‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 83 sur 130 · BASE DE LA METAPHYSIQUE ET DE LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

BASE DE LA METAPHYSIQUE ET DE LA MÉTHODE

= Arrêtons-nous ici à considérer le chemin fait au double point de vue de la métaphysique et de la méthode.

Si ce que nous avons dit est vrai, n'avons-nous pas d'un même coup trouvé, pour la métaphysique, deux éléments premiers , affirmation-négation , aussi simples que 1 et 0, ces deux éléments des mathématiques. Que si nous ^avons défini la loi de combinaison de ces deux éléments, n'avons-nous pas par là même assuré à la métaphysique une base et un développement logique certain, à la façon des mathématiques elles-mêmes.

Tout en effet n'est-il pas virtuellement inclus dans ces deux éléments et dans leur loi de développement, puisque toute question métaphysique peut se ramener à une antinomie, et que toute antinomie doit se ramener à affirmationnégation et à sa loi de processus.

Dans toutes les sciences, fixer les éléments est la grande tâche. Les mathématiques ne sont si solides que parce que leurs éléments sont fixés comme de soi, et que leur loi de développement est déterminée par la nature même de l'élément. Que si nous savons rendre certains les éléments métaphysiques, déterminer leur loi de processus, la métaphysique , à partir de ce jour, aura une marche aussi certaine et des opérations aussi infaillibles que les mathématiques. La cause de certitude sera la même.

Dire que la métaphysique entière est enfermée dans affirmation-négation et la loi de leur rapport, cela ne va-t-il pas

paraître trop simple à beaucoup d'esprits, aveuglés par la firandeur des problèmes qu'elle s'efforce de résoudre? Les mathématiques et leurs problèmes sans cesse renaissants sont pour l'esprit im immense abîme; et cependant à quoi ce gouffre doit-il d'être toujours éclairé des lumières de la certitude? Tous les nombres sont certains parce que les notions de 1 et de sont certaines^ et certaine aussi la loi de combinaison des nombres naissant de la multiplication ou de la divisibilité de I . Ce sont donc deux notions si simples qui sont causes de cette grande certitude.

. Que si en métaphysique on trouve les notions correspondantes de 1 et de par leur simplicité; que si on les démontre éléments certains ; que si on fixe leur loi de combinaison , la certitude métaphysique naîtra aussi nécessairement que la certitude mathématique.

Or, cette notion primitive et simple, c'est le oui et le non, c'est l'affirmation et la négation, qni, donnant la loi antinomique, 'donnent nécessairement la certitude de toutes les combinaisons antinomiques ; et comme les antinomies sont à la métaphysique ce que les nombres sont aux mathématiques, c'est-à-dire les éléments de tous les problèmes, il en résulte que les éléments métaphysiques sont certains comme les nombres.

Je le répète , cela est si simple et pratique qu'on en reculera. Mais que l'on considère à quelle certitude mènent des éléments tels que 1 et 0, et l'on admettra facilement que des éléments aussi simples que affirmation et négation engendrent et résolvent les problèmes du tout. 1 et 0, avec leur loi de combinaison, et les mathématiques sont. Affirmation et négation avec leur loi, et la métaphysique est.

La métaphysique est une science de raisonnement; son instrument, le syllogisme, est aussi fatalement sûr (ainsi que nous le prouverons) que le calcul. Qu'on donne des éléments certains au syllogisme, il devient nécessairement engendreur de vérité comme le calcul même.

C'a été de tout temps la tendance invincible des sciences métaphysiques, de s aventurer dans le raisonnement sur des éléments donnés : cette marche lui est d'essence ; on ne p^ut

pas l'arrêter sur s& pente. Ainsi la théologie osait tout et opérait indéfiniment sur des élémepts acceptés de la foi. 11' suffisait, pour qu'elle allât sans tremblement, qu'on eût affirmé ses éléments cgmme fixes. Tous les philosophes aboutiront à l'arbitraire comme Its théologiens, tant que les éléments premiers et la loi de leur rapport nécessaire ne seront pas fixés. C'est ainsi que Hegel, sur des éléments empiriquement constatés dans la donnée kantienne, a opéré d'une façon analogue aux théologiens et aux mathématiciens.

