‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 79 sur 130 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

liOl de eomposUlon antinomique.

Nous en déduisons donc cette loi de la formation des antinomies :

1* Tout ce qui a la qualité métaphysique d'affirmation compose le premier terme ;

2^ Tout ce qui a la qualité métaphysique de négation compose le second terme.

Si en effet nous retrouvons partout le oui et le non, Tafôr-

mation et la négation, nous aurons une unité de courant antinomique dans une diversité d*antinomies. G'est-k-dire qu'il y aura autant d'antinomies diverses qu*il y aura de modes d'être du oui et du non, de Têtre et du non-être ; et qu'au fond nous retrouverons une seule et même loi antinomique et pour ainsi dire une antinomie unique avec des modes antinomiques proportionnels à la nature de Têtre. Ainsi il y aura des antinomies matérielles, notionnelles, idéales, mathématiques, logiques, mais leur loi set'a une de telle sorte qu'on verra au fond des notions, des matières, des nombres, une seule et même antinomie circulant dans la multiplicité. G^est ainsi qu'une électricité une parcourt les corps des natures les plus diverses du pondérable à l'impalpé.

Mais si l'affirmation et la négation nous donnent la loi de composition des antinomies, leur relation et leur action nous fourniront encore la loi logique de leurs rapports parce que l'essence antinomique est une. Nous déduirons cette loi de la discussion où nous allons entrer et qui complétera ce qui précède.

= Entendons-nous bien :

La loi générale des antinomies est donc l'affirmation pure en regard de la négation pure.

Affirmation est un état, négation en est un autre.

= De la présence de la négation et de l'affirmation naît un troisième état qui est la contradiction. État nouveau où l'affirmation est en tant qu'affirmation niée et la négation en tant que négation niée par l'affirmation.

Or c'est de cet état seulement que sont partis Kant et Hegel dans l'observation des antinomies ; c'est par là aussi que les spiritualistes se sont avancés dans la confusion de la notion et de l'absolu.

Le troisième état tout en procédant des deux autres n'est cependant que par le premier qui est l'affirmation pure, puisque la négation pure n'est que par l'affirmation elle-même, ainsi que nous avons vu.

On doit donc dire que des trois états divers où apparaissent les termes de l'antinomie, il n'y en a qu'un qui soit en principe. C'est le terme qui ft U valeur d^ l'^iffirmation pure \ le

second terme qui a valeur de négation pure n'étant que par le premier, le troisième n'étant que la contratliction des deux termes vis-à-vis l'un de Fautre.

Les antinomies considérées dans leur essence soit logique, soit matérielle, soit idéale, soit mathématique, ne sont donc jamais deux réalités mais une réalité avec sa négation. La négation se réalise en. tant que négation, mais cette réalité est nécessairement postérieure à la réalité principe. De telle façon que la réalité secondaire n'est que par la primitive qui seule mérite le nom de réalité étant la réalité priDcipe.

== Quand donc on pose les antinomies comme premiers principes nécessaires, on ne remonte pas au vrai sommet de la pensée ; on se contente d'accepter le résultat antinomique, on n'analyse ni la cause, ni l'essence, ni la formation de l'antinomie. On part du jeu des antinomies dans la notion, la matière et la vie. G'est-à-dire qu'on passe la question métaphysique contenue dans les antinomies. On voit la contradiction, non l'affirmation, on voit le mélange du principe et de sa négation, jamais le principe. On ne sait pas abstraire, ce qui n'est qu'aïstraction n'étant que négation. On s'arrête aux conséquences sans pousser à la jcause. On prend la réalité non dans ce haut point de la pensée où voyant l'être elle voit par lui le non-être, l'affirmation et par elle la négation, mais dans cette part où apparaît la réalisation de l'être dans le non-être, de l'affirmation dans la négation. Je le dis donc, Kant et Hegel ont pris empiriquement non métaphysiquement ce grand problème. Ils ont montré Ik une véritable timidité métaphysique. Toutes les fois qu'on s'obstinera à faire être le non-être dans l'être et qu'on les considérera comnw premiers principes nécessaires, on détruira infailliblement la métaphysique. C'est l'état où nous sommes, et nous le deVons à rinobservation où ces grands hommes ont laissé ce problème premier de l'essence des antinomies.

