L'IDÉE-ÊT^E
Si Tétre et tout être est nécessairement qualité nécessaire et réalisation , disons donc qu'il est impossible de penser de l'être sans penser l'idée, de voir de l'être sans voir l'idée, puisque jamais on ne peut rencontrer une existence qui ne soit une identité ; une forme qui ne soit une détermination ; une substance qui ne soit une essence ; une vie qui ne soit à la fois détermination, identité et essence et qui n'apparaisse à l'esprit percevant la substance, la forme et l'existence comme essence, identité et détermination.
Tout contingent montre donc à l'homme l'absolu par l'idée nécessaire sans laquelle il ne serait pas, puisque ces qualités en soi sont nécessairement. Est-ce à dire que essence, identité et détermination, sont à l'état absolu dans le contingent, dans la pierre? Non, certes, elles n'y sont que proportionnellement à la réalisation; mais ces qualités étant nécessaires ont cela d'absolu qu'elles ne peuvent pas ne pas être en tant que qualités nécessaires donnant des lois nécessaires dans lontêtre*.
Disons donc ici, pour nous donner une complète notion de ce que l'esprit est appelé à connaître, que l'être étant idée par les qualités nécessaires, existence par leur réalisationi, est l'idée-être. Le contingent matériel comme l'absolu, puisque jamais ce matériel, si grossier qu'il soit, pierre ou terre, ne
1. Ceci explique le mot d'absolu; mot large et commode parce qu'il comprend d'un seul coup les vérités nécessaires de la science et l'idée fin soi , par le caractère de fixité et d'immuabilité qui s'attache à l'une et aux autres. Leurs différences radicales sur lesquelles nous appuyons P^irtout ne leur enlèvent pas ce trait commun.
saurait être compris sans identité, essence et détermination.
G*est du reste parce que l'être est idée, qu'il peut arriver à devenirnotion dans Tesprit. L'esprit en effet ne prend pas en soi la substance des corps, leur vie, leur forme. Un arbre ne se fiche pas dans Tesprit, un bloc ne pénètre pas substantiellement et formellement dans la pensée, pour être compris ; mais au contraire ces corps n'arrivent à la pensée que par leur détermination, leur identité, leur essence, qui font que l'esprit les reconnsut en tant que forme, vie et substance.
Ni l'être ne serait sans l'idée ou qualité nécessaire, ni l'esprit ne pourrait penser l'être sans la qualité nécessaire qui constitue ridée et par quoi est perçue la réalisation. Dans la réalité et dans son rapport avec l'esprit, l'être est donc bien réellement l'idée-être.
En tant qu'idée l'être est nécessaire. Ce qui ne veut pas dire que le bloc, l'arbre, la réalisation contingente des qualités nécessaires, soit nécessaire, mais qu'identité, essence et détermination étant nécessaires et unes, toute réabsation sera par elles soumise à des lois uniformes invariables absolues comme les qualités nécessaires elles-mêmes. De sorte que ce seront les qualités nécessaires qui seront les lois mé* mes des êtres. De sorte que l'esprit connaissant les êtres par les qualités nécessaires, arrivera par elles à en connaître les lois nécessaires. Et en effet, comme identité, essence et détermination seront les lois premières des êtres, il suit que l'esprit rattachera les diversij;és des réaUsations vitales substantielles et formelles, par groupes d'identités, d'essences et de déterminations, qui seront lois des groupes conmie elles sont lois et nécessité des êtres.
Or, de là, naîtra pour l'homme la connaissance, puisqu'il aura l'individu, les groupes, les lois ; puisqu'il aura les idées et les réalisations ; la matière pouvant, par le lien idéal de la qualité nécessaire, être assimilée en tant qu'idée et notion par l'esprit. De là naîtra la science puisque, non-seulement l'être matière pourra le frapper en tant qu'idée, mais encore que cette idée étant nécessaire et étant loi, l'esprit
pourra rendre loi et nécessité tonte la connaissance qn'il aura de Têtre-idée. Or, qu'est-ce que la science? La connaissance de l'être, en tant que nécessaire et soumis à des lois nécessaires, la connaissance de Têtre par les qualités nécessaires.