Fixer les éléments métaphysiques et lar loi de leur rapport est donc donner à la science une marche aussi solide et sûre que celle de la science des nombres. C'est sauver l'esprit humain du doute et le fixer dans l'absolu. Les grands systèmes théologiques et allemands ont découragé l'esprit de la métaphysique; le sentimi^nt d'une base simple, fixe, certaine, la lui rendra.

Il y a longtemps qu'on sent que le problème de la métaphysique est mal posé. Bacon, sans le dire ni se l'avouer peut-être, voulait le baser physiquement et y monter par rinduction ; Descartes l'a voulu asseoir psychologiquement ; Spinosa , supérieur en cela à Descartes et à Bacon , a voulu l'affermir ontologiquement ; il Ta implicitement contenu dans sa théorie de la substance ; mais il retombe au physicisme de Bacon, dont sa substance ne contient que les éléments. Kant, dans les antinomies empiriquement tirées des qualités de la substance de Spinosa , et de leur représentation dans l'esprit a. espéré, sans succès, dépasser la base physique. Spinosa et Kant furent les deux grands poseurs du problème métaphysique pour l'Allemagne et pour toute la philosophie qui a, depuis eux, accepté ces termes premiers de la question. Hegel, à sa gloire, se sent gêné par eux; mais ce n'est là qu'un sentiment : il n'accepte pas moins leur base, et, avec eux tous, il pose physiquement le problème métaphysique. L'éclectisme le veut solidifier historiquement. C'est ne rien faire métaphysiquement. C'est de l'érudition, non de la solution.

Voilà où aboutit la tentative de la raison. Est-ce à dire que la raison doit s'abstenir, comme on le voudrait ? Non ; elle

doit persister. Et d'ailleurs, voulût- elle s'arrêter, elle ne le pourrait pas. Il est fatal à Uesprit qu'il tente de connaître l'être. La métaphysique, dans les religions, est une aspiration émne, un à priori du cœur. A la supériorité des religions sur les philosophies, le problème de. la métaphysique y est toujours entrevu ontologiquement, mais il n'est jamais scientifiquement posé, et, loin de là, elles empêchent toutes la science de tenter. Par là les dogmes finissent.

La métaphysique, entrevision sublime, n'a jusqu'ici été qu'empirisme, sentiment ou arbitraire, parce qu'elle n'a opéré que sur des éléments , ou acceptés de sentiment par la foi, ou empiriquement constatés par une observation incomplète, ou arbitrairement fixés par l'autorité. Tant que les éléments premiers et la loi de leur rapport ne seront pas scientifiquement déterminés, il n'en sortira que des systématisations plus ou moins puissantes, mais qui, basées sur des éléments incertains, engendreront d'incohérentes théories pleines d'aperçus vrais, rencontrés comme au hasard, et conduisant en dernier terme l'humanité dans le doute de la science et de son objet, qui est Dieu. Et vous voulez, métaphyciciens, qu'on ne se défie pas de la métaphysique ; vous voulez qu'on y croie ; Yous vous emportez si un Voltaire lui rit au nez I Vous en avez lassé Thumanité. Certes, les alchimistes portaient en eux la conviction d'une vérité incluse en leurs recherches. Ils avaient raison. Vous avez raison aussi de sentir, d'affirmer qu'au fond de vos tentatives il y a la science des sciences. Mais c'est aussi avec justice que vos adversaires se détournent de vos impuissantes constructions, comme on s'éloignait des systèmes de l'alchimie. Si vous voulez que la métaphysique soit une science, faites-la devenir certaine, en déterminant ses éléments. Les éléments sont toujours simples. Osez être simples; fixez à jamais ce 1 et ce de la pensée dans leur loi. Ce jour-là, vous aurez vaincu le doute ; les cieux et la terre vous seront également ouverts ; il sera aussi facile à l'homme de sentir son Dieu dans et hors les choses, que de sentir, par exemple, le pendule mathématique se réaliser dans tous les pendules possibles. Ce jour-là, vous serez les mathématiciens de l'être, de l'infini, de l'absolu, et votre science s'en ira

des iofiniment petits aux infiniment grands, sans terme, ' quoique toujours certaine et solide. Gomme le mathématicien, du dernier chiffre qu il peut atteindre, fait le grand acte de foi des nombres soustraits à la puissance de la pensée humaine, ainsi vous, du dernier problème résolu, vous ferez le grand acte de foi de l'infini, non encore atteint.

