CHAPITRE VIL
l<ol de composUlon antinomique. (Suite.)
Ici il faut pousser plus avant.
La théorie qui pose les antinomies comme premiers principes nécessaires, ne peut pas se satisfaire de la valeur logique plus que de la valeur essentielle. Une négation a la même valeur métaphysique* en logique que dans la réalité ; elle est
1. La valeur métaphysique consiste à pouvoir jouer un rôle dans une
et ne peut être que négation. Le zéro mathématique est aussi bien le non-être que le vide de la physique, que la négation métaphysique. Tout cela, c'est la même négation prenant des noms divers, suivant le mode de manifestation de l'être. Si l'union du zéro (non comme signe représentatif, mais comme valeur réelle) à l'unité lui ajoutait, le vide ferait complète la matière; le non-être uni à l'être le rendrait parfait. Si les antinomies avaient une valeur logique, elles auraient une valeur réelle. La loi est une. Getix qui ont voulu ruiner les antinomies, en leur reprochant d'être une unité logique, en auraient par là reconnu l'existence comme premiers principes nécessaires.
En physique, en mathématiques, en métaphysique, il n'y a qu'un des deux termes qui soit réel; le second terme est toujours négation.
Quand le terme négation pure se place en face de l'affirmation pure, l'affirmation se réalise dans sa négation. C'est ce que nous avons appelé le troisième terme antinomique. La contradiction est la vie permanente de cet état. Qu'on suppose le terme infini comme affirmation, il lui faut comme négation un terme proportionnel qui lui soit correspondant comme non-être à être. Ce terme, qui n'a pas de nom dans la langue philosophique, je l'appelle seulement négation. L'infini, en face de sa négation, se réalise dans elle, et il en résulte ce terme nouveau où l'affirmation pure de l'être infini, niée par la négation pure, ne se réalise que dans elle, et produit cet état où l'être, nécessairement en contact avec sa négation, est ce que nous appelons l'être fini.
Le fini, dans la composition antinomique, n'est donc pas le vrai contradictoire d'infini, mais seulement la résultante des deux contradictoires primitives, l'affirmation pure ou infini en présence de sa négation pure.
Il en est de même de toutes les antinomies l'un-l'autre.
antinomie. Elle s'applique aux objets, aux notions, aux chiffres, aux quantités; c'est une réduction à faire. Et cette réduction revient à se demander quelle est la véritable place du terme selon la loi antinomique. — Rien n'est plus simple.
absolu-contingent, unité-multiple, et toutes celles où l'on trouve de l'être dans les deux termes. On a passé, en les constituant, le second terme, la négation, et l'on a mis en rapport le troisième terme avec le premier, c'est-à-dire qu'on n'a pas constitué l'antinomie selon sa loi, et qu'on n'a qu'une contradictoire factice.
=Et au fond de ces trois termes, que trouvons-nous? Avonsnous des scissions infranchissables qui nous empêchent d'arriver à l'unité? Loin de là, nous n'avons qu'elle qui subsiste et par qui tout se trouve être, la négation comme la contradiction. Voyons comment :
La négation, n'étant pas de soi, n'est qae par l'afBrmation. La résultante de l'action de l'affirmation dans la négation, n'est pas davantage de soi, mais est par l'affirmation en contradiction avec la négation. Or, comme déjà la négation n'est que par l'affirmation , il suit que le troisième terme , qu'il soit considéré comme affirmation et comme être, qu'il soit ■ considéré comme négation et comme non- être, n'est et ne peut être que par le premier terme antinomique l'affirmation.
Voilà donc ce que cachent ces mots trop inexpliqués à la raison : Dieu, néant, homme et choses. Dieu affirmation, néant négation, homme et choses, processus de l'affirmation et de la négation ! C'est donc une loi que l'affirmation pure, mise en face de sa négation, produise un état quelconque (celui que nous voyons ou un autre), mais un état quelconque de contradiction, c'est-à-dire un état où l'affirmation ne soit réalisée que dans la négation.
Et la négation, la contradiction, sont-elles fatalement nécessaires de telle sorte qu'on ne puisse concevoir l'affirmation sans ellqs? Bien au contraire, il est fatalement indispensable que l'affirmation soit conçue antérieurement à sa négation, puisque la négation, n'étant que par l'affirmation, elle lui est nécessairement postérieure.
I On conçoit, en outre, que l'affirmation puisse être ou n'être I pas niée. La négation n'est en aucune sorte nécessaire à la j vie de l'affirmation. Qu'elle soit ou ne soit pas, elle ne l'altère I pas en tant qu'affirmation. La négation n'étant que par l'af-
firmation, reçoit d'elle sa détermination ; et comme d'ailleurs l'affirmation est proportionnellement négation de sa négation i il suit que la négation ne peut d'aucune sorte agir sur elle. Tandis qu'au contraire l'affirmation est tout à la négation qui ne se percevrait pas, ne se comprendrait pas, ne serait pas sans l'affirmation. La négation, n'étant pas en principe, n'a son principe que dans l'affirmation ; et comme la vie de la négation n'est pas de soi, puisqu'elle est sans principe, cette vie n'est donc que par l'affirmation elle-même.
