CHAPITRE IL
Ce n'est point qu'il faille dire que si les religions et les philosophies contiennent des vérités absolues même axiomatiques et indémontrées, ces affirmations soient domi- Bées par la notion de la méthode. C'est racceptation de l'esprit qui y est soumise et par là tout fait humain qui en dérive.
D'où viennent d'ailleurs ces notions de l'absolu, ces aperças qui, acceptés comme certains ou niés, sont la vie ou la mort des religions et des philosophies? Sont-ils le résultat d'une révélation naturelle et le fruit du génie ; sont-ils au contraire l'efiét d'une révélation positive et la lettre d'une parole divine ? Cette question ne doit pas nous occuper. De quelque part qu'elles arrivent, ces affirmations sont acceptées ou refusées. Comment et par quelle loi? Comment ensuite acquièrent-elles, par l'acceptation, la puissance de s'incarner et de se développer dans les sociétés? Voilà le vrai point de vue auquel il faut se placer ici.
La méthode ne domine pas l'absolue vérité en ce sens qu'elle la produise, mais en cela que l'esprit n'arrive à Tune que par l'autre. L'absolu reste soi, mais comme c'est une loi de l'esprit de faire passer toute affirmation par sa notion méthodique pour l'apprécier, il en résulte que la vérité est admise ou rejetée en raison même de la méthode.
Si donc il y a dans les religions et les philosophies des vérités absolues, elles restent en soi indépendantes, mais elles sont soumises par l'acceptation et l'application qu'en fait l'esprit. Que l'homme soit dans la foi pure, c'est un instinct méthodique qui apprécie et qui, satisfait, se déclare convaincu. Qu'il soit dans la science c'est une notion méthodique plus ou moins parfaite qui préside à l'examen et qui détermine la certitude.
L'opération de l'esprit est la même pour arriver soit à la foi, soit à la certitude. Elle est toujours aussi complète, bien que l'inexactitude dans l'appréciation soit proportionnelle à la notion méthodique. Il n'y a de dissemblance que dans la précision des moyens employés.
n n'y a foi qi^e parce qu'il y a certitude de sentiment, c'est-à-dire évidence tenue pour certaine. L'affirmation de la certitude est dans la foi comme dans la science. La seule différence méthodique qu'il y ait entre elles, est que la foi n'appuie sa certitude que sur le sentiment ; la science , au contraire, s'efforce de la baser dans des moyens et des opérations certaines et de contrôler le tout par un critérium certain.
Si donc la foi est une certitude de sentiment, si la science est une certitude sur preuves, comme toute certitude est soumise à la notion de la méthode, la foi rentre donc dans la méthode au même titre que la science. Par^^onséquent les re-» ligions comme les philosophies y sont également impliquées.