= Or, pouvons-nous espérer avoir obtenu ce résultat?

Étant posé : que la métaphysique est la science des antinomies : nous avons l'objet précis de la métaphysique ;

Que les rapports des antinomies sont uns par une loi essentielle: nous avons les éléments métaphysiques;

Que cette loi essentielle se trouve incluse dans l'antinoniie, simple affirmation- négation : nous avons Ja loi de composition des éléments métaphysiques.

Cette loi étant démontrée : nous avons donc Tobjet, les éléments de la métaphysique et leur loi de composition.

La métaphysique est-elle faite? non, elle s'ouvre. Nous en sommes au point où Pythagore laissa les mathématiques, affirmées la science des nombres, et ayant par là leur objet, ayant leurs éléments dans 1 et 0, ayant leur loi de composition dans la table.

Et les opérations que nous allons faire sur ces éléments vont être, avec le syllogisme comme instrument, aussi solides que les opérations mathématiques avec* leur instrument le calcul. Et nous ne saurions nous tromper que s'il y a raisonnement ou calcul mal fait. .

= Étant fixée l'essence de l'antinomie, qui est d'être affirmation-négation ;

Étant fixée l'essence de chacun des termes antinomiques, qui est que Taffirmation soit de soi et que la négation soit par l'affirmation ;

Nous avons par là même fixé la loi de leurs rapports, qui est que la négation soit postérieure à l'affirmation, qu'elle soit processus de l'affirmation.

Étant démontré que l'affirmation est d'essence au terme premier de l'antinomie ;

Tout terme primitif devra être affirmation au même degré, et chacun dans sa nature. Ainsi les termes être, infini, ab-

soin, beau, bien , vrai, seront affirmation au même titre que Taffirmation logique.

Et comme le propre de l'affirmation logique est d'être absolue, chacim des termes infini , être, beau, bien , vrai, sera afGrmation absolue.

De même le terme logique négation étant proportionnel à affirmation logique, tout terme négatif dans les antinomies sera proportionnel an terme affirmatif .

Qne si d'ailleurs nous trouvons des antinomies où aucun des deux termes n'ait le caractère d'absolu, nous saurons que ce processus n'est que l'affirmation réalisée dans sa négation, et changeant par la négation qui s y attache le caractère d'absola en celui de relatif, de fini et de contingent.

Nous saurons aussi que l'antinomie présentée par cet état n'a pas plus le caractère de l'antinomie métaphysique que les pendules réalisés ne sont la reproduction exacte du pendule mathématique.

= Et si la base de la métaphysique est solide, aurons* Doos du même coup trouvé une base à la méthode, ce troisième terme nécessaire à la construction de la métaphysique comme science?

S'il est démontré que la nature propre des deux termes antinomiques est pour l'un d'être, pour l'autre de n'être pas et de ne pouvoir jamais être qu'en tant que négation, il reste que la négation de l'être n'empêche jamais l'être d'être en tant qu'affirmation, puisqu'elle n'est négation que par l'affirmation même.

Dès là, il faut donc dire que l'esprit, ce poursuivant éternel de l'être , peut sans tremblement se reposer dans l'être certain :

1° Par sa nature ;

2"" Par son essence antinomique d'affirmation.

Nous pouvons dire que la méthode aura une base et un but certains , l'être ; restei;a à savoir sj l'esprit, pour y arriver, a des moyens certains. C'est à celte double condition de la

200 ORGANDM.

certitude de l'être et de la certitude des moyens de le connaître, que la méthode peut être absolue et certaine.

