‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 67 sur 130 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Il faut dire toute notre pensée sur la méthode. Agitations, impatiences, douleurs s'en peuvent apaiser.

Quand Thomme a épuisé sa notion méthodique, il proteste et cherche une conception nouvelle. Ce sont les grandes ères humaines. Dans ce labeur les religions, les civilisations succombent. L'illustre et sympathique Jouffroy a eu le tort de ne pas remonter à cette cause quand il a voulu montrer com^ ment les dogmes finissent. Les religions, les civilisations subissent le sort du critérium et croulent.

Chaque grand renouvellement de l'humanité est attaché à un recommencement de la méthode. La conscience, l'esprit, la force, l'homme tout entier s'ébranle et se redresse contre les fausses méthodes épuisées. U engloutit tout ce qui s'oppose à sa recherche. De là les négations, les sy&tèmes, les révolutions.

Oh ! labeur douloureux, oh ! souffrances de générations cherchant une méthode ! Sans elle l'homme se sent isolé de l'absolu ; c'est leur moyen d'union. L'homme ne peut supporter cette solitude. Instinct ou certitude, il lui fÊiut la sécurité qu'il communique avec le principe de toute vie. Sinon tourmenté de son abandon il cherche partout un point d'appui qui le fuit sans cesse. C'est pendant quelque temps un mirage de fausses solidités qui s'effondrent. Après le mirage c'est le vide. Mirage, systèmes; vide, {^théisme. L'esprit a cherché en

soi, hors de soi. Il a senti qu'il n'était pas le critérium de Tabsolu, il n'ose, il ne peut rien affirmer. Éternelle infirmité de la pensée voulant tirer de soi la détermination du certain, et qui aboutit à la nécessité de nier l'absolu et soi-même.

Quand vous dites à Thomme : voici le vrai, ne Taccusez pas s'il répond : je ne puis croire. Il a le sentiment secret qu'il n'a pas le contrôle de la vérité qu'il rejette. Doute légitime, prudence juste même en face du vrai. Donnez-lui le critérium.

Direz-vous qu'il n'y a pas de critérium ? Il n'y a donc pas de vérité. Direz-vous que l'homme ne peut être certain de l'absolu parce qu'il ne peut le pénétrer absolument? La certitude s'établit sans qu'il y ait connaissance complète : nous sommes sûrs que le foie est, et nous n'en connaissons pas toutes les fonctions. Direz-vous qu'il faut croire tête baissée? Les taureaux frappent ainsi sans savoir où. Cessez de demander à la pensée l'oubli et la déchéance d'elle-même -et de l'absolu.

Quand l'honmie a nié l'absolu faute du moyen de le reconnaître il se trouve dans une singulière rencontre. Il ne vit que par ses lois nécessaires, tout en lui, hors de lui, se fait par elles et il dit : il n'est pas. Il le chasse et il le sent. Cela l'obsède. L'homme éperdu tente tout pour échapper à ce suprême martyre. Les uns lui disent : oublie dans le plaisir, et il s'y plonge; oublie dans la richesse, et il y court; oublie dans la négation sans cesse criée, et il s'étourdit de clameurs; oublie dans l'acceptation, et il s'y annihile. Et tous reprennent : enivre-toi de prières, de formules, de systèmes, de joies, de luxe, de matière, enivre-toi. Non. Donnez-lui le critérium absolu, vous lui aurez donné l'absolu, la paix, la voie, la vérité, la vie.

Quand ce travail n'aboutit pas, quand sans puissance pour se créer une méthode nouvelle, l'homme reste sans attache à Tancienne, les civilisations s'abîment comme les religions.

Si une méthode vient rendre l'espoir, les religions erronées disparaissent ei les civilisations persistent. La pensée régénérée dans son germe régénère les sociétés. Nous l'avons dit: la méthode absolue trouvée, les civilisations peuvent.se transformer sans périr. L'absolu s'y incarnant doublement par la

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. méthode et par les lois veillera doublement et sera doublement en elles.

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