‹ Essai d'une classification naturelle des champignons, ou Tableau mthodique des genres rapports jusqu'au preþsent cette famille;Chapitre 2 sur 145 · Des Mucédinées · texte numérisé non relu

Des Mucédinées

Les Mucédinées qui , dans l'ordre successif des perfectionuemens de structure , suivent Its urédinées, sont formées de filamens ordinairement libres, quelquefois unis assez intimement, transparens et souvent cloisonnés dans les premières tribus , continus et opaques dans les dernières.

La manière dont les sporules se développent dans ces plantes , paroît présenter assez de variations et mérite d'être étudiée avec plus de soin qu'on ne l'a fait jusqu'à présent; il est probable que , lorsqu'on suivra avec attention leur développement, on verra que toutes sont d'abord renfermées dans l'intérieur des filamens. Cette disposition est évidente dans les deux premières tribus, les Ph^llériées et les Mucotes; dans ces dernières surtout un voit les filamens transparens et cloisonnés, qui les composent, se renfler à leur extrémité, de sorte que la dernière cellule forme une vésicule ordinairement sphérique. Cette vésicule est d'abord remplie d'un liquide laiteux, qui bientôt devient grumeleux el forme les sporules, ou dans lequel du moins les sporules se développent à ])eu près comme l'embryon se forme dans l'intérieur du lluide qui remplit la graine avant la fécondation.

Les sporules sont parfaitement libres dans l'intérieur de ces vésicules, aucun filamcut ne les fait communiquer avec

le« parois de ce tube; bientôt la vésicule membraneuse qui les renferme se rompt, et les sporulés se répandent au dehors: dans ce cas les sporules ainsi échappées de l'intérieur de la vésicule sont évidemment nues; aucune partie de la plante qui les a produites ne les recouvre. Outre la vésicule terminale dont nous venons de décrire le développement, il existe dans quelques genres, tels que les Thamnidium , Thelactis, etc., des lilamens secondaires, beaucoup plus petits que le filament principal qui porte la vésicule : ces lilamens se renflent également à leur extrémité; mais, au lieu de former une grosse vessie arrondie, ils ne présentent qu'un petit renflement , qui ne paroît renfermer qu'une seule sporule. On diroit que, dans ce cas, toute la force végétative s'étant portée sur le filament principal, ceux-ci n'ont pu recevoir qu'un développement beaucoup moins considérable. Le même mode de formation se présente dans plusieurs genres de la section suivante ou dans les vraies mucédinées : ainsi, dans les genres Acremonium , Vcrlicitlium, etc., les rameaux se renflent à leur sommet et forment une petite vésicule, qui ne paroît renfermer qu'une seule sporule , et qui se détache des lilamens principaux en entraînant avec elle le filament dans lequel elle s'est développée. Dans ce cas, cette sporule doit être recouverte par les parois très-minces du tube dans l'intérieur duquel elle s'est formée et qui est resté adhérent à sa surface, lorsqu'elle s'est détachée de la plante mère. C'est ainsi que , parmi les végétaux phanérogames , lorsque l'ovaire est monosperme, il est presque toujours indéhiscent, et enveloppe la graine, même après qu'elle est séparée de la plante qui l'a produite. Dans plusieurs genres, tels que les Fusispcrium, Epochnium, Cladobotrium , etc., on n'a pas vu aussi bien ce développement; cependant il est probable que les sporidies ne sont que des rameaux latéraux, renfermant une ou peut-être quelquefois plusieurs sporules, qyl se sontséparées de la plante qui les a produites. Dans d'autres genres ce n'est pas seulement le dernier article des filamens qui se renfle et dans lequel il se développe une sporule; chaque article, ou du moins tous ceux qui sont vers les extrémités des filamens, se renflent, s'arrondissent, et le filament prend l'aspect monilifyrme : il se développe une

( iG )

sporule dans chacun de ces articles, qui bientôt se séparent et forment autant de sporules distinctes, recouvertes par la. membrane qui composoit les tubes du filament. Ce mode de formation s'observe dans les genres Acrosporium, Geotrichum, Oideum^etc. Il est probable qu'il existe également dans un grand nombre de genres où on a vu seulement des sporules libres et éparses à la surface des filamens, sans qu'on ait pu étudier leur mode de développement : tel est le genre Sporotrichum. Dans un petit nombre de genres de cette famille ce ne sont point des articles simples qui se détachent de la plante mère , mais des petits rameaux cloisonnés et renflés, dont chaque loge renferme probablement une ou plusieurs sporules. On observe très-clairement cette structure dans le genre DactjUum : il est probable que la même chose a lieu dans les genres à sporidics biloculaires , tels que les genres Scolicotrichum et Trichothecium,

Enfin , dans quelques genres où les sporules sont plus petites que les filamens et sont en général réunies au sommet des rameaux, il paroîtroit que ces sporules sont sorties de l'intérieur de ces filamens, comme celles des Mucors. Ces plantes ne difFèreroient de ce dernier genre qu'eu ce que les filamens ne se renflent pas en général au sommet, et n'ont pas encore offert aussi distinctement les sporules dans leur intérieur : tels sont les genres Aspergillus , Bolrjtis, etc. Ces différences dans le mode de développement et de dissémination des sporules anroient pu cerfaineniciit fournir de très- bons caractères pour subdiviser le groupe nombreux des vraies mucédinées; mais malheureusement on manque trop souvent d'observations à cet égard pour pouvoir se servir de ces caractères, et nous avons été obligés de suivre la division adoptée par M. Nées, et fondée uniquement sur le port de ces plantes : dans les unes les lilauiejis sont droits, et en général lâches et assez espacés; dans les autres, ils sont décumbens et entrecroisés.