=: Et d'ailleurs Kant et Hegel ontrila même empirique-

ment bien observé les antinomies? non; ils. n'ont pas su que tout terme premier de Tantinomie doit avoir la valeur d'affirmation pwre, toat terme second de négation pure, et par là ils ont établi dans les antinomies une confusion qui en détruit la notion. C'est qu'on ne pouvait vérifier la valeur des contradictoires qu'avec la loi même de leur formation, qu'ils n'établissaient pas.

Ainsi voici des antinomies : affirmation — négation, être, non-être, l'un — l'autre, unité — multiple, fini — infini, que Kant et Hegel et avec eux la philosophie acceptent conmie ayant une valeur égale. Or je dis qu'il n'y a qu'affirmation et négation, être — non-être qui soient de véritables antinomies, les autres n'en sont pas. L'opposition dans les termes fait croire à une antinomie qui n'est pas.

= Pour qu'il y ait antinomie bien faite il faut :

1* Que le premier terme corresponde à la valeur métaphysique d'affirmation. Quelle est cette valeur? C'est l'affirmation pure séparée de toute négation, c'est une valeur absolue.

2*» Il faut que le second terme corresponde à la valeur métaphysique de négation, c'est-à-dire qu'il soit proportionnel à l'affirmation qui la détermine, il faut donc une valeur de négation absolue.

Affirmation — négation remplissent ces conditions. Être, non-être y satisfont aussi, non-être niant absolument être.

Mais quand on me dit : infini, unité, vais-je trouver dans multiple et dans fini la négation absolue de ces termes affirmations absolues? Pour qu'il y eût négation absolue, il faudi^it que dans fini et dans multiple on ne trouvât pas plus d'être que dans non-être et pas plus d'affirmation <][ue dans négation. Mais qu'est-ce que le fini et le multiple? Ce sont l'être vivant à un état qui n'est pas l'infini, pas l'unité en soi, à l'état de l'autre par rapporta l'un; ce ne sont donc pas des négations absolues de l'être, mais seulement des états divers de l'être. Donc il n'y a pas là les conditions essentielles de l'antinomie, il n'y en a que les apparences superficielles

On ne saurait trop insister sur ce point qui donne à la question des antinomies toute sa valeur métaphysique que l'empirisme lui fait perdre.

Non-être est bien le n'être pas et s'oppose complètement et parfaitement à être. Mais prenez absolu^ contingent, vons n'avez plus de négation proportionnelle. Q*est-ce qu'absolu? C'est l'être en tant qu'absolu. Qu'est-ce que contingent? C'est encore l'être mais seulement ici en tant que contingent. Nous avons donc de l'être dans les deux termes antinomiques. Dès là le deuxième terme n'est pas la négation du premier. Il n'y a pas antinomie :

1** Parce que l'essence formatrice de chacun des deux termes est la même, puisqu'il y a de l'être dans les deux; . 2** Parce qu'il n'y a pas proportion entre la négation du second terme et l'affirmation du premier.

Tonte antinomie qui oppose l'être à l'être n'est pas une véritable antinomie. De même qu'il n'y a que négation, qui soit le terme contradictoire d'affirmation et négation proportionnelle à affirmation.

Tout terme premier d'une antinomie doit donc pouvoir être ramené à l'affirmation, à l'être. Tout terme second doit pouvoir être ramené à la négation et au non-être.

