CHAPITRE V
Toutes vos fausses méthodes conduisent à mort la liberté conune la haute science.
114 PROQEmUM.
La science, cette liberté de l'esprit par les lois nécessaires, rejette les critériums de la force, de la foi, de la lettre, de l'évidence personnelle. La liberté, cette science de la conduite des sociétés, doit arriver à les repou ser comme elle.
Groit-on remplacer le critérium de la force dans la conduite du gouvernement par celui de Tévidence personnelle ? c'est comme si un savant prétendait effacer les théories tyranniques de récole par les rêves creux d'une imagination sans point d'appui dans les faits; de toutes parts il nous faut les lois néce<«saires, c'est-à-dire l'absolu.
Que l'État, que la théocratie, que l'individu l'emportent sur l'absolu , il y a également fausse méthode. Le règne de l'absolu , c'est le règne du vrai critérium.
Nous avons ailleurs nommé autocratie personnelle cet empiétement de l'individu sur les lois nécessaires, autocratie gcmnemementale l'empiétement de l'État, théocratie l'empiétement du sacerdoce, et nous avons cherché dans des ouvrages successifs à en montrer le jeu et les lois.
Ces états sociaux sont tons faux, parce que chacun cache une fausse méthode. Or, de même que la science est divisée ainsi que nous l'avons dit plus haut, la société moderne est scindée par ces trois critériums, également mensongers, qui se heurtent dans les systèmes sociaux et sur les barricades, sans s'anéantir, parce qu'il est fatal, ou qu'ils se dressent sans fin l'un contre l'autre, ou qu'ils s'absorbent et s'unissent dans le critérium absolu.
Une tyrannie est une autocratie gouvernementale, une théocratie c'est une autocratie cléricale, une licence, c'est une autocratie personnelle. Les premières sont défausses sciences à la façon de ces classifications artificielles érigées par l'école, la troisième est la négation de toute science.
H faut à l'homme de l'absolu, c'est-à-dire des lois nécessaires dans lesquelles il se meuve et vive, c*est de tous temps une nécessité de sa nature, et aujourd'hui c'est une nécessité de son état intellectuel et social. Ou l'absolu, ou la décadence et la dégradation. Nous sommes au dernier terme de ce dilemme. Jamais situation n'a été plus tendue.
Or, dites-le-moi, vos critériums vous donnent-ils l'absolu
et ses lois nécessaires? Non, s'ils ne sont pas le critérium absolu. Le sont-ils î Non encore. Gourez donc au critérium absolu, ou vous n'aurez jamais l'absolu.
Cette multiplicité de critériums où vous vivez engendre l'exaltation de l'individu alisme sur les lois nécessaires. Et comme l'individualisme ne sait rien tenir sans l'absolu, revient la force qui profile du tout.
Trois choses maintiennent notre société : 1*» cette innéité de la méthode que nous avons constatée ; résultat des facultés mêmes de l'esprit, elle le contient contre ses propres systèmes; 2* Texpérience, ce solide instrument méthodique qui, présentant sans cesse les lois nécessaires de la matière, fait cette l» attente de l'absolu qui'^est le caractère distinctif des grands esprits, des penseurs, comme des rêveurs et des utopistes sans nombre dont notre temps est inquiété ; 3° comme la licence absolue n'est pas plus possible dans l'humanité que le despo- t tisme absolu, nos fausses méthodes, ne peuvent pas nous ; mener à la dissolution ; par cela même que la licence étant sans cohésion propre, aussitôt qu'elle apparaît, naissent une fausse méthode, un critérium mensonger, qui relient le tout. C'est par là qu'on voit les diolateurs et les tyrans succéder aux ères de liberté sans ordre.
Pas d'absolu, pas de science.
Pas d'absolu, pas de liberté.
Pas d'absolu, pas de morale.
Beaucoup le sentent, mais comment l'établir?
OQ^O
116 ^ROQEHIUH.
ir QUESTION.