Ainsi que nous l'avons expliqué à la question III
mais il n'en reçoit pas moins des faits qui ont la valeur de véritables obserservatîons. Je consentirais encore qu'on les appelât des observations spontanées. Mais les observations spontanées ne sont que des visions, pourquoi donc compromettre la notion de l'observation? L'observation a conscience de soi, la vision ne l'a point: toute la différence de la vision à l'observation est dans Je veux, c'est: 1° je vois; 2** je veux voir; ce n'est pas : je veux vérifier, raisonner sur ma vision ; non, je veux voir purement et simplement. L'observation n'est que la continuation par la volonté de la vision première. La vision simple est une observation sans volonté, Tobservation est une vision simple opérée par la volonté. Toutes les deux s'accomplissent avec les mêmes moyens et les mêmes facultés; l'abstraction y est, la perception du contingent y est, la vision du nécessaire y est.
La vision spontanée intervient dans la science aussi bien que l'observation, et c'est à elle souvent que sont dues de grandes surprises et de grandes découvertes. Cependant il est vrai de dire que l'observation est l'état permanent de la science et de l'art et même de la vie raisonnable, c'est-à-dire de lesprit prenant conscience de soi. C'est la gloire de l'homme de devoir son développement à sa volonté.
Quand la volonté intervient dans lej second acte de l'affirmation, c'est-à-dire dans le raisonnement, le jugement et la synthèse, il se passe quelque chose de nouveau et d'immense : l'homme raisonuant avec volonté porte son attention sur le raisonnement, il cherche à l'analyser, à le connaître, à en pénétrer les modes divers ; alors naît le premier besoin de la méthode. Il se voit en face d'essences diverses et il raisono e sur toutes ; il élève, il entasse des monuments de réflexion sur le raisonnement, et il ne s'arrêtera que lorsqu'il l'aura pénétré. C'est ainsi qu'Aristote, préoccupé du mode unique de raisonnement découvert par la Grèce, réalise scientifiquement le grand art de la logique. Mais on verra tôt ou
tard que ce raisonnement ne saisit pas tous les ordres de faits; on mettra en péril le raisonnement même, on le niera, parce qu'on ne sait pas encore que la première loi de la méthode est de raisonner d'une façon adéquate à chaque ordre de faits. C'est ainsi que Bacon indiquera cet autre grand art de l'expérimentation qui attend encore son Aristote * pour être scientifiquement fixé. Et pendant que ces deux ordres de raisonnement se développeront successivement au milieu des chocs de la contradiction et de la négation, un troisième, semblant ignorer qu'il est raisonnement lui-même, opérera dans la certitude la grande science des nombres.
Ainsi cette première affirmation si spontanée, si une, si rapide, si indissoluble, va, par la seule introduction de la volonté dans chacune de ses opérations, enfanter la plus haute recherche de l'esprit. De sa première partie va naître la base de toute bonne méthode, l'observation; de sa seconde vont naître tous les instruments méthodiques eux-mêmes, qui sont le calcul, le syllogisme et Texpérience. Et chacun des actes de l'observation, du calcul, du syllogisme, de l'expérience, reproduisent encore l'ordre et l'action des facultés, fondamentales.
Or, de même que nous étudierons l'abstraction et la synthèse comme constituant les rapports de l'esprit avec l'être, ainsi nous verrons ce que sont au vrai le calcul, le syllo-^ gisme et l'expérience au livre des moyens méthodiques. L'abstraction, en effet, paraît comme la première prise de possession de l'être; la synthèse en semble l'assimilation. Ainsi l'aliment confié à l'estomac par la main est enfin assimilé par l'organisme. Les forces qui accomplissent cette opération sont les facultés constitutives de l'estomac de l'in-
1 . Je veux dire que le code de rexpérimentation n'est pas aussi nettement et fermement assis que celui du syllogisme. Il n'y a qu'un expérimentateur philosophe qui pourrait arriver en cette matière spéciale à la précision d' Aristote. Est-ce à M. G. Bernard, à M. Chevreul que cette grande œuvre est réservée? Certes on ne peut pas clore Tart de l'expérimentation pas plus que celui de la logique, mais peut-on ramener l'expérience à des modes certains comme le syllogisme? L'expérience a tous les modes mêmes du raisonnement ; voilà ce qu'on peut affirmer.
