‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 9 sur 130 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Il faut distinguer d'autre part les vérités absolues que les religions et les. philosophies peuvent contenir, et la méthode par laquelle elles les proposent ou imposent. Leurs affirmations peuvent être vraies, leurfe méthodes fausses. Or, on ne fait pas accepter sans fin à l'esprit une méthode factice et arbitraire, il ne peut suivre que la sienne propre, puisque c'est la loi même d'action de ses' facultés dans la connaissance. Toute méthode des religions et des philosophies tombe donc sous le coup de l'esprit : eii sorte que, quoi qu'elles fassent, toutes leurs affirmations restent nécessairement subordonnées à la marche et à l'état de la pensée. S'il en était autrement, jamais l'homme ne les pourrait pénétrer et faire siennes ; elles lui resteraient comme extérieures. Il n'y a assimilation des

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principes nutritifs dans la digestion qu'en les soumettant h l'action des organes, de même il n'y a possession de la vérité qu'en la faisant passer y^ar les facultés dont Tordre et le jeu constituent la méthode.

Certes s'il y a une religion, une philosophie vraies, ce dont nous n'avoçis point à tenir compte ici, elles contiennent la raison d'être des choses. Mais, puisque Tesprit ne peut accepter ces affirmations, dans la foi que par un sentiment méthodique, dans la science que par un savoir méthodique, elles sont pratiquement subordonnées, bien qu'en principe elles soient audessus de toute affirmation et de toute négation. La méthode n'est pas de l'essence de l'absolu, elle est de l'essence de l'esprit. Vouloir enlever à Thomme l'examen des affirmations philosophiques et religieuses, ce serait arracher à l'intelligence ses facultés, leur marche, leur but qui est l'assimilation de la vérité absolue à la pensée ; ce serait anéantir l'esprit. A ce jeu on perd la foi comme la science , puisque la foi est déterminée par la méthode instinct, la science par la méthode notion.

D'après ce qui vient d*être dit, je suis donc en droit d'affirmer qu'autant labsolu reste en soi supérieur à la méthode^ autant les développements soit religieux, soit philosophiques, en sont comme la réalisation et l'épanouissement. Les religions, les philosophies et leurs méthodes vraies ou fausses rentrent dans le grand cercle méthodique auquel rien n'échappe, qui enserre tout.

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