= Ainsi nous n'irons donc pas souder l'esprit à cet être -nonêtre de Hegel, sorti des flancs de Eant, de Spinoza, par l'ignorance de la loi antinomique et de l'inobservation de l'essence de la substance. Pas davantage nous n'irons lier l'esprit à cette affirmation-négation, conséquence de l'imprudence spiritualiste à laisser pénétrer la notion dans l'absolu. Quand serait-il certain, si. la négation et le non-être lui dérobent sans cesse l'être et l'affirmation? quand direz-vous qu'il y a affirmation, si toute affirmation implique négation? Votre universel doute vient de là. La négation est le ver rongeur qui tue toute affirmation.

Non, non; il me faut de l'être, il me faut de l'affirmation; je ne veux que de Taffirmation et de l'être, ou je sens, je vois que je suis entraîné dans Tabîme de la négation et du nonêtre. Or, s'il est prouvé que la négation n'est que l'affirmation considérée conmie n'étant pas, que le non- être n'est que le n'étant pas, que reste-t-il? de l'être, de l'affirmation; de l'affirmation et de l'être partout ; rien que de l'affirmation et' de l'être, en détermination, en identité proportionnelles aux qualités de l'essence.

= Disons-le : il fallait un Hegel pour clore la philosophie des antinomies prises pour premiers principes nécessaires soit de ridée, soit de l'être. Plus son génie était grand, plus il devait montrer l'enfoncement où faisait rouler cette première faute d'une métaphysique qui n'avait pas fixé ses éléments.

H avait de même fallu un saint Thomas pour engloutir cette théologie ou métaphysique à éléments reçus de la foi. Plus son génie était gigantesque, plus il montrait l'inanité des vastes conceptions qui ne sont pas basées dans des éléments certains.

Les grands hommes ont cela qu'ils épuisent les données méthodiques de l'humanité, quand elles sont incomplètes ou fausses. Après eux, il faut ou renoncer à penser, ou trouver une méthode nouvelle, jusqu'à ce que soit fixée la méthode absolue. Saint Thomas appelait Bacon. Qu'est l'œuvre de

Bacon près de celle de saint Thomas? quelques aphorismes, lien. Qu'est saint Thomas par rapport à Bacon dans la pensée moderne ? rien.

Be même, après Hegel, cette puissance philosophique qui a si fortement pétri, manié la donnée antinomique du passé % il n'y a plus qu'à se reposer, ou à trouver une nouvelle base à la métaphysique, par là à la méthode et à la connaissance. Celui qui la trouvera sera peut-être bien petit dans son œuvre, et, comme Bacon, bien humble vis-à-vis de saint Thomas et de Hegel, mais il n'en sera pas moins Tappui des siècles à venir.

1. Je ne crois pas être injuste envers le génie de Hegel en le faisant le représentant du passé métaphysique. Lui-même n'était pas éloigné de cette pensée. La systématisation fut personnelle; saint Thomas comme lui avait eu cette originalité puissante. Mais où ils faillirent et ne firent que suivre les devanciers, c'est dans la position même du problème métaphysique, saint Thomas en recevant les éléments de la foi, Hegel d\ine constatation empirique.

QOftCi::^

Vir QUESTION.

DE l'idée dans L'Être.

A quoi reconnaîtrons-nous Taffirmalion ?

A des qualités essentielles qui sont la détennination, Tunité ou l'identité, l'essence.

Ces qualités sont donc les qualités nécessaires puisqu'elles sont indispensables à raffîrmation ou l'être ce qui est un.

Mais si par elles nous avons toute l'affirmation, avons-nous tout l'être? Oui, métaptysiquement , non en tant que réalisé et vivant. En effet, tous les êtres quels qu'ils soient ont la détermination, l'identité, l'essence ; mais ces qualités nécessaires se manifestent dans un mode de réalisation spéciale et propre qui est la vie même de chaque être.

