‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 78 sur 130 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des antinomie».

Toutes les antinomies, quelles qu'elles soient, peuvent se résumer en deux:

1® une de pure logique : l'affirmation, la négation ;

2* une vivante : l'être, le non-être.

Par la contradiction affirmation-négation, nous avons l'antinomie dans sa loi de formation, dans son essence, et par conséquent, noas devons, si elle est vraie, la sentir vivre dans toute réalisation vivante.

Par la contradiction étre-non-être nous avons la première réalisation de la loi antinomique, que nous pouvons considérer comme porteuse et engendrante des autres.

Commençons par raisonner sur ce§ termes simples et faciles à manier parce qu'on n'y trouve point les complications et lesT compositiuûs fausses qui se rencontrent dans beaucoup d'autres antinomies. Si nous trouvons la lo}< antinomique essentielle en examinant affirmation-négation, nous la retrouverons dans toutes les antinomies que nous verrons se dérou-

1er successivement sous nos yeux jusqu'à preuve complète. C'est le propre d'une loi.

Qu'est-ce que TafOrmation? C'est le oui éternel enfermé* dans les choses, dans les idées, éclatant partout le même, unique, quel que soit Tordre où il se réalise. Qu'il soit notion, matière, logique, mathématique, il est toujours le même oui, tout à la fois mystérieux et patent. L'affirmation c'est la vitalité du oui.

En face de l'affirmation se lève la négation. C'est la puissance de répulsion logique qui se dresse devant l'affirmation. C'est le non perpétuel que l'affirmation soulève par sa seule puissance d'affirmation et qui semble, par une loi que nous allons étudier comme un contraste nécessaire.

Oui, non ; voilà les deux termes reculés de la pensée et des choses, et c'est à cette abstraction logique que tout aboutit non comme vie mais comme loi.

Affirmation, négation, que sont donc ces deux antagonistes l'un par rapport à l'autre? Sont-ils coexistants l'im à l'autre de telle sorte que l'on n'y puisse trouver antériorité? de telle sorte qu ils soient tous deux également spontanés et nécessairement, et par conséquent nécessairement coétemels ?

S'il y a génératio(n d'un des deux termes, lequel procède de l'autre?

Je suppose que j'ajoute la négation à l'affirmation, l'auraije faite plus absolue? En niant une affirmation, lui donne-t-on une force affirmative autre que celle qui y est intrinsèquement contenue? Non, l'affirmation se soutient par sa détermination et son identité propres qui ne 'sont point changées en elles-mêmes par une ou mille négations. Il faut donc en conclure comme premier point que l'affirmation a une vie indépendante en soi de la négation.

Puis-je en dire autant de la négation? Si je nie, c'est qu'il a été affirmé. Nier purement et simplement c'est ne rien dire. Ily a plus, pour répondre à l'affirmation, ma néga-

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tion doit s'y proportionner ; sans cela elle ne la combat qu'imparfaitement et, impuissante, elle n'est pas vraiment négation. Disons donc, comme second point, que la négation découle de l'affirmation à laquelle elle s'attache par sa qualité de négation et par sa quotité négative.

De ces deux points posés, simples, incontestables, qu'un «enfant peut voir aussi facilement que le plus savant homme, tout va découler dans toutes les complications du possible^ comme tous les nombres dans leur multiplicité et leur divisibilité indéfinies découlent de 1 et de 0. La génération des vérités métaphysiques est par là aussi simple que celle des vérités mathématiques.

Et maintenant, qu'est-ce que l'être considéré dans son rapport avec la question qui nous occupe? C'est la force de réalisation vitale de l'affirmation, c'est la réalité vivante par soi dans toute essence soit idéale, soit matérielle, soit logique, soit mathématique, soit dans les notions, soit dans les corps.

En face de l'être est le non-être. C'est la négation de la vitalité, comme le non idéal est la négation du oui. Toujours ce terme se dresse niant toute existence soit logique soit matérielle, soit mathématique, soit idéale. Ce zéro des choses et des notions se montre partout , quelle que soit d'ailleurs sa cause que nous allons étudier.

Appliquons donc à être et non être, une série de questions analogues à celle que nous nous sommes posée en face d'affirmation*négation.

Être, non-être sont-ils nécessaires l'un à l'autre? S'il en est ainsi, nous arriverons à trouver que le ajouté à l'I le complète et le rend plus parfait. Or j'ajoute non-être à être ; en quoi l'être est-il augmenté ? En incorporant essentiellement nonêtre à être, je n'obtiens qu'un résultat, c'est la diminution même de l'être de tout le non-être incorporé. Qui donc en doutera puisque tous proclament l'improductivité du nonêtre ? Cette improductivité est la raison essentielle qui empêche non-seulement le non-être d'ajouter à l'être, mais

encore qui détermine la diminution de l'être de tout le nonêtFe joint.

= Indépendamment de cette raison essentielle trouvons la raison logique, qui n'est au fond que la loi antinomique ellemême.