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testin, de même les facultés qui font passer l'organisme intellectuel de l'abstraction à la synthèse sont les puissances vraiment constitutives de Tesprit; ce sont : la perception, l'intuition, le jugement. Enfin les moyens, et comme les canaux et les vaisseaux sont le calcul, le syllogisme et Texpérience.
Étudions donc ici la portée de ces constitutives de l'esprit à la façon que le physiologiste étudie les fonctions de l'estomac ou de l'intestin.
V^ QUESTION
LES FACULTÉS CONSTITUTIVES DE l'eSPRIT LE RENDENT-ELLES CAPABLES DE l'ÊTRE?
Suivant qu'on le considère dans l'état snperantinomique ou dans Tétat antinomique, Têtre est absolu ou contingent. Vu dans le seul état antinomique et dans le contingent, Têtre n'étant que la réalisation de raffirmation dans la négation, est encore affirmation, c'est-à-dire qu'il a les qualités de l'affinnation jointes à celles de la négation. A l'état contingent, il porte donc en soi les qualités qui sont nécessaires à l'affirmation pour avoir valeur d'affirmation, par là qu'elles sont nécessaires à l'être pour être. Ces qualités sont donc des nécessaireSy et ainsi le contingent ne peut se comprendre sans le nécessaire par quoi il est.
Si nous voulons affirmer que l'esprit est capable de l'être, il faut qu'il puisse voir le contingent et le nécessaire. L'essence de l'être exige cette double puissance.
Or ici toute la philosophie se divise. Et cette antique quei^elle qui prend aux premiers temps de la pensée se retrouve encore vivante de nos jours. Est-elle appelée à disparaître? Nous le croyons si l'on peut prouver : 1" que l'essence de l'être exige de l'esprit des facultés adéquates; 2" que les facultés de l'esprit sont proportionnelles à l'être qui, étant nécessaire jusque dans le contingent, appelle directement et également les facultés de voir le contingent et le nécessaire.
Gomme dans tout problême métaphysique, une question antinomique domine la matière qui nous occupe. Voici l'antinomie :
1" Etat préantinomique. — Absolu.
2° Etat antinomique processus. — Négation.
3"* Plus le 3« terme. — Réalisation de l'absolu dans sa négation, c'est-à-dire le contingent et ce qne j'appellerai le nécessaire, parce que c'est ce qui constitue les qualités nécessaires et les lois qui en découlent.
Le contingent n'est pas le terme antinomique d'absolu, car il contient de l'être ; il faut donc poser le terme négation. Absolu se trouvant en face de sa négation, se réalise dès lors n tant qu'absolu nié, c'est-à-dire qu'il conserve de l'absolu la qualité de nécessaire et qu'il perd la qualité d'absolument nécessaire, ce qui le détermine en tant que contingent.
Or, il s'agit de préciser ce. que voit l'esprit dans cette antinomie. Voit-il l'absolu et le contingent par l'absolu? Voit-il seulement le contingent et par le contingent l'absolu? Voit-il au contraire le contingent et l'absolu par le nécessaire, lien et intermédiaire nécessaire de l'un et de l'autre? La première opinion est celle de Platon, et après lui du spiritualisme; la deuxième est celle d'Aristote et du sensualisme, qui peut-être a en cela exagéré ce grand homme ; la dernière est la nôtre, et nous allons chercher à la démontrer. Si nous y arrivons, nous saurons ce que Tesprit voit de l'être et comment il le voit.