Les qualités nécessaires sont donc l'idée sans laquelle nulle réalisation, c'est-à-dire, nulle substance ne serait. Gomment en serait-il autrement? Comprend- on une substance moins les qualités nécessaires qui la constituent? Si ambryonnaire que soit une forme, si cahotique que soit une agglomération, encore ne sont-elles ni Tinessentiel absolu, ni l'indétel'miné absolu, ni l'inidentique absolu. A la négation, au non-être absolu appartiennent seules ces négations de qualités. Que la masse d'une matière primitive ait commencé les formes, que par une suite non interrompue de liaisons formelles, cette matière arrive aux perfections où nous la voyons, il reste que la détermination, l'identité et l'essence étaient proportionnelles à la réalisation première comme à la dernière. De telle sorte que l'ambryonnaire comme le parfait n'étaient et ne pouvaient être qu'un accord de la réalisation avec ses qualités nécessaires. Ce qui veut dire que, métaphysiquement comme géologiquement, on ne peut comprendre

le chaos et qu'on ne peut concevoir que des successions d'ordre.

Les qualités nécessaires sont absolument existantes puisque, étant la condition indispensable de Tétre, elles sont dans l'être ambryonnaire comme dans l'être parfait qui ne seraient point sans elles. La composition des types substantiels découlant des qualités nécessaires peut varier, se modifier à Tindéfini, mais jamais les qualités en elles-mêmes. Déterminati(Ha, identité, essence, sont toujours en tant que qualités dans Tindéfiniment petit comme dans Tindéfiniment grand, dans le fini comme dans l'infini. Qui dit pierre, a dit détermination, identité, essence, qui dit absolu, a dit essence, unilé ou identité et détermination. L'homme voit les qualités nécessaires de Dieu dans le grain de sable. Et cela littéralement puisque Dieu et grain de sable ' sont par les mêmes qualités nécessaires. C'est ainsi qu'il a pu être dit : Dieu fit l'homme à son image. Cette image est dans les qualités nécessaires avant tout.

Or, si les qualités nécessaires sont l'idée sans quoi nul être ne serait; l'idée est donc impliquée dans l'être et dans tout être. L'être est donc l'idée.

204 ORGANUlf.

Vlll' QUESTION,

PASSAGE DE L'iDÉE A L'ÊTRE.

Est-il de l'essence de la détôrmination d'être déterminée ou flottante et sans se poser? dès là elle n'est plus détermination , mais indétermination.

Que si là détermination n'est en tant que qualité qu'à la condition d'être déterminée, il est fatal que par cela seul qu'elle est qualité, elle soit dans une réalisation qui lui soit proportionnelle. Ou la détermination est réalisée ou il faut dire qu'elle n'est pas.

Être en tant que détermination pure, c'est être en tant qu'idée ; être en tant que détermination réalisée, c'est être ea tant que vivant. Les qualités par cela seul qu'elles sont, ont une nécessité de vie. Ce qui veut dire que l'idée est nécessairement en tant qu'être ou n'est pas.

Ainsi, qu'est-ce qu'identité, c'est la détermination continuée. Mais, comme la détermination ne pouvait se comprendre que par sa réalisation proportionnelle, ainsi la détermination continuée ne se peut concevoir que par la continuation de la réalisation. Or, la continuité de la détermination c'est la vie comme la détermination même.

Qu'est-ce que l'essence sinon les qualités même spéciales et proportionnelles à chaque mode de manifestation? Or, comme elles ne se comprennent que par la détermination et l'identité, elles ne se conçoivent donc jamais hors de leur réalisation, c'est-à-dire hors de la vie propre, proportionnelle au faisceau de qualités formateur de l'essence. Ce qui varie par conséquent dans les diverses manifestations de l'être.