Il suffira, pour que Thomme arrive à la connaissance et à. la science, qu'il ait les facultés correspondantes à la nature de l'être. De la part de Tétre nul obstacle. Dans les livres suivants nous verrons la part de l'esprit. Ici prouvons cet être que nous venons de trouver.
CIlQÂ^ir?
X^ QUESTION
PREUVE DE l'Être.
Tout s'affirme et tout se prouve.
L'être se prouve-t-il?
Ouest dans l'habitude de dire que l'être ne fait que s'affirmer. Descartes avoue qu'il ne Ta pas prouvé.
Cependant, si Taffirmation de l'être suffit, pourquoi la preuve est-elle dans la science? Il faut qu'elle soit un besoin de l'esprit. Et pourquoi est-elle besoin de l'esprit, sinon parce qu'elle est moyen de certifier l'être?
Dire qu'on ne peut qu'affirmer l'être, c'est dire qu'on n'en a trouvé ni la preuve ni la démonstration. L'analyse que nous venons de faire de l'être en est la démonstration, mais conmie il faut que nous donnions à l'être toute la solidité possible, ajoutons-y sa preuve.
J'affirme l'être. On le nie. L'affirmation n'a pas vaincu, il faut prouver.
Je suppose donc que l'être n'est pas. Que va-t-il en suivre? Le non-être absolu. Mais non-être que manifeste-t-il? le non-être. Rien donne rien , zéro multiplié par zéro donne zéro. Le non-être n'a donc pas de multiple, pas de manifestation, pas de détermination, pas d'identité, pas d'essence. Dès là, tout ce qui présente comme idée ou comme matière une manifestation, une détermination, une identité, une essence, doit être également nié.
Que si, au contraire, nous trouvons des manifestations, des déterminations, des identités, des essences, soit notionnelles, soit matérielles, que conclurons-nous , sinon que , comme il
est impossible qu'elles soient par le non-être, elles sont par l'être, et que par conséquent l'être est.
Me direz-vous que la manifestation de l'être, sa détermination mathématique, logique, physique, métaphysique, idéale, matérielle, ne sont que l'être même dans ses modes et dans ses états divers, et que par conséquent prouver l'être par sa manifestation et son multiple, ce n'est encore qu'affirmer l'être purement et simplement. Ceci serait vrai si la manifestation et le multiple n'étaient que des affirmations et ne restaient dans l'esprit qu'en qualité d'affirmations; mais si la démonstration en est permanente, continue, toujours en voie de perfection, si les certitudes acquises en sont déjà nombreuses, palpables, reconnues, on sera forcé d'avouer que prouver Fêtre par le fait prouvé ce n'est pas seulement l'affirmer, mais c'est réellement et scientifiquement le prouver, puisqu'on se basera dans la démonstration scientifique et certifiée.
Mais d'ailleurs j'ai cherché à établir la nécessité de l'être par l'impossibilité du non-être. Ayant en effet prouvé que le non-être n'était qu'en qualité de négation et d'improduction, je suis en droit de conclure que s'il y a affirmation et production, elle est de l'être, non du non-être, et par conséquent je suis endroit de croire à cette preuve de l'être. La preuve est métaphysique j car je raisonne sur les éléments métaphysiques eux-mêmes. L'antinomie être et non-être a été analysée et dépouillée au chapitre précédent. Quand un expérimentateur, étudie les variations d'un gaz invisible dans un tube enfoncé dans le mercure, voit-il de l'œil ces variations? non, elles se réalisent pour lui par des chiffres et il croit au chiffre, autant qu'à la vue même du gaz. En effet il est plus que vu, il est mesuré, quoique invisible, il est aussi précis et certain que 1 et 0» Ainsi nous opérons sur cet invisible et inexistant non-être, sur cette notion de l'être invisible et impalpable. Ces deux notions en présence nous présentent des combinaisons possibles ou impossibles, des compositions réalisables et irréalisables , et suivant que ce non-être , dont la notion nous est aussi certaine que celle de 0, se comporte devant Têtre dont la notion nous est aussi certaine que celle de 1 ,
nous concluons et prouvons. Que si en mathématique je trouve un multiple quelconque, dirai-je qu'il est le produit de zëro où le produit de un? La question est puérile tant elle est simple. Or, qu'en ferme-t-elle, sinon que zéro étant improductif n'est pas, de même que un étant productif est. Ce que le mathématicien prouve pour le zéro, le métaphysicien le prouve pour le non-être et par Tiraproduction du non-être l'être se trouve prouvé.
