‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 89 sur 130 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'esprit est donc conformé de telle sorte qu'il voit d'une pièce le nécessaire et le contingent, le nécessaire et l'absolu.

L'absolu pour l'esprit est un mode d'être des qualités nécessaires, le contingent en est un autre ; voilà toute la différence. Le mode contingent se détermine par la négation des qualités en tant qu'absolues. Pourquoi donc l'esprit ne les verrait-il pas? S'il y a qualités nécessaires des deux parts? qu'importe que dans l'absolu on n'en perçoive pas la réalisation, on n'en voit pas moins la qualité. Qu'importe, d'autre part, que dans le contingent la négation vienne donner aux réalisations des qualités nécessaires un caractère inverse de celui d'absolu, on n'en voit pas moins la qualité. Et en effet, ^a négation du contingent se trouve réalisée par l'affirmation, c'est-à-dire que le contingent se trouve réalisé par les quartés nécessaires qui persistent malgré leur négation et dans leur négation ; c'est-à-dire encore que la détermination , ndontité et l'essence sont dans la borne par le temps et dans la borne par l'espace malgié la bc-rne, et que par conséquent elles sont en elles-niêmes ce qu'elles sont dans l'absolu.

= L'esprit, pour répondre à la constitution de l'être et entrer en contact avec lui, est donc bien conformé. Pour connaître ce qui n'est que dans la négation, il fallait qu'il pût ex-

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traire les affirmations diverses, et il devait avoir pour opérer sur elles rensemble des qualités que nous avons décrites.

S*il n'y avait que l'afÈrmation à Télat absolu et sans sa négation, l'esprit ne pourrait et ne devrait le percevoir que par une vue pure et indivisible comme elle, ou bien il ne la verrait pas. En effet, la divisibilité ne se trouve que dans la négation et par la négation ; or l'affirmation pure ne peut être perçue ni par ni dans la négation, qui est pour elle comme n'étant point. Dès lors il faut donc dire que l'esprit ne perçoit pas l'affirmation pure indépendamment de la négation.

Mais la divisibilité se trouvant dans l'être contingent, il fallait qu'elle se retrouvât dans l'esprit en degré correspondant par Tordre et l'exercice des facultés. Or il est certain que la divisibilité se rencontre dans l'esprit ; l'extraction et l'abstraction, ce premier terme de la pensée, sont la divisibilité posée comme principe de la connaissance. L'intuition, la perception, le jugement avec son raisonnement, qui n'est qu'une série de divisibles assemblés, la synthèse qui implique les parties unies, l'imagination, la mémoire, qui sont la reproduction des facultés précédentes, la volonté qui, intervenant en elles, les modifie amsi que nous avons vu, tout fait de l'esprit une divisibilité fatale.

L'esprit divisible et nécessaire par l'ordre et la nature de ses facultés voit donc tout par le nécessaire qui lui apparaît dans le divisible; ce qui veut dire qu'il s'empare au moyen de la notion divisible des qualités nécessaires de l'affirmation. Qu'il voie ces qualités nécessaires à l'état absolu et que par là il voie l'affirmation pure, l'esprit encore ne saisit que par le divisible, car les qualités nécessaires lui apparaissent non en tant qu'unes, mais en tant que divisées dans la notion qu'il a de chacune d'elles.

Il en est de même s'il interroge le contingent. Dans ce cas il voit noQ-seulemont les qualités nécessaires par la divisibilité, mais encore leurs réalisations indéfiniment multiples dans la négation, ce qui veut dire que 'la divisibilité est ici telle qu'il faut toute la fixité des lois nécessaires pour que l'esprit ne perde pas le sentiment de l'unité.

L'esprit voit donc antinomiquement non préantiuomique-

ment; c'est-à-dire qu'il voit par les qualités nécessaires divisées et non par l'absolu; par la divisibilité des notions, non par l'unité du savoir en soi; par la contradiction de l'affirmation et de la négation, non par l'affirmation pure; par la science, non par la plénitude de la vue. Et c'est de cette manière qu'il voit l'absolu et le contingent par les qualités nécessaires, puisque les qualités nécessaires sont formatrices de l'être en tant qu'absolu et que contingent. Il ne voit ces deux états de l'être que par succession et divisibilité, soit qu'il passe de la puissance à l'acte, comme parle saint Thomas, soit qu'il passe d'un acte de connaissance à un autre, c'est-àdire qu'il induise ou déduise un inconnu d'un connu, pour parler avec Bacon.

= 0n ne saurait se lasser d'admirer l'harmonie des facultés de l'esprit avec l'être qu'il doit connaître. Qu'on le considère en face de la variété des contingents et des possibles nécessaires par les qualités nécessaires, variables par la composition des réalisations, la succession dans le . temps , la borne dans l'espace ; on le voit nécessaire et multiple comme eux, nécessaire par ses facultés et leur ordre, multiple par leur divisibilité. La perception lui fournit 'les réalisations contingentes, l'intuition, les qualités nécessaires; il se les représente par l'imagination et la mémoire; il les pèse par le jugement, les assemble par la synthèse. Se trouve-t-il en présence de réalisations spirituelles, matérielles, les qualités nécessaires de l'être, ce flambeau immuable et toujours vivace, promèneront partout la clarté. Et pour en connaître le rapport exact avec les réalisations matérielles ou spirituelles, il aura ces trois grands moyens nécessaires et certains que nous allons étudier au livre IV, le calcul qui ira saisir l'être dans ses manifestations d'ordre numérique, le syllogisme qui s'empare de ses manifestations idéales, l'expérience de ses manifestations matérielles.

Si au contraire on le considère en face de l'être pris en tant qu'absolu, comme il a la vue des qualités nécessaires de l'être, il a donc la vue de celles de tout état de l'être, et par conséquent de celles de l'être à l'état nécessaire et absolu Par ses qualités il pénètre dans la composition de cet absolu

aussi sûrement que dçLns la composition de l'être contingent, puisque ce sont les mêmes qualités nécessairement formatrices de l'un et de l'autre qui l'éclairent sur l'un et sur l'autre. Il n'y a pas de raison métaphysique pour que Tesprit voie mieux la qualité nécessaire dans l'être contingent que dans l'être absolu. En tant que qualités métaphysiques, l'esprit les voit aussi clairement ici que là.

La différence de la vue de l'être à l'état contingent à Tétat absolu est dans la réalisation des qualités nécessaires. Dans l'être contingent, la réalisation est perçue par la forme, la vie et la substance ; dans l'être absolu, on ne la voit point. H y a donc des raisons physiques pour que l'esprit voie moins l'absolu que le contingent; il n'y en a point de métaphysiques. Physiquement, le contingent est perçu par forme, vie et substance, tandis que l'absolu n'est pas perçu dans la réalisation des qualités nécessaires. Métaphysiquement, tous deux sont également vus par les qualités. On peut se faire une idée de cette différence en considérant que les nombres ne sont pas vus avec moins de précision, qa'il y ait ou non des objets nombres. U faut beaucoup appuyer sur cette question. Ses conséquences sont incalculables pour le savoir et la paix de l'homme.

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