ce n'est pas la réalisation ou la Don-réalisation, la loi est la même ; mais ce sont les modes de réalisations qui sont divers et qui vivent d'une vie proportionnelle, aux qualités de l'essence. Les manifestations idéales vivent donc comme les manifestations matérielles et par la même loi, qui est la réa< lisation de l'essence dans la détermination et l'identité. Que si d'ailleurs la composition des réalisations est diverse, cela tient ^à ce que chaque essence étant un faisceau divers de qualités, leur réalisation porte le cachet propre des qua* lités composantes et fait la diversité des vies. De telle sorte que de quelque côté que se tourne l'esprit, il ne trouve jamais l'abstraction, cette négation de la vie, mais il trouve nécessairement la vie dans l'idée et dans l'être. L'essence de la vie est dans et par les qualités nécessaires non pas seulement dans leur réalisation. Leur réalisation au contraire n'est que l'expression delà vie, le mode de la vie, non la vie même. Quand donc on croit que la vie n'est incluse que dans cette réalisation, ce mode particulier de la vie qui s'appelle matière ; quand on considère les notions comme des abstractions, on montre qu'on connaît de la vie, non son essence qui est dans les qualités nécessaires, mais seulement un de ses modes de manifestation.

= Or,quel va être le résultat de cette réalisation nécessaire, des qualités nécessaires?

Ce résultat sera double bien que la loi soit une. Il correspondra nécessairement par la loi antinomique à l'état, soit préantinomique soit antinomique de l'affirmation et de la négation de l'être et du non-être, de l'idée-être en un mot.

= Considérons d'abord ce que vont produire les qualités nécessaires à l'état antinomique.

Les différentes qualités de l'être sont dans le triple rapport de l'espace, du temps, de la personnalité de l'être. Il va donc sous ce triple rapport surgir une réalisation vivante.

1° La détermination va se produire en tant que forme, cette multiplicité vivante de manifestations spirituelle ou ma-

tërielle des antinomies finies. La forme est donc la réalisation de la détermination vivant dans le fini, par l'expansion de la manifestation matérielle dans l'espace, par l'expansion de la manifestation spirituelle dans sa représentation. La notion dans sa forme, est une vie au même titre que l'être matériel dans sa forme, car les lois de la vie s'y trouvent également par l'essence, l'identité et k détermination se réalisant. La différence des manifestations qu'on prend empiriquement pour la vie ne Test pas, elle n'est qu'un mode de la vie. La vie est dans les qualités nécessaires nécessairement réalisées. Et partout où nous les retrouvons il faut conclure la vie sous quelque apparence qu'elle se manifeste.

2® L'identité, cette expansion de l'être à l'état fini dans le temps, va engendrer la durée des manifestations, c'est ce qu'on nomme l'existence non pas considérée comme force de vie, mais comme persistance de l'essence dans sa détermination.

L'existence est donc la réalisation de l'identité antinomique.

3° L'essence enfin, faisceau de qualités dont la composition varie suivant le mode de manifestation ou spirituelle ou matérielle, suiva&t l'espèce, le genre, l'individu, l'essence, dis-je, va se réaliser en substance proportionnelle à la combinaison des qualités.

La substance est donc la réalisation vivante de l'essence. Plotin considérait la réalisation comme une dégradation. Hegel, après lui, voit le multiple comme tellement indigne de l'absolu qu'il le voudrait anéantir. La philosophie chrétienne considère la matière comme tellement indigne de ridée, qu'elle voit la perfection morale dans l'annihilation de la matière. Veut-on dire par là que la réalisation antinomique des qualités nécessaires est moins haute que la réalisation préantinomigue. Ce sont des aperçus vrais, mais qui n'ont pas d'appui daps une déduction philosophique. L'esprit vague et élevé de Plotin et de Hegel, l'aspiration chrétienne me paraissent ici constater un sentiment inhérent à l'espèce humaine entière. Malgré l'attrait de la matière, toutes les époques ont senti également qu'il y avait quelque chose audessus d'elle. La question est de changer ce sentiment en

ane théorie solide qni donne à la matière sa place relative et juste. N'en pas faire un néant avec Hegel dans une partie de sa doctrine par son mépris du multiple, n'en pas faire une dégradation avec Plotin ; n'en pas faire un tout avec Hegel dans l'autre partie de sa théorie par sa nécessité des antinomies comme principes premiers et son devenir composant l'absolu, un tout encore avec Spinoza faisant de la substance antinomique le composant primitif de l'être.