= Veut-on, en disant que l'être ne fait que s'affirmer, prétendre, qu'on ne le prouvera jamais que par l'être et par conséquent qu'il ne sera 'pas prouvé. Gela est faux; d'abord on peut prouver l'être par le non-être, quoique le non-être ne soit pas. Et quoiqu'il ne soit que par l'être , ce n'est pas prouver l'être par l'être, car les notions -d'être, de non-être sont; car si pon-être n'est pas réellement, il est représenté par une notion vide comme lui, mais perceptible à l'esprit comme le zéro mathématique. Le zéro n'est pas et cependant il est perçu. Il n'est pas mathématiquement ni réellement, car il n'a pas de valeur mathématique, et cependant il est en tant que signe mathématique et représentant la négation mathématique; de même le non-être n'est ni métaphysiquement ni réellement, et cependant il existe à l'état de notion vide, qui le fait être comme représentation de la ûégatiôn métaphysique. On peut donc métaphysiquement opérer sur le non-être métaphysique comme le mathématicien opère sur la négation mathématique.
Etant donc donnée l'antinomie métaphysique être et nonêtre, cette antinomie étant analysée et certifiée en tant qu'antinomie et dans chacun de ses termes, étant d'ailleurs prouvé que ce sont les premiers termes où l'esprit puisse remonter, je dis donc le non-être n'étant pas, l'être est. Le non-être ne manifestant pas , la manifestation étant , l'être est et est métaphysiquement prouvé.
Mais je consens que la métaphysique seule» isolée, ne
puisse prouver l*être, je dis que la métaphysique unie aux autres sciences, c'est-à-dire le cercle entier de la connaissance, n'est que la preuve même de l'êlre et que cette preuve est la plus solide de toutes les preuves scientifiques.
En effet, de quoi se compose le grand cycle du savoir? de sciences pratiques qui s'unissent aux spéculatives. Quand une science pratique veut remonter aux principes qui la dominent on dit qu*on entre dans le domaine de la philosophie de cette science. C'est donc la philosophie de chaque connaissance qui lui donne ses premières b^ses d'opérations, 1 1 lui fournit ses hypothèses premières. Quand une science pratique pose sa définition par exemple, que fait-elle? elle se pose en hypothèse à prouver. Et par quoi a-t-elle posé sa définition? par la philosophie; et sur quoi a-t-elle basé sa définition? sur des vérités philosophiques hypothétiques pour elle, en tant que philosophiques. Ainsi, quand la physique établit sa définition : connaissance des propriétés générales de la matière, elle a supposé que la matière était, et par conséquent que l'être était. Elle ne fera pas les preuves philosophiques de ces deux hypothèses, elles resteront donc philosophiquement hypothèses ; pas davantage elle ne les affirmera a priori en son nom, car il n'y a que la philosophie qui puisse a "priori lui fournir ces affirmations même hypothétiques. Par son principe toute science est donc enfermée dans la philosophie Bt dans cette partie de la philosophie qu'on appelle la métaphysique, puisque c'est à la métaphysique seule qu'appartient ce grand problème des antinomies, de Tétre et du non-être, qui sont la base nécessaire des sciences.
La métaphysique fournit donc à la physique par exemple cette série d'hypothèses : l'être est, et l'être est en tant que matière. Et la physique établit sa définition propre : connaissance des propriétés générales de la matière, qui reste ellemême l'hypothèse générale de cette science jusqu'à démonstration. La définition d'une science n'est pas une certitude a prioriy elle est un engagement, une preuve à faire. Ainsi la chimie, avant d'être science et connaissance des propriétés spéciales de la matière, n'était qu'un désordre d'aperçus. Ce qui était visions et chimères, on le voulait déjà qualifier de
connaissance des propriétés spéciales de la matière. La preuve ne se faisait jamais, elle ne s'est faite que par la constitution de la certitude chimique. H feut donc que la science fasse la preuve de sa définition ; dès lors sa définition n'est que son hypothèse générale, hypothèse propre basée sur des hypothèses étrangères fournies par la métaphysique.
