‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 91 sur 130 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ÉilimiltanéUé de l^lntultlon et de la perception.

Pour voir d'un coup unique le contingent, le nécessaire et 1 absolu, l'esprit a deux facultés que nous avons nommées.

Aë l'esprit. 261

L'une qui saisit le nécessaire dans le contingent, da^s l'absolu, et par là Tabsoln; l'autre qui s'empare de la réalisation du nécessaire dans le contingent. C'est l'intuition, c'est la perception.

L'opération de ces deux facultés forme un seul acte.

Cet acte peut être ainsi décomposé : la perception fournit à l'esprit la substance, la vie et la forme. L'intuition donne d'abord le sentiment invincible que ces réalisations sont par des qualités nécessaires ; puis elle conduit à la vue et à l'analyse de ces qualités nécessaires en soi, qui sont la détermination, l'identité, l'essence, plus -les lois qui s'y attachent.

Au commencement de la connaissance et dans l'état non scientifique, la perception et l'intuition agissent en union et spontanément. Dans l'état scientifique et par la puissance de la faculté d'abstraction, jointe à celle de la volonté, l'esprit sépare leurs résultats et leur action. Les deux facultés agissent alors dans un isolement qui n'est jamais absolu toutefois, car il faudrait détruire l'esprit pour le trouver sans intuition ou sans perception. L'intuition ainsi active s'applique à approfondir les qualités nécessaires et les lois qui en naissent, et de ïk découlent ces grands développements des sciences spéculatives comme la métaphysique, les mathématiques pures. La perception au contraire servira de base aux sciences physiques, aux arts, aux choses de la vie. Et les deux facultés se mêleront dans tous les développements de la connaissance et dans chaque acte de la pensée.

L'esprit n'attend pas pour voir le nécessaire que le contingent le lui ait fourni, pas plus qu'il n'attend pourvoir le contingent que le nécessaire le lui apporte. L'union nécessaire des qualités nécessaires de l'être et de leur réalisation exige l'unité d'opération des deux facultés. Sans les qualités nécessaires de l'être la réalisation de l'être ne se verrait pas. Et en effet il est impossible de concevoir l'être comme forme sans le concevoir comme détermination, comme existence sans le voir comme identité, comme substance sans le voir comme essence.

Bien qu'il y ait simultanéité d'acte, on peut dire que l'esprit ne se peut emparer du contingent que par le nécessaire; car l'être ne serait pas réalisation s'il n'était qualité nécessaire.

La perception ne voit la subs^tnce qne parce qu'elle est esseQce,la vie que parce qu'elle est identité^ la forme que parce qu'elle est détermination.

Cependant ces deux facultés ne peuvent pas se réduire rtine à l'autre. L'intuition ne donne pas la vue de la réalisation. La perception ne donne pas la vue du nécessaire, bien que l'un et l'autre soient vus d'un coup unique. Quand l'homme perçoit, le sentiment de la nécessité des choses s'attache à la perception qu'il en a. La perception fournit la réalisation, le fait du réalisé, l'intuition le fait du nécessaire loi de^ réalisation.

= De quelque côté qu'on se tourne vers l'être ou vers l'esprit, leur constitution et leur nature exigent également la vue simultanée du nécessaire et du contingent. Et c'est parce que l'esprit voit le contingent par le nécessaire que l'homme, sans attendre les décisions certaines de la science, affirme d'une manière si puissante et indestructible la réalité de l'être.

Si donc on voulait trouver le moment où l'esprit peut voir l'être dans le seul contingent, il faudrait anéantir la nature de l'être en le séparant de son nécessaire. Et comme le nécessaire est la constitution même de l'être, il faudrait donc détruire l'être avant qu'on pût arriver à le concevoir et à le vïir autrement que par et dans le nécessaire.

D'autre part on doit dire de même qu'il faudrait détruire la nature de l'esprit pour le trouver voyant par la perception ou l'intuition seules. A supposer que cela fût possible, l'intuition fournissant le nécessaire à l'esprit l'y laisserait à l'état de sentiment et jamais la netteté d'aucune notion n'arriverait à la pensée qui a besoin de la perception pour préciser l'intuition, comme de l'intuition pour illuminer la perception.

Au nom de l'esprit, au nom de l'être, nous trouvons donc la nécessité de reconnaître une double faculté de première vue. L'intuition est au nécessaire ce que la peroeption est au contingent. Une manifestation contingente peut être isolée de toute autre par la force de la faculté d'extraction et d'abstraction, mais elle ne saurait en aucun cas être isolée de son nécessaire. Tout fait contingent suppose en soi deux ordres de faits: un contingent qui est perçu, un autre nécessaire qui est

vu ; et deux facultés : la perception qui s'empare du contingent, Tintai tien qui voit le nécessaire.

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