‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 68 sur 130 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Toute méthode est une révélation nouvelle, car d'elle dépendent toutes les notions de l'absolu. Que Ton arrive' à la pénétration de cette question première et l'on aura rendu au monde transfigurée et vivante cette foi à l'absolu qui est notre torture.

La foi n'est plus possible que par la science.

Est-ce à dire qu'il n'y a pas foi parce qu'il y a science ? Indiquons ici cette question qui aura son complément par l'organum.

Qu'est-ce que la foi ? C'est un état de l'esprit affirmant de sentiment. Je ne parle donc ici d'aucune foi religieuse. La question est plus générale : la foi, état méthodique. Toute foi religieuse subit le sort de la foi méthodique, aucune n'est foi en elle-même. En soi il est possible qu'elle soit vérité, mais elle n'est foi que par rapport à l'esprit. Aucune ne peut donc prendre la place de la foi méthodique et s'attribuer d'être la foi.

n y a deux sortes de foi, Tune connue, l'autre non constatée.

J'appellcr la première la foi à prioriy la deuxième la foi à posteriori.

La foi à priori est une certitude de sentimeiit appuyée sur le sentiment, c'est-à-dire sans examen et sans preuves scientifiques. La foi à posteriori est une certitude de sentiment appuyée sur des preuves scientifiques sufGsantes pour nécessiter sinon pour pénétrer la chose crue.

Méthodiquement la foi à priori est une hypothèse et ne peut avoir qu'une valeur d'hypothèse. La foi à posteriori

contracte des certitudes qui l'appuient, la fctce d'une véritable certitude. C'est la certitude de l'indéfini.

La foi à priori est une espérance de certitude ; la foi à posteriori est la conséquence d'une certitude acquise et qui ouvre, comme suite nécessaire des lois absolues scientifiquement fixées, un indéfini non moins certain que ces lois mêmes, quoiqu'il ne soit qu'entrevu et non pénétré dans son tout.

C'est le caractère nécessairement indéfini de la connaissance qui détermine la foi à posteriori et la fait être nécessairement. Après chaque science cette foi apparaît. Chaque science engendre sa foi. Les mathématiques font naître celle des infiniment grands et des infiniment petits, foi certaine mais foi. Le pendule, la ligne, le point mathématiques sont des fois à jamais irréalisables et étendant fois certaines. La métaphysique a ses certitudes, sa foi certaine comme toute science et par la même loi.

La foi à priori est le commencement de la science, la foi à posteriori en est la fin, foi cependant et restant toujours telle, tant que la connaissance ne sera pas close.

La foi est donc d'essence à l'esprit. La science commence et finit parla foi. La science ne vient donc pas détruire la foi mais la solidifier. De même que la foi à priori est le levier nécessaire de la science, ainsi la science est le point d'appui nécessaire de la foi à posteriori.

Quand notre temps nie la foi, c*est de la foi à^priori qu'il parle. Il ne dit rien de l'autre. IL ne la connaît pas.

Faire de la foi à priori le critérium de la connaissance, c'est rayer d'un coup les deux termes science et foi à posteriori.

Ce n'est pas que la foi à priori ne soit nécessaire dans la méthode. Hypothèse, elle donne à Tesprit cette force première qu'il trouve dans toute certitude de sentiment et qui lui fait tenter la science. La foi à priori est nécessaire à la foi à posteriori, La foi à priori est le levier de la science. La foi à posteriori est le cercle d'indéfinité que toute science ouvre à l'esprit arrivé à son terme.

Notre temps préoccupé de la foi à priori, croit qu'il n'a soil que de la science, il est altéré de la foi à posteriori. Est-ce que rhouïme peut se passer de foi!

132 PROOEMIUM.

Mais qu'on sô souvienne que pour atteindre à cette foi, repos, lumière, il y a deux degrés : la foi à priori^ la science, tous deux nécessaires.

Que notre temps nie la foi à priori quand on la veut transformer en foi à posteriori; qu'il ait faim et soif de science; mais qu'il sache que cette science le mènera à la foi à posteriori, foi basée dans la science, restant foi tout en étant certitude, où Tesprit se repose, qu'il contemple du point solide oii il s'est arrêté comme un horizon sans fin, plein de splendeurs sans vertiges, d'éblouissements sans chutes, de sublimités insondables sans abîmes, de vérités inaccessibles et cependant visibles par le connu et le certifié.

Que si la méthode absolue nous rend la haute science, elle nous assurera par conséquent cette foi à posteriori.

La méthode absolue trouvée nous doit donner Dieu toujours fixe, toujours présent; elle doit nous le faire sentir par les lois immuables dans tout développement humain dans l'art, dans la science, dans la vie et dans chaque phénomène de Tart, de la science et de la vie. C'est le voile tiré; c'est la patuité de Dieu.

Je le dis avant d'aborder Torganum : si nous n'arrivons pas à ce but, la méthode absolue est encore à chercher.

Mais si ce double besoin de l'esprit : [science, foi de l'absolu est du même coup satisfait, je dis que la notion de la méthode a une valeur de révélation. L'ère des révélations religieuses est fermée. Le Christ a donné la religion et la foi de l'esprit.

Il faut trouver la méthode le critérium et la certitude. C'est la seule révélation que notre temps puisse attendre. Les utopistes sociaux ont passé laissant un nom trop bafoué et trop avili. Les philosophes, qu'ils renouvellent Platon comme Cousin, Aristote et la scolastique comme Hegel, le christianisme comme Lamenais, ont passé impuissants autant que justement admirés. Si de leurs grands labeurs, il reste quelques vérités, l'œuvre écroulée ne laisse voir que le vide où s'engloutirait notre société si elle n'arrivait à constituer le moyen absolu de la connaissance. Non, notre monde ne s'écroulera pas. Bacon l'arrête dans sa chute , l'expérience le

soutient au bord de Tabîme où il ne roulera point et la notion de la méthode entièrement et définitivement, constituée le fera atteindre à tous les sommets qu'il a entrevus.

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