Quoique cette division forme deux groupes assez facile» à distinguer, nous sentons qu'ils sont fondés sur des caractères bien légers; il est même probable que, lor.squ"ou aura mieux étudié le développement des sporules, on réunira ensemble quelques genres pUu<^s dans eis deux di\isions:

ainsi le genre Acremonium et le genre Verlicillium nous paroissent avoir les plus grands rapports entre eux.

Dans la tribu suivante ou des Bjssacées , les lilatnens sont en général plus forts, plus solides, persistans, opHcfues ou peu transparens et le plus souvent non cloisonnés. Dans un grand nombre de genres qui font partie de cette tribu on n'a jamais observé de sporules, soit que quelques-uns de ces genres ne fussent que des ébauches imparfaites d'autres champignons, comme on l'a présumé pour les genres Bjssus , Himantiu , Dematium , Racodium , Ozoniiim , soit faute d'observations assez suivies: soit, enfin, que leurs sporules ne sortent des filamens qui constituent ces plantes que par suite de leur décomposition. Dans plusieurs des genres de cette Sf'ctior on observe cependant des sporules : tantôt ces sporules paroissent simples et globuleuses, etil est alors difijcile d'établir, si ce sont des sporules nues sorties des filamens de ces byssus , ou si ce sont des sporidies à une seule sporule; tantôt elles sont renfermées dans des sporidies transparentes et cloisonnées, ressemblant beaucoup à celles de certaines urédinées , et qui ne paroissent être que des rameaux différemment développés et renfermant les séminules. Un dernier groupe de cette tribu présente une structure analogue à celle des genres Acrosporium , Oideuin, etc., de la tribu précédente. Les filamens, de même inoniliformes , se séparent par articles, qui forment autant de sporidies : c'est ce qu'on voit dans les genres Torula, Monilia, AUernaria , etc. Mais rien ne prouve dans ces plantes que ces sporidies soient monosporées : il paroitroit même plus probable qu'elles renfermassent plusieurs sporules. En général, dans cette tribu, lorsque les sporules paroissent libres, elles sont d'un diamètre beaucoup moindre que les filamens, tandis que dans les mucédinées elles paroissent presque égales aux filamens de la plante qui les produit.

La dernière tribu des mucédinées forme le passage de cette famille à celle des lycoperdacées d'une part , et à celle des vrais champignons de l'autre. Jusqu'à présent nous avons vu les cryptogames, que nous étudions, formés de filamens simples ou rameux, mais toujours libres et non réunis entre eux; dans quelques genres seulement , tels que les

Bacodium , ils sont très entrecroisés, mais sans être' souâés en une masse d'une forme régulière. Dans les lycoperdacées nous verrons ces filamens se réunir pour former un péridium fibreux , qui renferme les sporules : dans les vrais chaiîipignons ces filamens, plus intimement soudés, se terminent, vers la surface extérieure du champignon, par des sacs membraneux alongés, qui renferment les sporules.

Dans le groupe des Isariées, qui nous occupe maintenant et qui termine la famille des mucédinées, les filamens, analogues à ceux des autres genres de cette famille, sont réunis soit en membrane, soit en un capitule arrondi, simple ou rameux , scssile ou porté sur un pédicule ou col, également formé par les filamens entre-croisés : ces filamens, soudés plus ou moins complètement, deviennent en général libres vers la périphérie, et sont couverts de sporules libres, trèslines, ou de sporidies monosporées ; car on n'a jamais vu comment ces sporidies se développent, et on n'a pu déterminer si elles sont fixées aux filamens, ou si ce sont de simples sporules qui se sont échappées de leur irt>^rieur: la première opinion paroît cependant plus vraisemblable.

Dans le dernier genre de cette tribu la structure filamenteuse disparoît entièrement; le pédicclle semble plutôt charnu , et porte à son sommet une réunion de sporules. Ce genre, qui ne diffère des vrais champignons que par la disposition irrégulière des sporules ou sporidies qui terminent leur pédicule sous la forme d'une tête arrondie, scroit j)cutétre mieux placé parmi les champignons anomaux, auprès des tremelles.

Ce dernier groupe des mucédinées se lie donc d'une part avec les lycoperdacées ; il n'en diffère qu'en ce que les filamens se dirigent en divergeant de manière que les sporules sont éparses à la surface extérieure, tandis que dans les lycoperdacées les filamens extérieurs sont stériles et forment, par leur entre-croisement, un péridium qui enveloppe les filamens intérieurs et les sporules que ces filamens supportent. D'un autre côté il se rapproche des champignons aiioniaux ou trémelloïdes, qui sont prives de thcques. Ces champignons, dans lesquels les sporules se trouvent éparses à la surface ou immédiatement sous l'épidei'mc, ne diffèrent

( 19 ) de quelques -uns. des genres du groupe des Isariëes que par l'absence complète de toute structure fibreuse; le genre Athelia ressemble même tellement aux théléphores par son port, et au genre Auriculaire par sa fructification, que les espèces qui le composent avoient été placées anciennement dans le premier de ces genres.

Page 1