CHAPITRE IV
Par Bacon, on allait plus avant dans la méthode que le Grec, quoique à vrai dire cet étrange peuple ait pratiqué et presque deviné Texpérience à force d'observation. Mais le critérium de Bacon l'engageait dès l'abord, rétrécissait le cercle de la connaissance en chassant logiquement toutes les hautes sciences. Le Gfrec, au contraire, par son contrôle unique et s'appliquant également à toutes, les comprenait dans une magnifique unité. Séparées par des critériums divers, les sciences ne peuvent s'unir. Partout où nous verrons un seul critérium, nous trouverons l'unité des connaissances. Le contrôle grec, tout faux qu'il était, avait cela de juste qu'il était seul. Quelles sont les scissions des sciences de nos jours? celles même de nos critériums. Nous ne retrouverons ' l'unité scientifique que par un contrôle qui corresponde à tonte science de quelque ordre qu'elle soit. Le critérium absolu établira les sciences en une science unique.
Bacon se rapprochait de la méthode grecque par le point de départ, comme il s'en éloignait par le critérium. Il admettait un des éléments et rejetait l'autre. L'observation, base nécessaire du développement de l'esprit pensant, reparaissait; le syllogisme, moyen méthodique et contrôle dernier, était chassé et remplacé sous ces deux aspects par l'expérience.
D'autre part, le novateur s'éloignait de la méthode chrétienne avec la violence d'une réaction. Il niait à priori l'absolu, dont l'affirmation lui devenait une terreur, au lieu d'être une sollicitation. Il ne voulait admettre comme vrai que le fait matériel prouvé par l'expérience. Il conquérait la liberté de i'esprity mais aux dépens de sa hauteur.
88 PROOEMIUM.
Ainsi, en même temps qu'on n'avait plus la largeur grecque, on perdait l'élévation chrétienne. Mais on acquérait un instrument méthodique qui, comme*!tel, restait infaillible, bien qu'on commît la faute de le transformer en critérium ; faute antique et toujours vivante.