‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 54 sur 130 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Ils avaient raison, cependant un homme résista, et il fit bien. Tant que le critérium absolu ne sera pas trouvé, le syllogisme reviendra toujours fatalement s'imposer comme le contrôle de toutes les sciences qui ne relèvent pas de l'expérience.

Ce fut cette nécessité qui suscita Spinoza, méthodiste inconscient qui se croyait et s'affirmait Cartésien. Certes comme Pascal il admit l'évidence critérium, mais comme lui aussi il sentit secrètement le danger de cette spontanéité personnelle. Loin de la foi puisque le judaïsme était une protestation vivante et souffrante contre le christianisme, puisque d'ailleurs la lettre biblique avait peu d'influence sur lui, Spinoza avait pu mieux que le défenseur de Port-Royal peser l'impuissance de ce contrôle. Ce ne fut donc pas à lui qu'il demanda secours. Il chercha à parfaire l'évidence par le syllogisme et ainsi ce moyen méthodique prit sans qu'il s'en doutât, conmie chez le Crée, comme dans le moyen %e, une véritable valeur de critérium. Seulement Spinoza avec tous les esprits de son temps sentait les vices de la scolastique, il accourcit donc, et tenta de faire le syllogisme bref comme le calcul. C'était un rhabillement de forme, mais au fond l'identité. Dans la méthode mathématique le raisonnement sous le nom de calcul s'attribue la preuve et se fait contrôle dernier.

Spinoza avait donc deux critériums , Tévidence, le syllogisme. II ne faisait pas compte de l'expérience comme Pascal et par là il rompait avec Bacon. Il s'en séparait encore ainsi que des méthodes grecque et cartésienne en ce qu'il substituait l'intuition à Tobservation comme point de départ. Enfin il s'éloignait de la foi critérium et de Pascal en adiuettantpar l'évidence et le syllogisme la liberté de l'intelligence.

Je crois assigner à Spinoza comme à Pascal sa vraie place et son grand caractère d'influence dans la philosophie moderne. Certes sa théorie de la substance que nous examinerons en son lieu eut de grandes suites, mais la véritable cause pour laquelle on est sans cesse attiré à ces grands esprits, même pour les contredire, c'est qu'ils sont des méthodistes. Pourquoi Leibnitz, Malebranche, Bossuet sont-ils moins présents? Us ont embrassé plus de questions, ils ont été plus grands écrivains peut-être. Consciente ou ignorante l'humanité suit les méthodistes et s'y rattache, n'eussent-ils laissé qu'un novum o;rganum,des pensées écourtées, cinquante pages sur la méthode, un petit traité de l'éthique^

Spinoza était doDC un véritable continuateur d'Aristote tout en étant disciple de Descârtes. Aussi ne nous étonneronsnous pas de voir l'Allemagne sous cette impulsion aboutir à naeformule métaphysique qui est une vraie néo-scolastique. L'Allemagne ainsi poussée, osa deux choses : se fier à l'intuition, se satisfaire du syllogisme, dans un temps qui ne savait qu'observer et expérimenter. L'évidence de Descartes la confirma dans cette notion qui fit son originalité et sa grandeur. Ce noble pays n'est pas remonté à la méthode en elle-même, et l'on doit le regretter pour la solidité de son édifice, n accepte sans en discuter Spinoza et Descartes. Avec l'intuition, l'évidence et le syllogisme ont été construits ces immenses et magnifiques échafaudages de métaphysique que

1. n en est aiasi dans l'art. Pourquoi Masacrio a-t-il tant de gloire ? Il y eut de plus grands peintres ; il fut méthodiste. Introduisant l'élément observation dans son art il en assurait l'indépendance. Le critérium foi l'asservissement de l'art, dont Giolto et Fra Angelico restent les plus sublimes représentants j disparaissaient pour préparer par la liberté les grandes destinées de l'art italien.

98 PROOËMIUM.

le monde admirera toujours, mais où il ne se reposera jamais. Humboldt qui personnifie la réaction physicienne de TAllemagne avait l'instinct que toute la métaphysique de son pays se basait sur l'intuition. Il croyait cette base légitime. Il rejetait toute spéculation de son Cosmos^ à la façon que Bacon laissait dans un isolement respectueux mais destructif toutes les hautes sciences. Tout en admirant des génies tels que Hégel^ Humboldt par la nature même de sa science, était Baconien et l'on peut dire que l'opinion allemande Ta suivi sur ce terrain méthodique, où elle se trouve ânalemént d'accord vec TAngleterre et la France .

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