Ainsi la métaphysique apporte donc aux autres sciences leur objet, sur quoi elles basent leur première hypothèse qui est leur définition tenue pour vraie jusqu'à preuve. Sans la métaphysique les sciences ne pourraient pas s'affirmer philosophiquement et ne seraient qu'une série d'opérations empiriques sans base, sans hypothèse première; la base, l'affirmation, l'hypothèse première des sciences dépendant nécessairement de solutions incluses dans la seule métaphysique.
Et maintenant qui fait la preuve de ces premières hypothèses fournies par la métaphysique? Chaque science en particulier fait la preuve de sa définition. En sorte que pour la métaphysique, la grande source toujours débordante et se ruant hors d'elle-même , chaque science est une opération, une démonstration d'une question spéciale du grand problème général et universel.
Que se passe-t-il donc? la métaphysique a dit à la physique : r être est, l'être est en tant que matière, comment la preuve va-t-elle se faire? est-il un théorème particulier de la physique où cette preuve soit ? non; car la physique ne serait plus physique si elle s'en occupait, elle deviendrait philosophie, ontologie, métaphysique. Mais la physique^ inconsciente de la preuve métaphysique qu'elle opère par sa longue suite d'hypothèses, d'observations, d'expériences, de preuves, de démonstrations, porte sans cesse en elle et dans chacune de ses opérations la preuve qu'elle n'en peut tirer, et que la métaphysique vient affirmer à la fin du Ipng parcours. Et ainsi la métaphysique conclut : vu l'hypothèse primitive posée par la métaphysique : l'être est, l'être est en tant que matière ; vu l'hypothèse basée sur la précédente par la physique se considérant comme connaissance générale des propriétés de la matière; vu la démonstration faite par la physique qu'elle est vraiment et réellement la connaissance des qualités générales
de la matière; l'hypothèse première posée par la métaphysique se trouve démontrée, puisqu'il n'y a pas de propriétés de la matière si la matière n'est pas, puisque la matière n'est qu'à la condition que Têtre soit. L'être est donc et l'être est prouvé.
L'être est non sur affirmation mais sur preuve, et non-seu- * lement sur preuve, mais sur la preuve la plus imposante que la science puisse fournir.
Veut-on me dire que les sciences sont basées sur l'axiome de l'être qu'elles affirment a priori , parce que pour elles l'être est évident par lui-même et que cela leur suffit. S'il en est ainsi, les sciences sont sans Ûen entre elles et n'ont pas de philosophie ; c'est-à-dire qn'on leur ôterait leur vrai titre sdentifique. De plus, je veux bien que le physicien se pose l'être en axiome , il n'en fait pas moins la preuve, l'axiome n'est pas une vérité qui ne peut pas se prouver, mais est une hypothèse claire, mise en tête de la science et dont la science entière fera la preuve, de même la définition est une hypothèse supposée vraie pour la nécessité des opérations.
La preuve se fait par chacune des manifestations étudiée, dépecée, expérimentée, certifiée; et chaque science partant de l'hypothèse fournie par la métaphysique, étudie, dépèce, analyse, expérimente, certifie chacune des manifestations dans les divers ordres que chacune d'elle représente. Et ainsi la preuve se trouve être la résultante de chacune des preuves séparées de toutes les manifestations, se fondant au bout de chaque science en une seule et unique preuve.
Or, si vous admettez la valeur scientifique de chaque preuve de chaque proposition en chaque science, que sera-ce donc de cette preuve qui contient en elle la certitude et le nécessaire condensés, pour ainsi parler, de chacune des preuves isolées? Quelle n est pas sa force, puisqu'il faudrait avant de ' la détruire, anéantir chacune des preuves isolément dans chaque science, et si l'on arrivait à les détruire toutes, moins une, cette dernière aurait encore la force d'une démonstration ordinaire reconnue scientifique, certaine et nécessaire.