Quand vous me présentez une antinomie artificielle comme celle de fini — infini, absolu — contingent, je vais être tenté de nier infini et absolu au nom de fini et de contingent avec la même plénitude que je nie être et affirmation au nom de nonêtre et de négation. Mais être ne peut être la négation d'être, pas plus qu'affirmation n'est négation d'affirmation. Or il y a de Fêtre dans contingent et fini, et comme il n'y a que nonêlre qui soit négation d'être et négation qui soit négation d'affirmation, il faut dire que fini et contingent ne sont pas le vrai terme antinomique d'absolu et d'infini.

= Dans les antinomies il y a donc trois termes. Deux termes absolus et un terme moyen. Affirmation, négation, termes absolus; contradiction, terme moyen.

Et .le terme moyen ne peut pas se confondre avec les deux termes absolus. Il est nécessairement postérieur et procédant

des deux autres comme le terme négation est nécessairement postérieur à affirmation et procédant de lui.

En effet pour que Taffirmation soit en tant que niée, il faut qu'elle soit en tant que pure, car elle n'a été niée que parce qu'elle était. Pour que la négation se trouve à l'état de négation niée par l'affirmation, il faut qu'elle soit en tant que purement opposée à l'affirmation, de telle sorte que le. terme moyen qui est la contradiction n'est que la résultante et la conséquence de la présence de la négation devant l'affirmation.

Le terme moyen n'étant que la conséquence de l'antinomie primitive, ce n'est donc pas par lui mais par les termes absolus qu'il faut déterminer les antinomies. Sans cela on n'a que des antinomies factices.

Tout terme antinomique qui ne peut pas se ramener à être, non-étre, affirmation pure, négation pure, est im faux antinomique, par cela que contenant de l'affirmation et de l'être il ne peut être la négation d'affirmation et d'être.

Or quel est le caractère du terme moyen par rapport aux termes absolus? Il n'est pas négation du terme être, puisqu'il est. être, ainsi qu'on le voit dans fini, contingent, multiple où il y a de l'être par rapport à infini et absolu. H n'est pas davantage la négation du terme non-être, puisqu'il est négation d'être en n*étant plus par rapport à l'espace ou au temps, comme on voit dans le fini, et le multiple, qui prenant naissance n'étaient pas, qui prenant fin ne sont plus. Il en résulte donc que le terme moyen est comme n'étant pas par rapport aux termes absolus qui sont l'antinomie primitive et véritable.

Mais nous savons déjà que l'antinomie primitive et véritable par sa composition n'est pas absolue et nécessaire puisque la négation ne se réalise que par l'affirmation et proportionnellement à elle. Dès là il faut donc dire que le second terme de l'antinomie bien qu'absolu par son opposition à l'affirmation absolue, est ainsi que le troisième terme, comme n'étant pas par rapport au terme premier l'affirmation, qui est et reste Ttinique comme le primitif, l'être.

On doit donc dire que l'affirmation étant antérieure à la

négation, est antérieure à toute antinomie jusqu'à l'instant où sa négation apparaît. L'antinomie ne commence donc réellement qu'au moment de l'apparition de la négation en face de l'affirmation. L'affirmation passe donc par deux états,

l" un état préantinomique, qui est le moment, quel qu'il soit, où la négation n'est pas encore;

S*" l'état antinomique où la négation se pose.

L'affirmation subit encore un troisième état, c'est celui où dans la contradiction elle est et ne saurait être qu'à l'état d'affirmation niée. C'est le passage de l'état absolu à l'état relatif, d'infini à fini. Kant et Hegel n'ont connu des antinomies que ce troisième état ; ils ont connu le relatif, le contingent, le multiple, la contradiction, ils n'ont pas connu l'affirmation, l'absolu, l'infini. Ils ont connu l'empirique non le métaphysique. Kant et.Hégel n'ont pas connu les antinomies. Kant et Hegel ont passé la métaphysique en principe.

Le tableau des antinomies dressé suivant la double loi que je pose ici fera toucher ce que j'avance. Je le reporte à la fin de cette discussion quand nous déduirons la composition^de l'être.

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