Or, je crois qu'en établissant cette différence entre les qualités nécessaires et leur réalisation ; en montrant ces réalisations nécessaires par cela que les qualités sont, en les prouvant nécessairement proportionnelles à la composition des faisceaux de qualités ; on a la dignité de l'absolu pénétrant dans les réalisations contingentes, et ces réalisations contingentes ellesmêmes sont dignes à cette condition que la proportion entre les compositions de qualités soit respectée.

Tout consiste donc, bien, beau, vrai, dans le respect de la hiérarchie des combinaisons des qualités nécessaires. Essence, identité, détermination constituent donc l'absolu de l'être antinomique. Forme, vie et substance forment au contraire sot contingent et son transitoire. L'être fini meurt, sa substance, sa forme, 'sa vie disparaissent; mais l'essence, l'identité, la détermination, qualités nécessaires de l'être, persistent ef se réalisent sans cesse dans de nouvelles substances, de nouvelles vies et de nouvelles formes.

Je sais qu'on voudrait savoir ici d'où naît la matière. G'estlà une question que nous renvoyons au développement métaphysique qui suivra cet ouvrage.

Étant arrivé à la substance, à la forme et à la vie, nous avons donc l'être dans sa réalité tangible et palpable comme dans sa réalité intelhgible. Ce ne sont plus seulement les idées constitutives de l'existence, c'est l'existence dans son indéfinie variété. Et cette réalisation est solidement établie comme les qualités elles-mêmes, puisqu'elle n'est que ces qualités mêmes faites vie par la nécessité de leur nature.

= Et maintenant, si nous passons'à la réalisation des qualités nécessaires considérées à l'état préantinomique, que trouvons-nous?

S08 ORGANUlf.

Détermination, identité, essence sont ici comme là en tant qne qualités nécessaires. C'est par elles que l'être considéré à l'état absolu aura vie comme Tétre à l'état fini et contingent. Cette loi unique va-t-elle engendrer un résultat unique? non, de même que à Tétat fini les réalisations varient sans terme et sans cesse, ainsi de l'état fini à l'état infini il y a une différence, n faut l'apprécier.

Dans l'état antinomique, la détermination, l'identité et l'essence ont, dans les variétés d'engendrement, ce point commun que toute réalisation est proportionnelle aux antinomies impliquées dans l'essence.

Dans l'état préantinomique, cette proportionnalité subsiste entre la- réalisation et les qualités nécessaires.

De sorte qu'entre les réalisations nous devons trouver le rapport de l'afGrmation préantinomique à l'affirmation antinomique, c'est-à-dire la différence de l'affirmation pure à l'affirmation réalisée dans sa négation.

L'unité, la ressemblance de l'être antinomique et de l'être préantinomique sont donc dans les qualités nécessaires, détermination, identité et essence; la différence résulte de la loi des antinomies déjà posée.

De sorte que l'unité des lois nécessaires, se réalisant par nécessité de nature, va produire une vitalité préantinomiqne comme toute à l'heure une vitalité antinomique. Et tout cela de nécessité logique. Voyons comment ;

1° Que la détermination se réalise préantinomiquement, allons-nous trouver la forme? impossible, car le propre de l'affirmation préantinomique est d'être absolue ; sa détermination est donc absolue. Mais l'abâolu est sans la borne, l'infini est sans la fin ; la détermination préantinomique se fera donc sans la forme. Comme il est d'ailleurs démontré que la détermination n'est pas par la limite et la borne, nous sommes forcés d'admettre la possibilité de cette détermination. Quelle est-elle? Je veux qu'on ne la pénètre pas, sa nécessité d'existence n'en reste pas moins.