La preuve de l'être est donc comme l'essence des preuves
220 ORGi^NUir.
de la science entière. Dès là on doit dire que de toutes les preuves de la science elle est la plus solide , puisqu'elle résulte de chacune et de toutes les propositions jprouvées, d« chacune et de toutes les sciences constituées.
= Voudra-t-on que cette preuve ne soit que le je pense j dmu je suiSj parce que la science n'est que le produit de la pensée. Sans -faire remarquer ici la différence qu'il y a entre Taffirmation pure du je pense et la science, preuve vivante d'ellemême, ce qui cependant suffirait à détruire l'objection ; je dirai : on pourrait assimiler la preuve au je pense simplement affirmé, si je reconnaissais à la façon de Descartes que la force de la preuve est dans la vue propre de l'esprit ce qu'il établit en déclarant l'évidence critérium. Mais si la preuve se fait par la certitude du moyen d'arriver à Têtre, elle se fait par la combinaison de cette certitude propre à l'esprit avec la certitude de l'être même, qui est, comme nous le verrons, la cause définitive de la certitude. Dès lors la conclusion de l'être ne se tire pas de la pensée, mais de la combinaison de la certitude de l'être avec la certitude du moyen d'arriver à le connaître. C'est bien l'esprit qui possède le moyen certain, c'est bien l'esprit qui l'emploie ; mais, comme le moyen certain n'a sa vraie portée que par la certitude de l'être, il en résulte que l'esprit ne conclut pas l'être purement et simplement parce qu'il pense, mais parce que la certitude de l'être l'a pénétré par la certitude de sa méthode.
= D'autre part on ne peut dire que je n'établis la preuvede l'être que par la certitude de l'être (ce qui ne serait que l'affirmer), parce qu'ici encore se retrouve la combinaison de la double certitude du moyen de l'esprit d'arriver à l'être et de l'être, ce qui constitue précisément la solidité scientifique. Ce n'est donc pas l'être affirmé par l'être pur, pas plus que ce n'est l'être affirmé par la pensée pure, dilemme auquel j'échappe également. C'est l'être prouvant sa certitude dans toutes les opérations certaines que l'esprit fait sur lui. Ce n'est donc pas l'être affirmé et c'est ce que je voulais combattre, c'est donc l'être prouvé et c'est ce que je voulais établir.
= Ce serait en vain qu'on voudrait ici, relevant lapréten-
dne antinomie ^ de nécessaire et de contingent , dire que les sciences pratiques ne prouvent que Tétre contingent, et que si les sciences ne nous prouvent qu'une partie de l'être y elles ne nous prouvent pas Têtre.. Ainsi nous serions condamnés à n'avoir que l'affirmation du nécessaire à côté de la preuve du contingent , en sorte que l'absolu et le nécessaire qui sont le principe auraient moins de solidité que le contingent , qui est la conséquence. Mais que sont les sciences? un nécessaire certifié. Où la science puise-t-elle le nécessaire qu'elle certifie? dans Tétre. Les sciences sont donc la démonstration nécessaire du nécessaire, et loin qu'elles ne démontrent que le contingent « elles ne prouvent au contraire que le nécessaire indus dans le contingent , et c'est par ce nécessaire qu'elles démontrent le contingent.
Si d'ailleurs on voulait que le nécessaire ne soit qu'un produit du contingent, il faudrait dire : Le contingent étant le possible , il est impuissant à constituer le nécessaire. Car une essence possible est par nature inverse d'une essence nécessaire en tant qu'enfermant la négation de nécessaire. Que si d'ailleurs on y trouve le nécessaire, c'est par le nécessaire même. Tout Tamas des possibles reste toujours possible et rien que possible, parce qu'il lui est d'essence d'être possible. Et comme la science arrive au nécessaire et à se constituer nécessaire , elle n'y arrive donc pas par le . possible , puisque par lui seul elle ne serait que possible , comme le possible même. Disons-le donc encore ici : la science est nécessaire par le nécessaire. Et c'est par les manifestations nécessaires du nécessaire qu'elle arrive à se constituer nécessaire.
