I.len do fuit à l'être
Est-il bien vrai que le fait soit dans un lien si intime avec l'être? ne les attachons-nous pas arbitrairement l'un à l'autre?
Le fait n'est pas un être qui existe de soi et indépendamment de l'être. Arbre est un fait, mais parce que arbre est être. Le fait arbre ne peut pas se comprendre indépendamment d'arbre et ne se comprend que par arbre. Le fait est donc une conséquence vitale de l'être. Dire c'est un fait, c'est dire : c'est l'être, et c'est l'être vivant.
Newton a défini le nombre un rapport. Cette définition qui n'en est pas une, mais seulement l'indication d'un des caractères du nombre, convient dans' ces termes au fait. Le fait est un rapport,
1° Avec l'être.
2<» Avec les autres faits.
3<» Avec l'esprit.
Dans son rapport avec l'être le fait trouve ses conditions d'existence.
Il est tantôt par la seule vie de l'être et de ses qualités; tantôt par ses changements d'état et ses modifications dans le temps et dans l'espace. Dans le premier cas, il est comme in-
trinsèque, immédiat à Têtre qui porte avec lui sa manifestation; dans le second il est comme médiat et extérieur. Mais dans les deux il reste toujours manifestation de Têtre. Ainsi rhomme est, les taureaux sont, voilà des faits qui ne sont que l'être en tant que visible. L'homme meurt, les taureaux se frappent de leurs cornes, faits nouveaux nés de Têtre dans ses rapports, là avec le temps, ici avec d^autres êtres.
Le fait est par toutes les composantes de l'être quelles qu'elles soient, c'est-à-dire que tantôt il est par les qualités nécessaires, tantôt par leur réalisation. Ainsi les notions d'identité, d'essence, de détermination sont des faits, qui se proportionnent à identité, détermination et essence. Ainsi les réalisations d'identité, d'essence et de détermination, c'est-àdire les formes, les vies, les substances sont des faits qui se proportionnent aux réalisations. Manifestant une matière, le fait est matériel; une idée il est idéal ; un rapport d'ordre il est numérique. Et il est toujours fait étant toujours manifestation d'une des qualités, expression nécessaire de la vie de l'être. II est aussi réellement fait ici que là, étant aussi réellement manifestation. Et ne dites pas : mais la vie n'est pas dans le rapport d'ordre et dans l'idée. Toute manifestation de l'être est vivante, par là qu'elle est l'expansion de la vie même de l'être qui n'est que réalité. La loi de la vie c'est de la vie. La vie c'est de la loi. Si la loi n'est pas vie, la vie loi, tout est mort. Gomme rapport avec l'être, le fait lui est donc identifié, et à sa vie; il s'ajuste à l'être; c'est conmie une naar- .queterie sur son fond, comme chaque point sur le canevas. Il sort de l'être, pour ainsi parler, comme la pointe de l'épée mise en mouvement par la main, semble sortir de l'épée.
Gomme rapport avec les autres, les faits se trouvent comme les qualités nécessaires entre elles ou en face de leurs réalisations. Ils sont conséquence ou principe, cause ou effet, engendrant ou engendrés. La loi antinomique donne leur rapport : ils sont absolus ou contingents, affirmatifs ou né-
gatifs, antinomiques ou préantinomîques. Et toujours ils sont nécessairement attachés et rivés à l'être qu'ils représentent.
Que si le fait manifeste une qualité nécessaire, tenant d'elle laqaalité de nécessaire, il sera nécessaire. Et comme les contingents ne sont que par les qualités nécessaires, les faits, même contingents, contracteront par là un caractère de nécessaire qui ne saurait dans aucun cas les abandonner.
Donc bien que les faits dans leur rapport entre eux soient contingents et nécessaires, ils restent en eux-mêmes toujours certains à cause de la constitution de l'être qu'ils manifestent et à cause de leur lien nécessaire avec l'être.
Comme rapport avec l'esprit, il résulte de ce qui vient d'être dit, que le fait ayant la qualité de nécessaire à quelque état qu'on le suppose, devient la manifestation certaine de l'être. Et comme d'ailleurs l'être est prouvé certain par les qualités nécessaires, l'esprit par le fait arrive k la certitude de l'être.
Le fait considéré comme triple rapport, est donc toujours l'être en tant que vivant en soi, en tant que vivant avec les autres, en tant que vivant devant l'esprit.
Ce n'est donc pas une existence indépendante et séparée, c'est la splendeur extérieure de l'être se rayonnant sous tous ses modes. C'est l'être inséparable de lui-même et se faisant patent par une mise en œuvre qui n'est que lui-même. C'est la qualité d'être, se faisant visible et tangible, c'est l'expansion active de l'être.
Perçue ou vue par l'esprit, la manifestation de Têtre n'est que l'être vu, perçu, conçu dans les diverses modalités de son existence. Quand uaus disons c'est un fait, nous avons dit : Je vois, je perçois, je conçois, une qualité qui est la vie même de l'être .N
Instinctivement, l'homme lie indissolublement l'idée de
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fait à ridée d'être, et il ne croit jamais les avoir assez attachées rone à l'autre. Les langues sont le pléonasme de l'être. Elles nouent sans cesse fait et être par des répétitions continues où l'esprit se plaît. Ainsi, homme, pierre, animal, sont des faits. La simple affirmation de : homme, pierre, animal, contient Tidée d'être de telle sorte que dire homme c'est dire l'homme est, animal, l'animal est. Le substantif désigne pleinement l'être. Cependant ce n'est pas assez. L'homme a nn tel besoin d'exprimer l'être, et ses langues en sont si bien l'affirmation, soit par lui-même, soit par le iait, que chaque mot deviendra la répétition de l'affirmation première. C'est ainsi que le verbe redit l'affirmation de l'être impliqué dans le substantif, l'adjectif celle du substantif et du verbe par la modification du fait. Il y a des langues qui n'ont point de verbe ; leur petit nombre montre qu'elles ne satisfont pas le besoin qu'a l'esprit d'affirmer l'être sous toutes ses manifestations; leur existence fait voiriombien l'affirmation de l'être est puissante dans le substantif, le mot essentiel, le mot de la réalisation vivante de l'essence, le mot qui n'est que l'être même.