conformité de notre esprit aux lois du Ciel. » Mais ces affirmations s'arrêtaient court et se perdaient stériles.
Il est profondément instructif de voir la méthode chrétienne en face de cette vérité qu'elle fixait. Elle est moitié affirmatien, moitié négation. Affirmation pour le développement moral, négation pour le développement intellectuel.
Parla foi érigée en critérium l'homme pouvait aller, mû par le sentiment, jusqu'à la pratique de la loi morale, mais cette même foi l'arrêtait s'il voulait monter à l'intelligence du principe de la loi. S'il peut y avoir des gouvernements qui permettent d'agiter les questions secondaires non leur principe, il n'en saurait être ainsi dans l'élude de la vérité. Cette affirmation à priori de l'absolu était une méthode vitale qui détruisait la scientifique. Le mot de saint Paul : « Je puis tout en celui qui me fortifie, » contient bien une méthode vraie, la toute-puissatice de l'homme par l'absolu. Mais on reléguait cette vérité dans l'ordre moral ; pour l'intelligence, elle n'était que danger et fausseté. Ayant affirmé l'absolu, principe de force et force de l'homme, on redouta que l'esprit par ses investigations et ses erreurs ne détruisît un si bel ordre qu'on voulait établir impatiemment et d'un trait. On crut assurer à jamais la solidité du principe, en enlevant à l'homme la possibilité de le contrôler. Mais le lien de l'homme
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et de l'infini ne s'opère pas par une scission de rhbmme, il le faut entier. Il faut une intelligence libre de sonder les premiers mystères pour que l'acte moral ait toute sa plénitude et que le lien soit réel ^. La foi à priori allait-elle donner à l'esprit cette connaissance du vrai qui est sa force, comme le bien est la force du sens moral? loin de là. L'absolu intellectuel était fermé au nom de l'absolu moral. La métaphysique était niée, la science niée, puisque les grands problèmes tranchés par la foi critérium restaient sans preuve. Le contact de l'esprit et de l'absolu était empêché puisqu'il ne s'opère que par la certitude. On enlevait donc à l'homme cet infini qu'on voulait lui communiquer. Toute solution à priori estante -scientifique, c'est une hypothèse. Aussi durait le développement de cette méthode, les sciences physiques sont avilies, ou suspectes ou pourchassées, parce qu'on sentait que, basées dans l'observation, elles détruisaient la foi comme point de départ et critérium de connaissance ; de son côté la métaphysique n'est qu'un long commentaire souvent sublime, toujours esclave.