CHAPITRE I
Les sciences d'expérience grandissent, les sciences d'évidence s'affaissent.
La métaphysique n'est plus.
En Allemagne quelques nobles représentants de Hegel luttent encore, mais l'école politique et positiviste couvre leurs voix.
En France, des esprits élevés se refusent à avouer ce grand deuil, mais partout on évite d'aborder de front les questions métaphysiques. C'est comme une convention tacite. Les uns tremblent de voir porter atteinte à ce déisme vague et sans solidité où ils croient se reposer ; et ils confinent leurs travaux dans l'histoire de la philosophie et dans la morale pratique. Les autres, par leur parti pris séculaire, arrêtent l'esprit dans l'obéissance endormant l'homme de vertu; et ils ]3ornent leurs recherches à relever des preuves cent fois données. Les savants ne se détournent pas à ce grand nom qui leur semble prononcé sur un tombeau. Les publicistes occupes du jour présent se demandent pourquoi l'on dit encore les mots des vérités éternelles. Et la pensée moderne, aveuglée par sa méthode, se croyant solide par les sciences physiques
et les développements qui en naissent, suit ce courant où l'entraînent également ses écoles religieuses, philosophiques, politiques et savantes.
Vous tuez tons les hantes sciences parce que tous vous avez des méthodes fausses ou tout au moins incomplètes. Il n'y a pas aujourd'hui une école dont la méthode n'entraîne la négation de la métaphysique.
Je n'emploierai pas ici de ménagements qui seraient coupables dans la recherche de la vérité. La désire-t-on ? où vent-on l'exploiter? il n'est pas digne de la poursuivre celui qui ne sait pas l'entendre.
Je ne dirai pas, comme Rousseau s'adressant à Montaigne {Émik^ liv. IV) : « Sois sincère et vrai si un philosophe peut l'être. » Malgré les sacrifices secrets ou évidents, mais toujours indignes du sage, où les coteries, les partis, les écoles, les intérêts engagent les hommes, je veux croire à la sincérité et ne me placer qu'en face des doctrines.