Si l'affirmation est négation de sa négation, la négation s'efFace donc dans l'affirmation sans cependant cesser d*être à l'état de négation; mais elle est à l'état de négation niée. En sorte que, de même que nous arrivons à sa destruction comme réalité de principe, nous arrivons à sa conservation comme négation.
Ainsi, le terme négation ne nuit au terme affirmation ni ne Taugmente.
Et quand nous verrons le troisième • terme, c'est-à-dire la réalisation de Taffirmation dans sa négation, nous ne pourrons pas plus trouver qu'il altère l'affirmation. En effet, comme il n'est que par la présence de la négation, et que la négation ne nuit en rien à l'affirmation, il n'a, vis-à-vis de l'affirmation, que les qualités mêmes de la négation.
= Plus nous examinerons des antinomies diverses, plus la preuve se fera. Choisissons celles dont on a le plus usé , attraction-répulsion, par exemple.
On a voulu que le terme antinomique répulsion fût principe, et par ce principe on a voulu absorber être par non-être et non-être par être. En effet, disait-on, être et non-être étant égaux, par la répulsion du non-être contre l'être, il y a absorption de l'être; par la répulsion de l'être contre le nonêtre, il y a absorption du non-être. On espérait ainsi constituer l'unité, on n'arrivait qu'à constituer le néant, nous le verrons.
Mais ponvaît-on même procéder ainsi? Non. Et, en effet, qu'est-ce que le rapport de répulsion, c'est un rapport médiat à être, immédiat à non-être ; car de soi répulsion n'est pas, elle n'est cpie par rapport à son terme affirmaiif, tout comme négation est par rapport à affirmation. Répulsion est donc enfermée et dépendante de son terme affirmatif qui est attraction comme non-être est attaché à être; répulsion n'est donc, vis-à-vis de l'attraction, qu'en tant que négation. Il suit que répulsion n'est qu'un secondaire qui ne vit que par l'attraction. Répulsion est un rapport qui ne se trouve pas dans affirmation pure, mais qui naît du face à face de la négation et de l'affirmation, c'est-à-dire qui commence avec le second terme antinomique, et qui se continue dans le troisième, terme moyen, où l'attraction se réalise dans la répulsion comme l'affirmation dans sa négation.
D'ailleurs, comment le rapport de répulsion pourrait-il détruire l'être? La négation, par sa répulsion, détruit- elle l'affirmation? Non, car l'affirmation se trouve répulsion de cette répulsion par la même nécessité qu'elle se trouve négation de sa négation. La loi est la même, c'est-à-dire que la répulsion contenue dans l'affirmation est proportionnelle à la force de répulsion qui la cause. Par là l'affirmation se maintient hors de l'empiétement dé la négation tout comme la négation par sa répulsion de l'affirmation se maintient en tant que négation.
Et comme d'autre part la répulsion n'est que par l'attraction, puisque, pour qu'il y ait négation, il faut qu'il y ait affirmation, il suit que le rapport de répulsion ne peut nuire en rien à l'affirmation-attraction qui est le terme primitif, principe, et par qui la répulsion-négation est.
De telle sorte que répulsion ne détruit pas l'être par le non-être et réciproquement ; mais, au contraire, constitue la conservation de l'être malgré le non-être, de l'affirmation malgré la négation.
= Nous retrouvons donc toujours dans les antinomies un véritable processus. Partout le terme négatif n'est que par le terme positif. Et si nous considérons le troisième terme ou terme moyen, nous le voyons subir la loi de processus qui s'attache an deuxième terme ou négation, puisqu'il n'est que
la réalisation d'affirmation dans négation, d'attraction dans répulsion.
Si, en effet, le terme négatif n'est que par le positif, le positif lui est antérieur, et s'il est antérieur au négatif, il est antérieur au mélange de négatif et d'affirmatif qui se réalise par l'apparition du négatif.
Avant l'apparition de la répulsion il n'y a que l'attraction, comme avant l'apparition de négation il n'y a qu'affirmation. On ne peut pas plus comprendre répulsion sans objet d'attraction, que négation sans objet affirmé, que non-être sans être, que vide sans matière, que sans 1. Or, sans nous demander encore quelle est l'essence et la composition de l'affirmation de l'être, nous ne pouvons nous refuser, après les épreuves successives que nous avons faites à reconnaître à l'affirmalion un état préantinomique; où l'affirmation n'est qu'en tant qu'affirmation ; non encore en tant qu'affirmation opposée à la négation, puisque la négation dérive nécessairement de l'affirmation pure.
Il y a donc, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, un état préantinomique, un état antinomique. Ce qui veut dire que les antinomies ne sont pas le premier principe de la pensée, mais que le principe unique se trouve dans affirmation pure, dans être, état préantinomique, nécessairement et fatalement, en logique et en fait.
. Avant de tirer nos conclusions, examinons encore l'essai qu'on a tenté pour arriver à lier les antinomies comme composants nécessaires de l'unité. On sentait bien que les lier par pure affirmation empirique ne suffisait pas, on a cherché une preuve de logique. Quelle est la valeur de cette preuve?