CHAPITRE I
Et d'abord l'esprit peut-il connaître autre chose que l'être? Il connaîtrait donc le non-être. Mais nous savons que la loi de la négation c'est de ne pouvoir être afjQrmée que par l'affirmation elle-même. L'affirmation de la négation n'est donc perceptible que par Paffirmation qu'elle suppose et proportionnellement à celte affirmation. Le non- être ne serait donc connu que par Têtre et non par soi, l'être du non-être ne serait donc que par la proportion d'être, et la vue du nonêtre serait par l'être et proportionnellement à l'être. Ce serait donc par ce qui n'est pas lui que le non-être serait connu.
Et en effet, quand l'esprit voit de l'être, il le voit par la détermination, par l'identité, par l'essence, ce qui veut dire qu'il voit l'être par l'être ; et quand cette détermination, cette identité, cette essence sont limitées, il voit encore la borne par elles. Ainsi l'esprit voit la mort, le contour, il voit donc le non-être; mais comment? c'est parce qu'il voit la détermination, l'expansion de l'être s'arrêter. Le non-être ne lui apparaît pas de soi, mais par l'être étant et n'étant plus. Il percevait, il ne perçoit plus, voilà tout. Nous ne connaissons la mort que par l'être qui a vécu. La non-perception de l'être, voilà ce qui établit pour l'esprit la perception du nonêtre. La non-perception de l'affirmation, voilà ce qui engendre, fait percevoir la négation.
Quand donc l'esprit voit quelque chose inconnu, connu, pesé ou à apprécier, il est toujours en droit d'affirmer l'être, puisqu'il lui est impossible de percevoir le non- être. Nous verrons, en examinant le fait, qu'il est certain de soi, nécessairement et toujours certain; il tient cette certitude de l'impossibilité de réalisation par soi du non-être, de l'impossibilité de la vue du non-être par autre chose que par l'être. L'esprit peut donc se tromper dans l'appréciation de l'être trouvé, mais il ne peut commettre d'erreur sur l'affirmation de l'être.