Le non-être est la négation de l'être. Or, qu'est-ce qu'une négation? Est-ce un principe? Non, puisque la négation n'est que par l'affirmation à laquelle elle est liée. On ne nie pas en Tair, pour nier, ce qui est ne rien nier. Mais on nie quelque chose, c'est-à-dire qu'on détermine sa négation, et la détermination de la négation se fait par l'affirmation que l'on nie.

Ainsi l'on conçoit que, pour dire non-être, il faille avoir dit ou pensé être. Le non n'est compréhensible que par être : non-être. De plus, non-être n'est pas perceptible de soi seul, puisqu'il n'est en détermination que par être, puisque n'étant identique que par sa détermination, il n'est identique que par être, puisque étant sans productivité il est sans essence et n'est que par l'essence de l'être. ^

Or si la négation n'est, par son essence logique et sa nature, qu'une conséquence de l'affirmation, l'affirmation lui est antérieure. Mais qu'est-ce. que l'affirmation par rapport à la n<5gation, c'est le 1 par rapport au 0, c'est la réalité par rapport au rien, c'est l'être par rapport au non-être. Il faut donc dire que de même que la négation n'est qu'un processus, une conséquence de l'affirmation, le non-être n'est qu'en tant que conséquence de l'être. La réalité est donc la primordiale.

Mais si la réalité est la primordiale, elle est donc seule principe, et la négation réelle en tant que conséquence et attachée au réel en tant que nié, n'est jamais réelle en tant que principe.

Il est bien vrai que la négation se pose et se réalise, mais elle ne se pose et ne se réalise que secondairement, non par soi, mais par l'affirmation. Il est bien vrai aussi que nonêtre se réalise, mais il ne se réalise que par l'être en tant que nié. En sorte que quel que soit momentanément le mystère dé cette génération, toute négation n'a droit d'être que dans et par la réalité.

Dès lors la négation n'est pas plus une essence propre dans ia matière, dans les nombres, qu'en logique, puisque de quelque côté qu'on se tourne toute négation ne vit que par le principe affirmant c'est-à-dire par la réalité.*

Si donc on veut soutenir que le non-être peut être principe constituant, on soutient qu'il n'est pas négation et n*a aucune des qualités métaphysiques de la négation ; mais nous venons d'en démontrer l'assimilation. Et d'ailleurs comment un métaphysicien le pourrait-il nier, puisque ce n'est que parce qu'il a la qualité métaphysique d^ négation qu'il est ie terme antinomique d'être.

Des quatre termes affirmation y négation , être , non-être, il ne nons reste donc qu'une seule essence métaphysique : l'affirmation-réalité-être, de telle sorte que l'affirmation et l'être sont l'essence et la réalité de leur négation en tant que négation; sont le principe de la négation en tant que négation, c'est-à-dire qu'ils sont seuls principe.

= Mais, dira -t-on, l'affirmation est la négation de sa négation, l'être est la négation du non-être. Par là on voudrait mettre être et non-être, affirmation et négation sur le même pied. On voudrait infirmer la réalité de l'affirmation et de l'être, l'assimiler à non-être et à négation et les faire inexistant comme négation et non-être ; ou l'on voudrait exalter la réalité de négation et de non-être jusqu'à l'égalité avec être et affirmation. De cette manière la réalité ne serait pas principe unique, parce qu'elle serait aussi négation, et la négation aurait le même droit que l'affirmation à être principe.

Mais l'affirmation n'est pas en soi en tant que négation. Elle n'est négation que par sa négation même, qui, se posant en face de l'affirmation en tant que négation, fait que cette affirmation devient négation de la négation. En sorte que l'affirmation est négation sans l'être; elle n'est pas négation essentielle. Ainsi une affirmation est posée Je la nie. Ma négation donne instantanément à l'afBrmation la qualité de négation de ma négation. Mais est-ce par soi que l'affirmation est négation? Non, c'est par ma négation. Dans leur essence propre l'affirmation, l'être, la réalité, restent donc affirmation réalité et être. Ils sont; et cette qualité de négation ne leur

ajoute ni ne les diminue. Cette qualité accidentelle et extérieure de négation, surajoutée k l'affirmation, à la réalité, à l'être, les laisse principe et seuls principe.

= Toute doctrine contraire à celle-ci engendre nécessairement le nihilisme. En efifet, si la négation, proportionnelle à Taffirmation, était incluse dans Têtre, elle détruirait sa réalité à l'égal de la négation et du non-être, puisque tout ce qui serait affirmation serait négation; et étant négation ne serait pas. De telle sorte qu'il faut s'acculer dans ce dilemme : ou il n'y a rien, ou s'il y a quelque chose c'est l'être qui en est le principe unique.

Et ainsi nous (Ûrons que tout terme affirmatif est antérieur, tout terme négatif postérieur, procédant et n'étant que par le terme affirmatif, qui est seul principe et qui n'est que réalité par soi.

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