2° Que si ridentité se réalise en tant que préantinomique, elle a comme résultante l'existence sous le rapport de la durée. Mais l'existence de l'affirmation sans sa négation, c'est Fexis-

tence absolue. Que si la négation n'intervient pas dans l'affirmation, l'affirmation n'est pas plus niée sous le rapport du temps que sous le rapport de l'espace ; et de même que la forme n'apparaît pas par la réalisation de la détermination , de même la limite n'apparaît pas sous le rapport du temps. L'identité préantinomique réalisée, fournit donc une vie sans succession, puisque succession implique borne. Ainsi nous avons l'unité vivante.

3^ Considérons enfin la réalisation de l'essence. Proportionnelle aux qualités formatrices, nous l'avons vue se multiplier dans des substances indéfiniment variées dans l'être considéré à l'état antinomique. Mais cette même proportionnalité aux qualités formatrices va nécessiter, dans l'état préantinoinique, une réalisation qui soit en rapport avec l'affirmation pure, c'est-à-dire une réalisation absolue. Quelle qu'elle soit, la substance de l'être considéré à l'état préantinomique est donc absolue.

= Or toucherons-nous cette réalisation des qualités nécessaires considérées à l'état préantinomique comme nous touchons par la forme, l'existence et la substance, *la réalisa- tioû de ces mêmes qualités considérées à l'état antinomique? Gela importe pea au métaphysicien, pas plus qu'il n'importe au mathématicien de toucher les objets que peuvent représenter les nombres sur lesquels il opère. Quand bien même nul objet ne représenterait les nombres d'un calcul, le calcul serait. Disons-le donc : quand bien même nous ne pourrions jamais arriver à comprendre, à pénétrer cette réalisation superantinomique de la détermination de l'identité et de l'essence, elle n'en resterait pas moins invinciblement décnontrée comme étant nécessairement. Le jour où l'esprit veut toucher l'objet des démonstrations métaphysiques, il n'y a plus de science métaphysique, par la même loi, qui fait que les mathématiques seraient détruites si les mathématiciens voulaient opérer non sur les nombres, mais sur les objets nombres. Ce siècle veut toucher Dieu, ce grand objet de la métaphysique, ce siècle a tué la science. On fait mieux que le toucher, on le voit métaphysiquement comme le mathématicien voit le pendule mathématique et méprise tout ce qui le lui ferait toucher.

Métaphysiquement nous sommes arrivés à troaver la vie, à démontrer que tout est vie et n'est que vie. L'être à l'état préantinomique est vivant parla même loi qui fait vivre l'être à l'état antinomique. On ne peut détruire la vie du premier qu'en anéantissant celle du second et du même coup.

Je m'arrête. li suffit pour mon dessein que tout ce qui est, soit de Têtre et rien que de l'être, que tout soit manifestation de l'être dans la matière et dans l'idée. De graves questions restent encore : il faut les laisser pour ne pas être entraîné trop loin de notre but présent.

==Gomment la chair assimilée par l'estomac se transsubstantie-t-elle d'animal en homme? Gomment Tidée-être, c'est-àdire l'absolu, assimilé par l'esprit, se peut-il transsubstantier de Dieu en homme? Cette chair n'est plus l'animal, c'estPhomme. Cette pensée, ce n'est plus Dieu, c'est l'esprit humain; ce n'est plus le savoir en soi, c'est la science; ce n'est plus l'absolu, c'est la notion nécessaire.

Le physiologiste suit les transformations de la chair de l'animal, il la voit se modifier dans l'estomac, dans l'intestin, dans les vaisseaux chilifères, dans le cœur et y devenir vie d'homme. A-t-il vu cependimt la transsubstantiation mystérieuse? Non; il voit les changements d'élat, il voit passer le chyle, passer le sang, mais comment cette vie peut devenir l'autre vie ? mot caché.

Pour nous, métaphysiciens^ verrons-nous la vie divine se transsubstantier à celle de l'homme? Qu'importe si, comme le physiologiste, nous pouvons voir l'idée k l'état absolu changer d'état, devenir notion et par ses modifications constitaer l'existence propre de l'esprit? Nous le pouvons et nous le ferons.

Concluons ici ce que c'est que V-êire i

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DE L'ÊTRE. âU

IX^ QUESTION

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