CHAPITRE VIL
Certes il y a des causes d'excuses à cette étrange conlra-
» diction : l'ignorance de la notion scientifique de la méthode,
la réaction contre le critérium grec, la difficulté d'établir la
cohésion dans cette épouvantable décadence contre laquelle
luttait le christianisme primitif. Quoi qu'il en soit, la grande
1. L'ensemble de l'humanité ne saurait procéder par la science, elle n'en a ni le temps ni la force. Mais il faut que cette masse même sente et sache que les vérités qu'on lui propose sort contrôlées par le génie et Tintelligence. C'est de la double confiance qu'elle aura dans la loi absolue et dans la méthode que naît légitimement sa foi.
GONSIPËRATIONS GÉNÉRALES. 75
faute méthodique fut commise, elle s*empara du monde esprit et vie, politique et société; elle s'y intronisa, y régna.
Ne devons-nous pas faire ici une remarque qui a sa valeur? Aux premiers temps, pas de métaphysique, pas de science. £n Grèce, métaphysique puissante, science se cherchant. Sous l'empire romain pas de métaphysique, science à peu près nulle. Durant la longue destruction de cet édifice, rouage immense qui fonctionnait par habitude et maintenait Tordre où la puissance n'était plus, il s'établit une sorte de liberté sous les principes mêmes du despotisme. La métaphysique renaît par l'école d'Alexandrie et par les écrivains chrétiens obligés de les suivre dans cette voie. Nouveau silence correspondant au développement théocratique accompli. DansTâge moderne enfin, métaphysique et science qui s'affirment.
La métaphysique naît donc, tombe donc, se relève donc, suit donc en un mot toutes les oscillations de la méthode et de la liberté.
Devant un tel spectacle, si auguste et si propre à relever l'homme, nous ne pouvons nous empêcher de dire à ceux qui veulent la liberté dans notre temps, combien ils sont aveugles en se faisant les détracteurs de la métaphysique. Elle est le plus noble et le plus haut symptôme de la liberté. Et il y en a une raison profonde, tirée de la nature même de l'esprit en même temps que de la loi de cohésion des développements humains, #
Quand l'homme n'est pas en troupeaux sous la force politique ou théocratique, il sent instinctivement qu'il ne trouvera sa cohésion que par les lois nécessaires. EUes seules peuvent l'assurer contre la dissolution du corps social. N'ayant plus le lien factice, il cherche le vrai, et alors spontanément il se jette dans la recherche des problèmes absolus, c'est-à-dire dans la métaphysique d'un côté, dans les sciences de l'autre. Le grand et double effort de notre époque correspond admirablement k notre immense ardeur d*indépendance. Nous cherchons à donner à la liberté que nous rêvons, la cohésion par les lois absolues. Sachons bien que nous n'y arriverons que par une méthode absolue comme elles.
Les peuples jeunes et ignorants se cramponnent à la per-
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fection morale comme au seul absolu qui puisse les maintenir libres. Et c'est en effet par là que se soutiennent les Républiques primitives. Est-ce à dire que les nations avancées peuvent s'en passer? Non. L'homme est condamné à la vertu pour arriver à la liberté. Mais cette indépendance est incomplète encore ; c'est le propre des peuples civilisés d'avoir recours aux lois nécessaires de la vérité par la science, cette autre face de l'absolu pour parfaire l'unité. Nos sociétés sont appelées Ik : connaître, fixer, certifier, appliquer par le bien et par le vrai, les lois nécessaires, qui seules peuvent donner à la liberté sa cohésion, ou voir revenir les cohésions mensongères de la force. Dilemme terrible : la liberté par la métaphysique, la science et la vertu, ou la tyrannie par le vice et la négation de la certitude.