Si donc il en est ainsi, l'être est aussi nécessairement nécessaire qu'il est nécessairement existant, et cela par une preuve unique, immense, partant du commencement de la connaissance et aboutissant à son terme, se relevant dans ce développement indéfini et magnifique de chacune des sciences de tout ordre mathématique, logique, physique, de chacune des
1. Voir la discussion sur ce qui constitue la véritable antinomie de l'Mwncc de l'Être»
propositions de ces sciences, de toutes les propositions unies de toutes les sciences unies.
C'est ainsi qu'à supposer ce qui n'est pas, Timpuissance de la métaphysique à prouver l'être, la métaphysiqae unie aux connaissances fait le grand syllogisme du savoir. Que cette noble science sache donc qu'en puisant dans les autres elle ne puise qu'en elle-même. C'est là ce beau cercle de la connaissance entrevu par les Grecs et jamais réalisé. Aujourd'hui les rayons de cet indéfini dont la circonférence est partout et le centre nulle part nous empêchent trop de voir le vaste ensemble. Ne parquons pas la métaphysique en elle-même, et ne l'épuisons pas de solitude. Quand elle ne trouve pas la preuve en soi , qu'elle se lève et dise aux autres sciences : vous n'êtes que moi-même , à moi vos preuves dont vous ne sauriez tirer parti ; je vous fais être par mes conclusions premières, je vous ferai plus fécondes par les conclusions que je saurai tirer de nos fécondes conclusions. Elle vient donc, elle pose l'hypothèse, appelle par là les sciences à la confirmer dans ses prémices certaines par les fruits de l'expérience, et elle revient encore tirer la conclusion. Certes nous trouverons, partout aux deux bouts de la connaissance l'être et l'être; c'estlui qui commence et lui qui clôt. Est-ce donc un cercle vicieux comme on à voulu le prétendre? Non pas ; car d'abord c'est l'être hypothétique et ensuite c'est l'être prouvé. Ou il n'y a pas de science, ou il y a cette (Jifférence entre le point de départ et la fin de la connaissance ; ou il n'y a pas de science, ou il y a preuve de l'être. Il y a science, il y a preuve. C'est toujours en toute chose la cause du départ qui est le point d'arrivée; l'objet de désir est l'objet du but; c'est toujours l'être qui nous sollicite aie connaître, que nous arrivons à connaître. Les faux logiciens abusent de ce cercle pour détruire la certitude parce qu'ils ne se rendent pas compte de l'état primitif de l'être en face de l'esprit qu'il sollicite, comparé à l'état postérieur de l'être possédé par l'esprii. Il y a là la différence
de Thypothèse à la certitude, de la foi à la preuve. Insensés, ne vous plaignez pas de ce cercle, il est la sublime entrave de l'esprit dans Têtre, il est l'esprit vivant de l'être au commencement, au milieu et à la fin, et en vivant librement et par ardeur propre. L'être vient qui sollicite, et l'esprit répond, et il se jette avide sur l'être et il possède l'être. Et qu'est-ce que l'être, ce nécessairement nécessaire, cet absolu? c'est Dieu. En sorte que c'est Dieu qui est la sollicitation et l'apaisement, la soif et le breuvage, le commencement et la fin. £t le milieu? c'est ta méthode et ta liberté, ô esprit.
QQ^OLP
224 ORGANUH.
Xr QUESTION.
SOLIDITÉ DE l'Être.
Concluons donc la solidité de cet être préantinomique et antinomique ; tout affirmation; ne fournissant que de l'être ; nécessaire par les qualités formatrices ; contingent ou nécessaire par leurs réalisations; nécessairement existant par l'affirmation ; détermination, identité et essence vivantes dans des réalisations proportionnelles à la loi des antinomies ; certain par nature puisque la négation n'est que ce qui n'est pas ; certain aussi your Tesprit puisque sa certitude pénètre la pensée, et qu'il faut nier toute la connaissance pour nier sa preuve.
L'être étant solide, nous pouvons maintenant considérer l'esprit, ce second élément de la méthode.
QjS^Ci:^